RETOUR DU ROI A VERSAILLES
Le Roi, au vrai, lui avait d'aliord donné quelques larmes — style du temps, — mais son indifïérence reprenant le dessus, il s'était surtout ennuyé de rester à Cliantillv après le drame. Il avait même déclaré son intention de rentrer à Versailles le soir même de la mort du Duc. On lui avait fait observer combien un retour aussi précipité serait mal interprété du public.
Il s'était rendu à ces raisons. On avait pu ainsi le faire tenir en place quarante-huit heures de plus, maussade toutefois et ne voulant plus goûter d'aucune distraction.
A la fin de ces deux journées il quittait la somptueuse résidence de M. le Duc dans des sentiments très différents de ceux qu'il manifestait huit jours auparavant. Il montrait une réelle satisfaction de reprendre possession de son palais de Versailles, mais surtout ne parlait plus que de Fontainebleau. Chantilly et les soins infinis qu'on avait pris pour l'y distraire et gagner ses bonnes grâces étaient plus qu'à moitié sortis de son esprit. Comme l'action contre Le Blanc, les Belle-Isle et consorts, comme le rappel du maréchal de Villeroy, les fêtes de Chantilly avaient manqué leur effet.
La parole était maintenant à la faction d'Orléans, qui s'était passablement morfondue durant le séjour de Louis XV chez les Condé, et d'autant plus morfondue que sa renommée, comme son crédit, venait de subir un rude assaut du côté de l'Espagne.
La jeune reine, femme do don Luis, qui, en sa qualité de Mme de Montpensier, fille d'Orléans, y représentait la branche cadette (!e Bourbon, s'y était fait consigner dans son appartement et donner des gardes. A ({uel propos? Les uns disaient que la tète lui avait tourné: les autres que sa tête n'était point en jeu, mais ses jambes.
qu'elle avait outrag'eusemcnt découvertes en public; d'autres enfin qu'elle avait été plus loin encore et qu'il n'y avait pire folie dont elle ne se rendît coupable. La chose avait été sue du Roi, de son conseil et de Mme la duchesse douairière d'Orléans qui, en route pour recevoir sa bru^ la princesse de Bade^ l'avait à peine embrassée à Bagnolet, pour de là courir à Chantilly. Bref le tout avait fait grand tapage, à la joie non dissimulée de M. le Duc et des siens.
Seulement ce beau feu n'avait été que feu de paille. Le faible don Luis, du fond de sa retraite, et l'hypocrite Phihppe Y son père, s'étaient empressés d'assoupir l'affaire; le dernier notamment avait aussitôt écrit en France que la reine, se pliant à renvoyer certaines de ses « seûoras de lionor » et à se conformer à l'avenir aux usages espagnols, il n'y avait plus lieu de s'arrêter aux inconséquences passées.
Heureusement la venue de la princesse de Bade complétait cette réhabilitation de la famille d'Orléans. Parvenue à C^hàlons vers le milieu du mois, elle s'y était rencontrée avec le duc d'Orléans, et l'y avait épousé authentiquement. Puis, le prince l'ayant précédée au Palais- Royal, elle y avait employé une journée à visiter une autre belle-sœur, non moins extraYagante que la reine d'Espagne, Mlle de Chelles, (ille du Régent.
Elle s'était enfin reposée de son voyage à Paris d'abord, à Versailles ensuite. Elle y était avant le Roi et y réussissait merveilleusement, séduisant de prime abord les personnes de distinction qu'on lui avait présentées, en même temps qu'elle enchantait le brave bourgeois à qui elle apparaissait non point tant jolie (pio blanche, potelée, et somme toute très ragoûtante.
Le 3 août elle descendait au château. De suite M. le Duc