‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 69 sur 133 · SANTE PRECAIRE DES PRISONNIERS · texte numérisé non relu

SANTE PRECAIRE DES PRISONNIERS

tages : le premier, de reconquérir le Roi par la satisfaction de ses goûts, par Tamusement; le second, fort à considérer aussi, de réloigner de Paris au moment où la nouvelle épousée de la maison d'Orléans serait prête à y entrer.

De cette manière le gouvernement de M. le Duc dépouillait les fêtes si fébrilement attendues de leur principal attrait, soit la présence d'un prince l'idole de son peuple. Quant à leur ellet moral, sur lequel la cabale d'Orléans avait pu tabler, il était plus qu'é^ident (ju'il tondiait à peu de cbose.

Ces combinaisons adoptées relativement aux (juestions subsidiaires, le sujet capital, celui du règlement de l'affaire Le Blanc, restait à traiter.

Mme de Prie comme les Paris étaient maintenant pour les résolutions fortes. Il fallait mettre délinitivement la séquelle dans l'incapacité de nuire. La Marquise pensait s'être assuré les moyens d'y parvenir. Elle se croyait assurée d'une magistrature obéissante. La suite de ce récit nous prouvera (jue maintes fois, entre les pri'visions les mieux fondées et la réalité des événements, il y a l'abîme oîi l'on se perd.

Depuis (jueL(; Blanc, Bellc-Isle, Séclielles et leurs amis avaient franchi le seuil de la Bastille, on avait eu plus à veiller sur eux (jue sur aucun détenu en aucun temps.

En outre des interrogatoires, des confrontations, des mesures à pren(lr(^ pour isoler les prisonniers, leur état de santé avait nécessité des soins de cliaque jour.

A peine le chevalier de Belle-Isle était-il resserré dans sa cellule qu'il s'y sentait sérieusement indisposé. On faisait

venir Helvctius, fils du fameux médecin de Leyde et luimême déjà très couru à Paris. Grâce à ses prescriptions, le chevalier se remettait rapidement sur pied. Mais à ce moment son frère aîné était atteint à son tour, et après lui Séclielles, puis, quand l'état du comte de Belle-Isle s'était amélioré et qu'on avait donné la clef des champs au petit maître des requêtes. Le Blanc causait de véritahk's transes à ses gardiens.

(>omme les agents de M. le Duc se méfiaient des communications qui eussent pu s'établir entre les autres détenus et leur chef avoué, la surveillance s'était exercée, dès le début, de la manière la plus rigoureuse vis-à-vis de rex-iniiiistre.

Ce n'est point qu'elle allât jusqu'à la persécution, ainsi qu'on se }dut à le dire plus tard. Le Blanc participait à certaines indulgences, conjointement avec le conmiun des liabitanls de la Bastille.

On lui avait permis des meubles, des vêtements, du linge, des livres, un domcsti(jue. Toutefois sa liberté était des plus limitées.

11 était entré très épuisé à la Bastille. Une vie trop facile l'avait usé avant l'âge. On le disait d'ancienne date sujet à des crises du liant mal.

Les accès qui devaient compromettre son existence au mois de juillet se manifestèrent par d'elï'rayants avantcoureurs.

Ou dut même, en présence de ces troubles physiques, lui accorder l'autorisation de se promener dans les jardins et sur la terrasse de la lîastille, facilité dont ses partisans aliusèrent assez sur-lo-cliaiiip pour faire regretter à dOmbreval de l'avoir octroyée.

L'ex-commensal de Le Blanc, le secrétaire d'ambassade liloiukd, (|ue nous avons déjà cité, racontait, en

Page 1