‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 62 sur 133 · CONTINUATION DES POURSUITES CONTRE LE BLANC · texte numérisé non relu

CONTINUATION DES POURSUITES CONTRE LE BLANC

ignorait que, d'une part, on tenait à le conserver pour en tirer encore quelques éclaircissements sur les agissements fie ses complices, cela tout en ne l'incriminant pas luimême, et que, d'autre part, on craignait pour sa sûreté au cas où, sorti de la Bastille, on l'aurait exposé aux rancunes de ceux qui le considéraient maintenant comme un Iraître.

Tl préférait dire avec les nouvellistes, toujours tenus pour bien informés, qu'on ne laissait pas aller La Jonchère, parce qu'il était fort malaisé de le relâcher au moment où il se faisait tant de nouvelles et surprenantes révélations.

Car, à la différence de l'instruction contre lui qui se clôturait dans une sorte d'apaisement, celle entreprise contre l'ancien sous-secrétaire d'Etat à la guerre se fortifiait tous les jours des dénonciations les plus accablantes; les arrestations se multipliaient, et la Bastille comme Vincennes s'emplissaient de prisonniers.

L'antipathie de Mme de Prie pour le ministre Le Blanc provenait de griefs anciens et plausibles, mais eùt-elle manqué de ces motifs et n'eût-elle été que purement instinctive, c'est-à-dire ce sentiment d'un être incapable de certaines atrocités pour celui (jui peut les commettre, que les événements qui se succédérentalors l'eussent justifiée.

Après l'arrestation du l)rigadier de (iOnclies, repris dans la soirée même où il avait ri'ussi à s'écliapper d(^ chez le comte de Belle-Isle, sous la soncpienille d'un palefreni(;r, ainsi <ju"oii l'a dit j)lus haul, les gens du guet avaient obs(;rvé un repos de ti'ois ou (juatre jours.

Les recherches avaient recommencé à la fin de ce

délai. Elles avaient été très actives et avaient amené journellement l'incarcération Je quelques complices des premiers détenus.

De nombreuses créatures du ci-devant secrétaire d'État avaient été embastillées. Leurs noms nous sont restés, grâce à une note du lieutenant de police tenant compte de leurs entrées et de leurs sorties.

Y fig-uraient un des premiers commis de Le Blanc, Levasseur, à qui incombait le service des dépenses secrètes pour l'extraordinaire des guerres; son secrétaire Le Feron, que, selon cette note, il avait initié à toutes ses intrig-ues; Dulac, un joueur impénitent, auquel on supposait des accointances avec les assassins présumés de Paris de la Guiilonnière.

A côté d'eux, des espions de Fex-ministre et plus particulièrement de ses espionnes, en tète desquelles une dame Acherreau, dont la maison servait de rendez-vous à tous ses argousins; puis une autre dame de Keroulas, attachée au duc d'Orléans régent, avant de l'être à lui Le Blanc, inlrig-ante émérite et réputée pour pratiquer son métier autant à la cour qu'à la ville.

Néanmoins, tout cela n'était que menu fretin, dont la capture passionnait peu le i)ul)lic. Il n'en allait pas de même le jour où on arrêtait le sieur Du Chevron, grand prévôt de MM. les maréchaux de France, et de celui où on se souvenait de La Barre, lieutenant de la connétahlie.

Le premier, fils de famille bourgeoise, avait été colonel d'un régiment post'''rieur(Muent réformé, ensuite lieutenant des gardes du duc de Berri. En quittant le service du piince, il avait acheté cette charge de grand prévôt près du tribuniil des maréchaux.

Le second ne possédait j)as d'histoire. Il avait de tout 1em[)s exercé sa profession, cpii lui servait de gagne-pain.

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