LE BLANC ACCUSÉ DE CET ASSASSINAT
La Jonclière à côté de tant d'autres, était une excellente feuime, fille d'un magistrat réputé, fort riche par ellemènnc et très appliquée à ses devoirs conjugaux.
Le populaire revenait aussi avec complaisance sur les défauts si déplaisants de l'aîné des Belle-Isle, jeune et fort entreprenant, mais haut, insatiable pour l'argent et haï de tout le monde.
Il applaudissait à l'emprisonnement de Couches, dont on traçait ainsi le portrait : un homme <le quarante-cinq ans qui fait le beau, qui emploie trois heures à sa toilette et qui met du rouge.
Ce même populaire admettait par suite le bien fondé de tout ce qu'on répandait contre Le Blanc, que les charges vinssent d'un Marigny, d'un Montauban ou de n'importe quel autre.
3Iais, avant tout, il réclamait une prompte punition de ces malfaiteurs pubUcs et, s'il le fallait, de nouvelles arrestations.
La politique de M. le Duc et de sa maîtresse était d'exploiter cette impression, qui pouvait s'effacer aussi vite qu'elle était née.
Pour cela il convenait de ne pas laisser plus longuement se confondre ensemble les deux accusations, l'ancienne, de détournements de fonds, et la nouvelle, d'homicide.
Pour cela aussi on devait s'attaclier à clore le procès de La Jonchère, à veiller à ce que sa condamnation fût bénigne, tout en affichant au dehors un reste de rigueur, et à le mettre autant que possible hors de cause pour rejeter le poids entier de l'accusation sur Le Blanc et ses complices.
Mais surtout il importait d'agir sans tarder, car le premier ministre était en droit de s'attendre à tout de la part de ses ennemis.
Les dernières mesures prises contre Le Blanc, avaient exalté leur colère, qui se manifestait à chaque heure par quelque injure ou quelque menace.
Un jour, par exemple, c'était le duc d'Orléans à qui on avait entendu dire que, s'il projetait un sot mariage en épousant une princesse de Bade, il s'y décidait uniquement pour se venger de M. le Duc.
Un autre jour, c'étaient les maréchaux de Berwick et de Bezons qui se plaignaient amèrement qu'on n'usât pas d'assez de ménagements envers l'ex-secrétaire d'État })risonnicr.
A côté de cela, on répandait à profusion, dans la galerie de Versailles, des billets orduriers relatifs au Duc et à la favorite.
Enfin on en déposait de semblables sur la propre table du roi, au milieu de sa chambre à coucher.
Plus que jamais les avis d'avoir à se garder d'une tentative criminelle parvenaient en masse à l'hôtel du grand maître, à l'appartement de la marquise de Prie, au château, chez les Paris, ciicz d'Ombreval.
Il y était surtout question de poison^ et par une coïncidence étrange, un abbé parent de la jeune femme du côté des Berthelot, en outre son partisan déclaré, mourait vers ce temps à Metz, empoisonné par une lettre. Il avait voulu la décacheter, expliquait-on, et s'était trouvé mal une première fois. Revenu de cette syncope, il avait persisté à l'ouvrir et était tondx' pour ne plus se relever.
Encore en tout ceci s'abstenait-on de mentionner les critiques à l'endroit des gouvernants, les protestations indigni'es (|u"avait soulevées un édit, assez inopportun, il est vrai, contre les protestants, mais à propos duquel ceux (jui s'indignaient le plus étaient des catholiques, rigides, ullramontains, et j)armi eux le bigot Pliilipj>e Y.