LA JONCHERË EST PLUS ETROITEMENT SURVEILLÉ H
Assurément, on exagérait la portée de certains de ces faits. Il n'en restait pas moins vrai que M. le Duc avait le ])lus grand intt'rét à fermer la bouche aux mutins, comme à prévenir le retour d'actes condamnables.
Il s'était retourné sur La Jonchère, d'après son plan et celui de sa maîtresse d'écarter au plus vite cette fâcheuse alfaire de péculat qui gênait leurs mouvements.
Depuis le commencement de cette année 1724, le détenu avait subi les contre-coups de la lutte qui s'engageait ainsi, ardente, entre les deux camps.
Le régime de sa prison, dabord très mitigé et presque })aternel, s'était fait tout d'un coup beaucoup plus rigoureux sans qu'il en pût démêler les causes.
Avant cela, il occupait l'une des meilleures chambres de l'antique forteresse, une de celles qu'on réservait aux prisonniers de marque. Située au troisième étag'e d'une des tours, dite tour de la Ciiapelle, elle commandait une vue suffisamment étendue.
De sa fenêtre ouverte au sud-est, qu'un soleil bienfaisant baignait souvent de ses rayons, il apercevait, au-dessus des jardins de la Bastille, une partie du faubourg Saint- Antoine où, à l'aide d'une lorgnette (jui faisait partie de son bagage autorisé par le gouverneur, il pouvait distinguer et suivre des figures de connaissance.
Son installation, sans être luxueuse, y était confortable; un bon lit, des cliaises, une armoire, trois tables, dont une à écrire, une autre à jouer, des objets de toilette en (juantité, des ustcnsib'sde cuisine, de la vaisselle, une modeste cave, du tabac et une râpe à tabac, de la poudre à poudrer, des cartes, des livres nombreux. Puis, à côté de cela, les vêtements et le linge (|u'il lui [)laisait de faire venir de chez lui, un doniesti(jue pour le servir et toutes les facilités à se procurer, toujours avec l'approba-
lion du gouverneur, et le lieutenant de police consulté, les clioses dont il avait besoin.
Ajoutez à cela la faculté de se promener à certaines heures sur les plates-formes des tours, de recevoir la visite d'un petit nombre de personnes : son frère, Michel de Roissy, qui fut dans la suite receveur général des finances et qui^ par une singularité de cette affaire déjà si singulière en tant de points, était neveu par alliance des Paris; une belle-sœur ; le curé de Sainte-Croix, paroisse voisine de la Bastille; délire, de travailler, d'écrire son journal à sa guise.
Ces adoucissements à sa captivité s'étaient continués quelques semaines encore après l'avènement de M. le Duc.
Néanmoins, La Jonclière avait bien senti que les choses n'allaient plus pour lui de la même façon. Quoique ordinairement le secret fût admirable à la Bastille visà-vis des prévenus, il avait peu à peu appris l'élévation du duc de Bourbon, par des mots en l'air, des réticences de ses interlocuttmrs. Sachant le prince mal disposé à son égard, il n'avait pas été surpris d'un redoublement de surveillance, comme de certaines restrictions à ses promenades.
Dans le courant de février, il avait reçu la visite de d'Ombreval. Le successeur de M. d'Argenson à la lieutenance de police avait voulu connaître les habitants de la Bastille. Sa vcime ne pouvait rassurer l'ancien trésorier de l'extraordinaire. Il se souvenait de la sévérité avec laquelle ie procureur général de la commission de l'Arsenal avait requis certain jour contre lui.
Mai.s, contrairement à ses craintes, d'Ombreval s'était montré fort aimable, l'avait interrogé sur ses besoins, l'avait assuré que nombre de personnes s'intéressaient à