‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 72 sur 133 · U8 MADAME DE PRIE · texte numérisé non relu

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d'ouvrir la porte, il avait fait une vigoureuse résistance, jusqu'à ce que les archers l'eussent à moitié assommé.

Ils rapprochaient son cas de celui de l'ahbé Margon, bibliothécaire de Le Blanc, enlevé subitement de chez lui ])Our être dirigé sur la Bastille. Ils se gardaient bien de dire que l'abbé était le dépositaire de la plupart des secrets de Tex-ministre ; que quant cà Du Lac, on avait saisi sur lui une lettre fort compromettante adressée à Menque, par laquelle il l'avisait que tout était prêt pour certaine expédition concertée entre eux et la dame de Richebourg, l'un des espions féminins du même ministre.

Mme de Prie estimait que tous ces mouvements et ce (ju'elle qualifiait de criaillcrics était encore, à tout prendre, de minime importance à côté du travail qui se faisait au Parlement, toujours par les efforts du conseil d'Orléans. M. le Duc avait déjà pu apprécier l'indépendance d'esprit de ses membres. Chàteauneuf, d'Iîerbigny, d'Argenson, Vatan, qu'on avait cru des juges dévoués au début de la commission de l'Arsenal, v avaient fait bientôt l'opposition la plus vive au gouvernement. En serait-il de même de ceux à qui on allait avoir recours? car, pour s'assurer la condamnation des prisonniers, il fallait une commission (jui fui à même d'agir au besoin en dehors des formes étroites de la procédure habituelle.

Mais comment la composer et où en découvrir les élé ments? C'est à, cet instant (|ue Mme de Prie avait pu apprécier l'étendue des ressources (jue possédaient encore ses ennemis, quoique cernés et abattus, et comme contraste la fragilité de l'échafaudage si laborieusement et si péniblement construit par elle et son ami.

M. le Duc avait à première vue un seul parlementaire de race sous la main, Arnaud de Boëxe, le dernier procureur général de la commission de l'Arsenal. Avec son

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intransig^eante intégrité il n'y avait point à redouter de compromissions de sa part. Il ferait preuve de la même inflexibilité pour Le Blanc, les Bellc-Isle et leurs amis (jue pour (]artouclie et ses compagnons, vis-à-vis dcs- (|U('ls il s'était montré implacable.

En conséquence M. le Duc le manda, l'exborta longuement, tira de lui lassurance qu'il tenterait ce qui était en son pouvoir pour réussir.

Mais à la lin d'un délai de huit jours, Arnaud de Boëxe était revenu pleinement découragé, sans avoir pu réunir un nombre de bonnes volontés sul'lisantes, car ceux des juges qui engagaient leur parole la veille la retiraient le lendemain.

Dailleurs à ce moment précis le parlement évo(juait l'affaire. Le secrétaire d'Etat à la guerre Le Blanc, et par ses fonctions et par son titre de maître des requêtes honoraire, faisait piU'tie de cet illustre corps. Il avait le droit d'exiger la réunion des chambres })Our être jugé par elles.

Il avait présenté une requête en ce sens. Elle avait été reçue avec joie. En ellct, toute magistrature à qui un inculpé s'adresse de cette façon est d'ordinaire portée à le considérer connue se mcltant sous sa protection particulière, de là plus digne d'intérêt.

Séchellcs, maître des requêtes après Le Blanc, ne pouvait mieux faire que de suivre la voie tracée par son ancien. Le parlement avait retenu sa cause connue Japrécédente.

Les Belle-Isle, ConcIies, 3Iaizières, en qualité de gentilshonniies, disposaient de la faculté de faire assendder hi grand'chambre, et connue ofliciers de rt-clamer la chambre de la Tournelle de la justice militaire. Ils l'avaient demandé. On les avait écoutés. Ce qui restait

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après eux ('tait butin sans conséquence, bon tout au plus pour la (Conciergerie ou la place de Grève.

M. le Duc et sa maîtresse manquaient donc, par les menées de la cabale, par l'indulgence du parlement à l'ég'ard de Le Blanc venant du souvenir des services rendus trois ans auparavant et par cette iiostilité que, suivant Marais, il all'ectait toujours vis-à-vis d'un premier ministre qu'il liaïssait, mais plus encore vis-à-vis de celui du moment, manquaient de la sorte, disons-nous, un beau coup de partie, car, de lavis général et de celui plus entendu des politiciens, des gens du métier, juristes, basocbiens ou autres, la cause des déteims de la Bastille gagnait à cette ingérence du parlement dans leur procès tout ce que le gouvernement y laissait échapper, soit la moitié au moins de l'enjeu final.

La fortune de Mme de Prie allait être à dater de cette heure une curieuse alternative de succès et d'insuccès, vis-à-vis de ses ennemis, de brèves victoires et mallieureusement pour elle de défaites plus prolongées, jusqu'à celle (jui «levait briser sa via.

Le premier événement contraire. à ses vues, après le grand échec dont nous venons de parler, fut l'avortement de la combinaison Villeroy.

Le vieux maréchal, alors âgé de quatre-vingt-trois ans, mais néanmoins toujours assez vert, vivait retiré dans son gouvernement de Lyon à l'heure oii l'idée était venue à M. le Duc, à Mme de Prie et à leurs conseils de l'opposer à l'évèque de Fréjus.

Le lioi a\ait marqué un réel empressement pour ce retour. Fleury, en lin jtolitique, qui savait à l'avance ce

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