PREMIER PROJET DU RENVOI DE L'INFANTE
s'y était occupé par exemple de relréner la licence de l'Opéra et de donner sur les doigts à messieurs les laquais qui s'habituaient trop à copier leurs maîtres.
Mais à côté de cela on avait rédigé une déclaration des plus profitables à la sûreté publique. On avait réglementé la misère, en proscrivant de suite dans toute l'étendue du royaume la mendicité et le vagabondage, mais en créant également des distinctions entre les malheureux valides et invalides. On contraignait les premiers à travailler pour se rendre utiles à l'État, ou à s'expatrier s'ils s'y refusaient. On venait au secours des seconds en affectant à ce nouveau service charitable les fonds de plusieurs taxes récentes.
On y avait supprimé d'un trait de plume les charges des gouverneurs de toutes les petites villes et beaucoup de charges municipales. On en avait réformé cent autres de secrétaires du Roi, en considération de ce que toutes, sans exception, parle fait qu'elles anoblissaient leurs titulaires, rejetaient le fardeau des tailles sur le peuple, qui en était déjà accablé.
On y avait surtout agité une question d'une extrême gravité, sous le voile d'un mystère si impénétrable (ju'elle ne se laissa jamais soupçonner. Nous voulons dire le renvoi de l'infante-reine à la cour de Madrid et le choix d'une autre princesse comme épouse do Louis XV. Ce secret n'était pas sorti d'entre Mme de Prie, le Duc, les Paris, Villars, et peut-être Brcteuil ou Dodun. Il avait échappé à la méfiance de l'évêque de Fréjus, auquel on ne crut opportun de le communiquer que trois mois après.
Cet immense labeur, si disproportionné aux capacités ordinaires d'une femme, n'empêchait pas la marquise de Prie de suivre les prisonniers de la Bastille dans leurs faits et gestes quotidiens.
L'annonce du départ du Roi pour Chantilly, qu'ils avaient su forcément en dépit du silence dont on les entourait, avait sonné lugubrement à leurs oreilles.
Que n'avaient-ils pas, en effet, à attendre de leurs adversaires, du moment oii le Roi devenait l'hôte de ceuxci pour un temps indéterminé? Comment penser qu'on n'utihserait pas cette réunion pour les détruire dans l'esprit du monarque?
Il semble véritablement, d'après les incidents qui naissaient chaque jour à l'intérieur de la sombre prison d'Etat, qu'alors ils se soient crus irrémédiablement perdus.
Séchelles, dont la santé était fort délabrée, avait obtenu l'autorisation d'être interné provisoirement à sa maison de campagne, sa mère, suivant Barbier, étant grande amie de Mme de Prie.
En réalité, on avait pensé qu'il allait rendre Tàme sous les verrous et on l'avait congédié en hâte.
En même temps que lui, Le Blanc était atteint avec la dernière violence d'un de ses accès accoutumés.
Il était de minuit à une heure, en pleine nuit du 4 juillet, lorsqu'au milieu d'allées et venues au travers de sa chambre il était tombé tout de son haut sans connaissance et sans qu'on pût le ranimer avant un bon quart d'heure. Le chirurgien du château, qu'on était allé réveiller, était monté aussitôt chez Le Blanc, qu'il avait trouvé encore fort abattu, le visage livide. Une vive agitation avait succédé à cette crise. Durant la journée entière il n'avait cessé de parcourir sa cellule en tous sens. Après quoi la fièvre avait cédé.
Il confessa alors que des convulsions semblables l'avaient déjà frappé deux fois auparavant, mais qu'il n'avait pas voulu en parler.
On craignait des rechutes. On mit le médecin de la Bas-