‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 53 sur 133 · M. LE DUC DISPENSATEUR DES GRACES · texte numérisé non relu

M. LE DUC DISPENSATEUR DES GRACES

Bourg, Medavy, d'Alègre, La Feuillade, à qui Mme de Prie, comme lui. avaient de sérieuses obligations. Mais on y voyait le comte de Broglie, Roquelaure et Gramont, plus amis du Palais-Royal que du Palais-Bourbon.

De même, pour le ciioix des clievaliers de l'ordre du Saint-Esprit, Villars observait que M. le Duc avait nommé presque tous ceux que M. le duc d'Orléans avait présentés. La promotion était extrêmement importante. Elle comprenait cinquante-buit noms. Mme de Prie y avait fait inscrire son maii, les Matignon jeunes et vieux, c'est-à-dire le comte de Matignon, frère, et le comte de Gacé, fils du maréchal. Gouverneur des États de Bourgogne pour M. le Duc, d'Ilostun de Tallard, iils du maréchal, qui par la suite, dut épouser Mlle de Prie; le marquis de Nesie, mari de sa belle amie, M. de Silly, un lieutenantgénéral épris de ses charmes; Tavannes, dont elle appréciait l'entier dévouement; Alincourtet Sanguin de Livrv. Dans ces deux derniers choix, la médisance avait eu beau jeu. Elle les prêtait à la marquise, quoiqu'elle n'eût jamais pu juger d'après des certitudes. Elle cria au scandale. « On a été surpris, écrivait Marais, d'y voir le comte de Livry. Mais le comte a toujours été ami tendre de Mme de Prie, et on les trouve très amis dans ce temps. »

La marquise ne se formalisait pas de ces criailleries. Elle aurait pu empêclier le courant (k^s grâces d'aller à ses ennemis. I^^lle l'avait laissé couler, sauf pour le pr-ince de Tingry trop ouvertement compromis par son amitié avec Le Blanc.

En regard des noms qu'on citait à l'instant, on voyait ceux de Fervacques, un adorateur de la duchesse d'Orléans; de Simiane, homme politique de peu de mérite, remarquait-on, mais premier gentilhomme de la chambre du Régent; du jeune Berwick, fils de l'illustre maréchal.

et (le bien d'autres combattants du camp adverse.

Il est vrai de dire que tout ceci n'était que bocliets de vanité. La marquise de Prie s'était réservée pour le durable. Elle considérait que de résider à Versailles pouvait avoir une réelle importance en matière d'influence. Elle l'axait éprouvé quelques semaines auparavant, quand M. le Duc et elle avaient profité de leur présence auprès du Roi pour gagner ce grand coup de partie. Elle mit donc une certaine àpreté à ce que les droits de M. le Duc, ses droits à elle et ceux de leurs amis y fussent bien reconnus.

Aussi, lorsqu'on avait procédé au i" janvier de l'année 1724, à la désignation des appartements, M. le Duc s'y était-il fait attribuer celui du duc d'Orléans défunt, qui avait été primitivement celui du gros daupbin, fils de Louis XIV, puis du duc de Bourgogne, celui dont la favorite, Mme de Pompadour, bérita dans la suite; La Fare, lielle-Isle, Simiane, Clermont-d'Elampes et Cbirac, amis des d'Orléans, avaient été privés des leurs, (jui étaient allés ;i des bien pensants : les ducs de Sully, de la Feuillade, de la Rocbeguyon, de la Vallière, les Matignon, Sennecterre, etc.

La mar(juise avait |)areillenient obtenu de son amant (ju'il confirmât sans retard Novion dans son poste de premier pn'sidenl du |)arI(Mn('nt de Paris. On avait arracbé le marécbal de Tessé à sa solitude des camaldules de Grosbois, où il vivait en pénitent, désabusé des cboses de ce monde. 11 avait coûté peu d'ellorts pour le rendre à la vie de cour en lui conférant le titre de premier écuyer de l'infanle-reine (c'était ainsi ([u'on nommait déjà la jictilc infante). On l'avait dt'pécbé ensuite connue andjassadeur extraordinaire à Madrid, où il se préparait, paraissait-il, des événements de la dernière conséquence.

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