NOUVELLES PROCEDURES
à qui on avait versé trois mille livres. On ajoutait que quelques jours auparavant, un autre soldat qui s'était sauvé (le prison était allé s'y rendre de lui-même, qu'on croyait qu'il avait fait cette dénonciation en retour de laquelle on lui assurait sa grâce, pour assouvir une ancienne rancune, et que toutes ces raisons combinées avaient décidé les gouvernants à s'assurer du sieur Fontenay.
Le 30, Moreau de Séchelles, revenant de dîner chez des amis et rentrant à sa campagne, était suivi jusque dans la cour de sa maison par deux hommes à cheval, qui y entraient avec lui. L'un d'eux quittait sa monture et lui parlait à l'oreille pour lui remettre une lettre de cachet. Sur quoi il prenait congé de la compagnie et on le conduisait à Vincennes.
Peu de jours après, c'était le tour de La Jonchère, le sempiternel inculpé. De nouveau on le décrétait, do nouveau on l'amenait à la Conciergerie à l'aube, tout dérouté et tremblant. Comme on ne savait oii le colloquer à cette heure matinale, ou pour empêcher qu'il ne croisât d'autres prisonniers qui descendaient l'escalier tandis qu'il le gravissait, on l'installait précipitamment dans la chambre de la question, ce dont il man(juait mourir de peur.
Enfin on répétait beaucoup (jue .M. Le Blanc allait goûter lui aussi de Vincennes.
A agir ainsi il y avait les raisons les plus fondées ; du moment en elï'et où la proximité des prisonniers à la Bastille entraînait les agissements précités, il était du devoir du gouvernement de jjrcndrc les disj)Ositions nécessaires pour en supprimer la ré[)élition.
Les amis de Mme de Pléneuf traversaient donc une autre mauvaise période, et par le fait de l'entente qui
régnait à Clianlilly, 3Ime de Prie paraissait maîtresse du terrain, lorsque révénement le plus imprévu et le plus malheureux en lui-même vint bouleverser toutes ses combinaisons.
Le 31 août, le voyage de Chantilly, si favorisé jusqu'à ce jour, se terminait par une tragédie que les gazettes rapportaient comme il suit r
« La chasse du cerf qui se fit avant-hier a été funeste au duc de Melun. Vers les sept heures du soir, à une demi-houe du château, ce seigneur, courant à cheval dans une des routes de la forêt, fut blessé par le cerf qu'on traquait, lequel était presque aux abois. Le coup qu'il donna en passant fut si rude que le cheval et le cavalier furent renversés. Le duc de Melun fut d'abord secouru par le duc de Bourbon et par le comte de Clermont. Le sieur Flan(Hn du Montblanc, chirurgien du Roi, lui mit le premier appareil et on le fit porter au château, où il mourut aujourd'hui 31, à cinq heures du matin, dans la trentième année de son âge, après avoir reçu tous les sacrements et avoir fait son testament. »
Cet avis s'accompagnait <lc quelques détails sur la blessure (lu jeune Duc, qui avait «Hé causée, disait-on, par un andouiller d'environ dix i)Ouces de longueur, qui avait percé le corps par les cotes jusqu'au foie.
L'accident était fort triste en lui-même. Il fut déplorable par ses conséquences en ce qui concernait M. le Duc et sa maîtresse, car cette mort empruntait une importance particulière à la parenté qui unissait le défunt aux principales familles du royaume. Il était fils de la princesse d'Épinoy, avec l'apanage du (luchi- de Joyeuse et de la maison de Lorraine. Veuf <le la princesse de Rohan, par cela môme beau-frère du prince de Soubise, il s'était remarié depuis peu avec Mlle d'Albret qui l'alUait aux Bouillon.