‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 80 sur 133 · MECONTENTEMENT POPULAIRE · texte numérisé non relu

MECONTENTEMENT POPULAIRE

Cette grosse opération marquait, comme certaines attentions du Roi, les réussites de la politique de Mme de Prie. Elle avait ses revers, car à la vérité rien ne pouvait être assuré dans son état.

Le peuple commençait à se plaindre sourdement de M. le Duc. Il souffrait des conséquences ruineuses du Système, vis-à-vis desquelles les travaux du visa avaient servi uniquement de palliatif provisoire. L'argent n'avait jamais semblé plus rare, le prix des moindres objets de consommation plus élevé. En vain M. le Duc avaitil provoqué des assemblées des fournisseurs les plus considérables de la capitale, pour examiner par eux comment on parviendrait à abaisser les prix; en vain une association de banquiers, dont Samuel Bernard, avaitelle fait venir, sur ces encouragements, des provisions de blé d'Allemagne. Le mal avait des racines trop profondes pour qu'on pût ainsi l'extirper d'une année à l'autre. Il ne faisait que s'étendre et grandir cliaque jour.

La marquise pouvait prévoir ég-alement ce qu'il adviendrait du jugement que le parlement allait rendre sur l'affaire des prisonniers de la Bastille. Quoique tout v fût rendu intentionnellement fort obscur par les mag'istrats, leur bienveillance à l'égard des accusés n'était pas chose douteuse. Il n'était pas douteux également qu'ils ne cherchassent à tromper l'attention du gouvernement en feignant de ne pas s'entendre eux-mêmes sur la direction des débats. Quand et comment entameraient-ils l'affaire? On avait parlé de la convocation des chambres dans le courant de septembre. On aurait pressé l'instruction et le procès aurait eu lieu en novembre; mais on était arrivé en octobre sans avoir rien commencé. On donnait maintenant le mois de janvier comme dernière et immuable limite à la réunion de la haute assemblée.

En attendant le Parlement avait désigné le conseiller Fallu comme rapporteur de l'affaire. La marquise connaissait trop le dévouement de cet homme à la maison dOrléans pour ne pas y voir un premier jalon posé par les magistrats dans la route qu'ils comptaient suivre. Elle avait alors suggéré à M. le Duc de proposer la nomination d'un adjoint au conseiller rapporteur, adjoint qui, choisi parmi les amis de l'administration, aurait contrebalancé le poids de l'autre. On avait mis ainsi en avant le nom de Morville; mais, comme bien on pouvait l'augurer, les parlementaires s'étaient nettement opposés à cette désignation.

En présence d'un semblable état de choses, n'importait-il pas de frapper un grand coup afin de rompre le fil de ces intrigues? L'idée d'une commission instituée par le ministère avait été facilement abandonnée devant l'insistance du Parlement à évoquer l'affaire, ne convenait-il pas d'y revenir, et à défaut d'arguments juridiques, de l'imposer résolument ?

Mme de Prie, les Paris et quelques esprits clairvoyants autour de M. le Duc opinaient pour que le premier ministre s'y décidât sans larder. Le prince, Yillars, Fréjus d'autres encore hésitaient ou disaient hésiter devant les lourdes responsabiUtés qu'un acte de ce genre entraînerait fatalement. La maladroite intervention du maréchal de la Feuillade avait fait pcnclier la balance de leur côté. Il avait d'abord représenté « toute l'iiorreur que le public avait pour les commissions en matières criminelles, à ce point que l'Iiomme le plus coupable serait toujours regardé comme innocent après avoir été condamné par elles. »

11 s'était ensuite vanté de posséder à lui seul assez de crédit clicz les parlementaires pour rallier quand il vou-

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