‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 66 sur 133 · LE BLANC MIS KN CAUSE · texte numérisé non relu

LE BLANC MIS KN CAUSE

tenu un commerce si étroit avec des misérables du genre de ce triste personnage.

« Ce Menque, lorsque j'étais président du conseil de guerre et Le Blanc un de ses membres, avait été condamné à être dégradé des armes par lu main du bourreau pour s'être dit faussement clievalier de Saint-Louis et en avoir porté la croix, homme d'ailleurs reconnu pour fripon et à demi convaincu d'assassinat.

« L'arrêt du conseil de guerre ayant été exécuté à Calais, à la tête du rég-iment royal, Le Blauc. alors ministre de la Guerre, n'avait pas liésité néanmoins à le recevoir chez lui, à lui donner la croix de Saint-Louis, à le nommer lieutenant-colonel.

« Il avait même déclaré son intention de le réintégrer au régiment dont il avait été exclu, mais tous les officiers de ce régiment avaient honnêtement averti en haut lieu que, si on en agissait ainsi, ils le mettraient en pièces. A la vérité le sous-secrétaire d'Etat Le Blanc n'était pas excusable de recueillir de pareils scélérats, celui-là particulièrement, au bénéfice duquel il avait eu l'impudence de solliciterune pension annuelle de quati-e miUc livres.»

A ce témoignage accablant du niar(''cluil de Villars venaient s'en joindre cent autres qui ne permettaient point de douter de la criminalité des serviteurs de Le Blanc et qui, s'ajoutant à tant de de charges des plus graves, auraient dû perdre à tout jamais la cause des prisonniers, s'ils n'avaient été soutenus par la brigue la plus puissante qui se fût encore vue.

C'est cette vérité (jue Mme de Prie avait travaillé à démontrer à M. le Duc, (pii, moins clairvoyant que sa

maîtresse, aurait incliné à croire ses adversaires entièrement désarmés et terrorisés par l'énergique répression du commencement de mars.

Elle lui avait fait sentir, par tout ce qui se disait et se rapportait quotidiennement, jusqu'à quel point les passions étaient excitées contre eux du côté de leurs adversaires et quelle faction de plus en plus dangereuse ils avaient à combattre.

Assurément ils possédaient pour eux, en plus de leurs propres partisans, la masse des gens simples de la petite noblesse, de la bourgeoisie, dont la divulgation de tant de vols, do tant de meurtres avaient provoqué la vigoureuse nq)robation.

Mais qui, à considérer les cboses sous une autre face, n'était pas contre eux? La famille d'Orléans, puis les princes légitimés, les Conty et leurs serviteurs à tous, dont le prétendu raccommodement n'avait pas duré plus d'un mois; le clergé presque en entier, le meilleur de l'armée, la majorité des parlementaires!

X'était-ce pas le maréclial de lîezons, jiarent de Le Blanc, qui avait conjuré M. le Duc de rendre l'incarcération de l'ex-ministre moins dure, et demandé sur un ton plus haut quels pouvaient être ses griefs pour être détenu de la sorte? A quoi M. le Duc, il est vrai, lui avait fait répondre fort sèchement que des. considérations d'un ordre très élevé avaient amené le Boi à cette détermination; que pour le reste le prisonnier était traité comme il le méritait.

iMais le maréchal de Berwick n'était-il pas intervenu à

son tour? N'avait-il pas reproduit la même interrogation,

en termes fort cavaliers, sans paraître se douter que cette

question eût déjà été traitée avec son collègue Bezons?

Le cardinal de Gèvres n'avait-il pas bien témoigné où

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