‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 70 sur 133 · LETTRES PATENTES DU 2 MAI · texte numérisé non relu

LETTRES PATENTES DU 2 MAI

effet, quelijues années plus tard, comment des pèlerinages s'étaient orçanisés du (^ùté de la porte Saint- Antoine et comment Mme de Piéneuf et sa compagnie s'assemblaient en un jtoint du boulevard d'où Ion était à même de faire des signaux au prisonnier, à llieure de ses promenades.

Quant au peuple, toujours porté à voir au delà de ce qui existe, il avait tiré, du fait de ce plus de liberté concédée à Le Blanc, la conclusion qu'il sortirait de sa forteresse un jour procliain.

Certains s'en fàcbaient. Ils auraient voulu qu'on fit payer à ces exploiteurs du })euple ce qu'ils lui avaient pris. Les autres auraient ajiprouvé de bon cœur cet acte de clémence. Ils estimaient que, tout restant dans le doute et les prisonniers ayant déjà à moitié expié leurs forfaits vrais ou faux par leurs récentes tribulations, il n'v avait pas d'inconvénient à les envoyer se faire pendre ailleurs.

La surprise fut donc géncTale et pénible pour queUjuesuns quand parurent les lettres patentes qui attribuaient au parlement de Paris la connaissance des quatre assassinats iinj)licit(Miient attribut'-s à l'ancien ministre et à ses complices.

Elles avaient été publiées le 2 mai, avaient été enregistrées le 4, et étaient conçues en ces termes :

« Louis, etc. A nos amt'S les gens tenant notre cour du Parlement à Paris, salut.

« L'assassinat prémédité comnn's au mois de février dernier près de la rue Saint-Antoine à Paris, dans la personne du sieur de la {luillonnière, officier servant dans nos troupes, étant non seulement un crime atroce par sa nature, mais même d'une très dangereuse consé(juence par ses circonstances, nous avons cru devoir à nos peuples

et au bien commun de noire État une attention particulière pour la recherche des coupables.

« Nos soins ne se sont pas bornés là : nous avons cherché à en pénétrer la cause et nous la trouvons dans l'impunité qui a suivi plusieurs crimes, par les précautions qui ont été prises par les coupables pour en supprimer et détourner les preuves.

« En l'année 1718, le nommé Gazan de la Combe fut trouvé étranglé dans la maison de La Barre, lieutenant de la connétabhe, dont il fut informé par le lieutenant-criminel au Chàtelet de Paris.

« Le 17 avril il22, le cor{)s du sieur Sandrier, receveur général des finances de Flandres, fut trouvé dans la rivière de Seine, percé de deux coups, dont il fut dressé procès-verbal par les officiers de la prévôté de l'Ile-de- France, le cadavre porté et reconnu à la basse geôle du Chàtelet.

« Peu de temps après les vendanges dernières, il a été informé par un olïicier de ladite prévôté de l'Isle-de- France, du meurtre fait en plein jour du charretier du fermier de la -Alalmaison, près Rueil.

« Tous ces dillérents crimes, étant restés sans poursuite, ont conduit au dernier point l'audace de ceux qui sont capables d'en commollre de seniblablcs. Dans ces circonstances, l'attention que nous devons à la sûreté publlcjuc nous a engagé à donner nos ordres pour l'aire la recherche des auteurs desdits crimes et des preuves qui pourraient s'en recouvrer.

« A (juoi avant été procédé suivant nos intentions, il ne nous reste plus qu'à réunir en un seul tribunal l'instruction de ces dilférents crimes commencée par dillérents juges et luiatlnl)uer loutle pouvoir nécessaire à cet effet. » Le texte de cet acte était clair, les allusions transpa-

ARRESTATION ET AVEUX t)E MENQUE 145

rentes. Personne ne se trompait sur la signification de cette phrase : « Nous trouvons la cause d'un nouveau crime dans l'impunitn qui en a suivi d'autres, par les précautions qui ont été prises par les coupables pour en détourner et supprimer les preuves. »

Comme de celle-ci : « Tous ces diflércnts attentats étant restés sans poursuite ont conduit au dernier point l'audace... »

Quels étaient les coupables"? Le Blanc et ses complices. Et leur audace? Ce qui s'était récemment divulgué de leurs projets contre M. le Duc, Mme de Prie, les Paris.

« Les lettres marquent, disait-on alors, que les auteurs ont été découverts ainsi que les preuves et qu'il ne reste plus qu'à nommer des jug-es. C'est toute l'atïaire de la Bastille. Les parents et les amis des prisonniers tremblent sur cette procédure, « qui éclate comme un coup de foudre au-dessus de leurs têtes. »

En tout cas, l'allaire avait un immense retentissement, et s'il entrait dans les vues de Mme de Prie que le procès de ses adversaires se fît avec éclat, les événements la servaient bien. Suivant une feuille volante du jour, La quintessence des nouvelles politiques, on no s'entretenait plus d'autre affaire à la cour et à la ville, que de celles de la Bastille. On n'y parlait ni de la mort de Sa Sainteté (Innocent XIII), ni du mariage du duc d'Orléans, ni du congrès de Cambrai, ni des mystères qui se brassaient du côté de l'Italie, quoique toutes ces questions fussent très importantes. On voulait penser uniquement au meurtre de Sandrier comme au.v trois autres assas.sinats.

De toutes parts on avait cherché la raison de cette brusque évolution. On avait cru la découvrir dans les dépositions du dernier prévenu (jne l'on avait arrêté : de Menque.

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Selon les uns, cet homme avait avoué avoir assassine La Guillonnière pour délivrer le ministre Le Blanc d'un ennemi mortel, de Paris-Duverney. Il mettait cependant Le Blanc hors de cause^ puisqu'il déclarait par le même aveu avoir agi seul, de son propre mouvement et sans l'avoir en rien consulté.

Selon les autres, il aurait eu affaire à La Guillonnière, mais affaire personnelle. La Guillonnière aurait suhorné sa sœur. Il lui aurait demandé raison, aurait voulu lui faire mettre l'épée à la main, mais, devant son refus, l'aurait hlessé sans l'achever.

Bien des cerveaux se troublaient à la publication de ces détails. On n'y apercevait plus, à leur sens, la culpabilité de Le Blanc aussi marquée que par le passé, parce qu'en réalité ils ne prenaient pas la peine de contrôler la provenance de ces nouvelles, toutes lancées par le conseil de M. le duc d'Orléans.

Ce conseil s'était définitivement constitué, et malheureusement pour M. le duc de Bourbon et Mme de Prie, il comprenait trois des meilleures tètes du rovaume. Le Père Lafhtau, évèque de Sisteron, engag'é depuis quinze ans dans des négociations avec la cour de Rome, homme d'infiniment d'esprit, de vivacité, jeune encore et plein d'ardeur; d'Argenson, chancelier du prince, enfin un roué compère, Bosc, procureur général de la cour <les aides, attaché au Palais-Royal comme l'un des officiers les plus élevés de l'ordre de Saint-Lazare, dont le duc d'Orléans était grand-maître, et fort ennemi des de Prie, des Pléneuf, des Berthelot, en général et sans distinction.

Ces trois honunes comldaient amplement le vide d'intelligence qui existait chez leur maître. Ils avaient organisé la résistance à laquelle le premier ministre s'était

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