POURSUITES CONTRE LES SEIDES DE LE BLANC
dont il est certain que M. Le Blanc avait répandu un grand nombre à la ville et à la cour. »
Ces chefs d'espions appartenaient ordinairement à l'armée. C'étaient des otficiers auxquels l'ancien secrétaire d'État à la guerre avait rendu des services, puis dont il avait fait ses créatures. Il importait de connaître ceux qui le jour dit pouvaient être à Paris, en congé ou sans congé. Suivant une ordonnance publiée sur-le-champ, chacun d'eux se trouvant sur l'heure dans la capitale devait faire enregistrer son nom dans la huitaine en déclarant sa demeure, les raisons pour lesquelles il v demeurait et le temps qu'il entendait y séjourner encore.
En même temps, par une autre mesure de précaution, les commissaires des différents quartiers de la ville visitaient les hôtels et cliambres garnies pour examiner ceux qui y logeaient et voir s'il ne s'y rencontrerait pas des vagabonds ou des gens sans aveu.
« On a constammentle dessein, écrivait-on, d'y faire une police bien exacte, d'y laisser peu d'officiers et d'en chasser tous ceux qui n'ont d'autre métier (|ue de vagabonds et d'escrocs. Quoique cela paraisse bien difficile dans rimme[isil('' de Paris, cela est possible en s'y prenant bien. Les soldats sont sur pied la nuit et restent dans les corps de gai'de. »
Le Blanc s'était également fort servi de la croix de Saint- Louis et des charges de cet ordre pour former des j)rosélytes; certaines hautes dignités en avaient été conférées à des gens tels (jue La Jonclière. D'après la volonté expresse de M. le Duc, on mit à l'étude la question de savoir s'il ne conviendrait pas de supprimer ces charges, (pii pouvaient être de saison dans un ordre comme le Saint-Esprit, mais ne se comprenaient plus dans un ordre inférieur.
D'autre part, quelques financiers avaient trop joué les hommes d'importance depuis la mort du duc d'Orléans, qu'ils craignaient en souvenir des rudes journées de la chambre de justice commandées par ce prince.
Deux des plus fameux parmi eux, Crozat et Le Bas de j\[ontargis, ce dernier ancien garde du trésor royal, s'étaient permis de critiquer les actes du nouveau gouvernement en applaudissant plus ou moins ouvertement à la campagne oganisée contre les frères Paris. Mme de Prie les avait assez pratiqués pour ne pas ignorer quelle était la meilleure manière de les corriger.
Crozat avait acheté, avec l'agrément du Régent, la charge de grand trésorier, Montargis celle de secrétaire greffier de l'ordre du Saint-Esprit. Ils étaient les deux seuls officiers de cet ordre qui n'eussent pas eu à justifier de leur noblesse, d'après un dispositif spécial des statuts, mais qui n'en portaient pas moins l'insigne : le cordon bleu.
On leur retira leurs charges, en leur ordonnant de les vendre, l'un à Dodun, contrôleur général, que la marquise tenait à rallier complètement à sa cause, l'autre à Maurepas, secrétaire d'État à la marine, qu'elle voulait semblablement amadouer.
Toutes ces mesures de détail avaient pour objet de préparer l'opinion publicjue aux événements du lendemain. On n'avait frappé jusque-là que les comparses. On était décidé, dans l'entourage de M. le Duc, et M. le Duc luimême ainsi (pic sa maîtresse, à s'en prendre aux premiers acteurs.
Ils en avaient d'ailleurs fourni l'occasion en ces jourslà avec une imprudence sans égale.
Le chevalier de Bellc-I.sle avait tenté de faire passer une battre à La Jonchère, toujours sous les verrous.
IMl'RLDENCE DES AMIS DE LE BLANC 109
La lettre avait été interceptée de celte manière : Le chevalier de Belle-Isle entretenait des relations suivies avec le marquis de Ponipadour, autrefois attaché à la duchesse du Maine, compromis pour elle lors du complot de Cellamare, puis détenu de ce chef pendant plusieui's années à la Bastille.
11 y avait fait nomhre d'amis, entre lesquels Fontenav, heau-frère de La Jonchère, qui de son coté y était resté enfermé après que M. de Pompadour en fut sorti.
A la prière du chevalier de Belle-Isle, Pompadour avait consenti à confier sa lettre àFontenay, qui devait la transmettre à La Jonchère. Fontenay s'y était refusé plusieurs fois de suite, et sur l'insistance que Pompadour y mettait s'était enfin décidé à prévenir AL le Duc. Celui-ci lui avait ordonné de l'accepter et de la lui apporter.
M. le Duc en avait pris connaissance. Entre autres recommandations pressantes à La Jonchère, elle contenait celle de taire en toute circonstance le nom de Le Blanc, qu'on l'en priait instamment et qu'à cette condition on s'engageait à le sauver lui-même.
La lettre n'était pas signée. Pompadour l'avait passée à Fontenay comme venant de lui. M. le Duc lit venir le premier, l'interrogea sur la signilication de certains termes, sur celui qui avait pu l'écrire, le pressa et le retourna de tant de manières que l'autre nomma Mme d'Herhigny. fcnnuc du conseiller dl^^lat (pii a\ait déjà jugé en faveur de Le Blanc lors de son arrêt d'exil. M. le Duc, ayant fait venir Mme d'Herhigny et celle-ci ayant nié connaître en aucune façon M. de Pompadour, ni lui avoir jamais j)arlé, rappela le niainpiis cl le menaça de l'envoyer faire un second tour à la Bastille, s'il ne s'expliquait catégoriquement. Sur quoi il avait avoué (jue c'était le chevalier de Belle-Lsle.