MARIAGE DU DUC D'ORLEANS
l'y envoyait complimenter, alors que le Roi lui faisait faire des civilités do sa part par M. le manjuis de Maillebois, spécialement dépéché auprès de sa personne.
Le lendemain, dans l'après-midi, Mme la duchesse douairière la présentait définitivement à Louis XV, et chacun remanjuait que le Roi, après l'avoir embrassée de bon cœur, ne lui avait pas adressé une seule parole.
Au fond cette froideur d'accueil possédait-elle quelque prix aux yeux de M. le Duc et Mme de Prie? Ne savaientils pas le jeune prince toujours ainsi timide et taciturne, sans que l'on pût en tirer aucune conclusion quant à ses sympathies ou à ses antipathies? N'était-ce même pas grâce à cotte particularité de son caractère qu'on avait persuadé à la mignonne infante-reine qu'il ne parlait pas à ceux pour qui il ressentait de l'affection Aussi disaitelle un jour au maréchal do Yillerov : « Que vous êtes heureux, monsieur! Voyez comme le roi vous aime; il ne vous dit jamais une syllabe ».
Le danger résidait dans la présence de celte épouse, dans le relief d'iionnétoté et de respectabilité qu'elle donnait à l'intérieur du duc d'Orléans, dans la naissance plus que vraisemblable, et prochaine au demeurant, d'un hérilier de cette maison, auprès de laquelle celle des (]ondé, de M. le Duc et de ses frères, veuf sans progéniture ou garçons, faisait assez piètre figure.
II résidait à cIukjuc heure davantage dans la faction du Palais-Royal, comme dans la coterie plus restreinte de l'ancien hôtel Pléneuf, que celle perspeclive encourageait jusqu'à la rendre hautaine et insullanle.
Il résidait enfin dans la participation non moins active de Philippe V aux trames les plus tortueuses de la cour deFranco.
Prévenir ces dangers, les détourner, continuait à être
la politique de la favorite comme elle l'avait été précédemment.
Le but à atteindre demeurait le même. Seuls les moyens à employer changeaient avec les circonstances.
Les premières manœuvres destinées à s'assurer la confiance de Louis XV n'avaient pas abouti, par suite d'une vi'ritablc espièglerie du hasard. Il importait de les recommencer à nouveaux frais, en se précautionnant en cas de rechute.
Or, le moyen le plus assuré de couper la voie aux princes d'Orléans était de marier le Roi.
Mme de Prie l'avait compris de suite, et si maints auteurs ont prétendu que M. le Duc, conseillé par sa maîtresse, en avait eu seulement la pensée un an plus tard, lors de la maladie du jeune monarque, ils se sont gravement trompés. Cette conception était déjà à cette époque vieille de tout ce délai. On n'avait fait que lui garder, comme nous le remarquions plus haut, un secret assez admirable pour tromper la France entière. En effet, personne dans le royaume, en dehors de sept ou huit privih'giés, ne se doutait de ce qui se concertait à ce sujet, alors qu'une nuée d'ingénieux émissaires s'abattaient sur les cours <le l'Europe, pour y (b'nicher la })rinccsse souhaitée.
Posséder une reine donni'e de la main de M. le Duc, formée par lui, élevée par lui et lui devant cette élévation, tel était le salut entrevu. Jusque-là, il convenait de se maintenir en équihbre. A ucune femme au monde n'était plus apte à ce rôle (jue la marquise de Prie. Somme toute, les événements senibiaiiMil suivre leur cours de la faron la plus paisible, on pouvait dire la plus monotone.
Les lampions des fêtes du Palais-Royal éteints, le silence fait sur l'arrivée, la présentation, l'installation de