‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 81 sur 133 · LE HLAXC, SES AMIS ET LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

LE HLAXC, SES AMIS ET LE PARLEMENT

drait la majorité d'entre eux à ses vues. Que serait-ce, avait-il ajouté, quand M. le Duc et ses amis prendraient de leur côté la peine de les persuader?

Bref il avait fait valoir sa thèse avec tant do conviction, qu'il avait décidé le ministre à laisser là toute tentative d'évincer le Parlement. C'était ruiner de gaieté de cœur une cause de la plus haute conséquence.

Déjà, du reste, les lamentations, les gémissements des prisonniers habilement reproduits et répandus par tout Paris avaient été profondément au cœur du peuple, dont tous les vœux les accompagnaient, sans (ju'il s'occupât de savoir si leurs plaintes étaient })lus ou moins fondées.

Car si on avait bien en effet transporté Le Blanc àVincennes, c'était pour y jouir de plus de liberté, puisqu'on l'autorisait à s'y promener dans les jardins : les pontslevis levés par simple mesure de précaution.

Sa femme avait pu lui faire remettre tous les vêtements, les meubles, les livres qui lui manquaient. On lui avait octroyé un nouveau domestique.

La Jonchère s'était-il plaint du sien, dont la tète s'entreprenait par suite d'une trop longue réclusion, on l'en avait débarrassé pour lui en permettre aussilot un autre.

On s'était montré plein (W prévenances attentives pour le comte de Belle-Islc, dont les yeux se fatiguaient, pour Conches, tous perclus dv rhumatismes.

(Jn n'avait sévi que contre 1 abhé Margon, que les arcliors avaient un jour saisi à son domicile, puis mené à la Bastille. Encore l'abbé avait-il eu la folie de se vanter de posséder des secrets de l'ex-secrétairc à la guerre. La mesure prise contre lui ne présentait donc rien d'irrégulier.

Cependant le peuple s'apitoyail sur son sort comme

sur celui (les autres détenus, parce qu'il s'était habitué à le faire et que mille mécontents l'y invitaient. A son avis Le Blanc méritait les palmes du martyre. On s'évertuait à le tourmenter, à précipiter sa mort, à force de mauvais traitements. Sa maladie, née de ses excès antérieurs, prêtant quelque crédit à cette absurde et indigne accusation, on n'hésitait pas à la propager en tous lieux avec tant d'insistance que cent ans plus tard des faiseurs de mémoires plus ou moins apocryphes la rééditaient encore, pour maudire la mémoire de M. le Duc et de sa maîtresse.

Aussi la joie de ce populaire avait-elle été très vive lorsqu'il avait eu la confirmation de ce qui se disait depuis quelques jours au Palais-Royal, à savoir que la grossesse de Mme la duchesse d'Orléans avait été reconnue. « Et, répétait-il, ceci est bien le témoignage éclatant que Dieu bénit la maison d'Orléans, tandis qu'il abat celle des Condé. »

Néanmoins entre ses hauts et ses bas la lin de l'année (1724) s'était écoulée sans trop de heurts. Chacun des partis s'y était préparé jour par jour, mais presque placidement, à la lutte qui allait s'engager autour du procès de Le Blanc.

Elle avait même gratifié la marquise de Prie de quelques revenants-bons.

Le 20 novembre, le Roi se décidait à quitter Fontainebleau. Il avait nommé pour l'accompagner à Petit-Bourg, où il devait loger chez le duc d'Antin, Mme la duchesse douairière de Bourbon et Mme de Prie en toute première ligne, puis Mmes de Nesle, de Saint-Germain, de Maillebois.

Le 2 décembre, après des fêtes charmantes, il réintégrait Versailles en cette aimable société. Quelques jours

DÉBUTS DE L'ANNÉE lT2o 179

après la Gazette de Hollande annor\Qedt avec un «Honnement admira tif, qu'on sent passer à travers les lignes, que Sa Majesté avait remis son portrait à la maîtresse de M. le Duc.

On disait dans la même feuille les intentions arrêtées du Roi de retourner au plus tôt à Chantilly. Il n'avait, certifiait-on, que ce nom-là à la bouche. Il voulait y faire les rois, y revenir au printemps, y séjourner en automne.

Bref, l'intelligente et souple pratique de la jeune femme était parvenue, après avoir dissipé les préventions de jadis, à renouer le fil tendu pendant le séjour de Chantillv et si malencontreusement rompu par la mort du duc de Melun. A ce titre la chute de l'année l'emportait, pour les intérêts de M. le Duc et de son amie, sur son milieu, le mois de décembre sur le mois de juillet.

L'année l"2o devait commencer, ainsi que le dit Villars, « par la grande affaire de M. Le Blanc, de La Jonchère et de leurs complices ». C'était pour lors le seul événement d'importance.

Car on ne comptait pas les cérémonies habituelles du premier de l'an, les compliments de la cour à Sa Majesté, les présents (ju'on lui avait faits. A peine s'arrétait-on, à cause de sa singularité, à l'envoi de M. le Duc, un chou en matière précieuse dont chaque feuille portait quelque belle pensée instructive ou allégorique, plus un diminutif de la plupart des animaux rassemblés dans la fameuse ménagerie de Chantilly, animés })ar les ressorts les plus ingénieux, par une « méchanique, déclarait-on, inconcevable et merveilleuse » jusiju'à en reproduire les mouve-

ments naturels et « même à exprimer au Roi, par leurs actions, leur regret de ne plus le voir à Chantilly ».

On semblait attacher pareillement une importance très relative à la manière dont les Rois avaient été fêtés à Versailles.

On savait seulement que la fève était échue à la galante La Vrillière — le moineau, — comme on avait coutume de l'appeler, et que le Roi, sortant de son mutisme ordinaire, l'avait acclamée d'un vibrant la Reiiii' boit en levant son verre .

Les préliminaires de débats sensationnels au parlement absorbaient entièrement l'attention publique.

On expliquait les longs retards des mois précédents par une indisposition du président de Novion, qui, voulant aussi se démettre de sa charge, ne s'était pas cru en situation d'assembler les Chambres. De son côté, le président Portail, son successeur, n'avait rien voulu entamer avant (jue d'être bien en place. Il ne fallait pas chercher d'autre motif à ces atermoiements.

On pensait que la première réunion aurait lieu du 7 au 1(1 (lu mois, que le nombre de conseillers juges varierait entre cent soixante et cent quatre-vingts. On nommait les présidents, MM. Portail, de Maisons, de Maupeou, Pelletier et Chauvelin.

Pallu restait comme rapporteur au criminel; Delpechde Merinville,forl connu et fort estimé aussi, mais très attaché au duc d'Orléans, comme rapporteur au civil. On contait au sujet du premier, de Pallu, qu'il avait un travail immense, que les dépositions n'emploieraient pas moins de centcin- (juante rôles de minute, qu'enlin le })lus grand nombre étaient si obscures qu'il avait dû, tel jour, ne pas quitter sa table de quatre heures de l'après-midi jusqu'à cinq heures du matin, pour en analyser trois ou quatre au plus.

Page 1