LA CAUSE A ÉTÉ ESCAMOTÉE
conseiller, Vrenin de son nom. avait proposé de décréter le procureur g(''néral pour avoir entendu des témoins cliez lui, avec son secrétaire, sans qn'o)i eût su de quelle autorité.
La motion avait été repoussée. Toutefois elle sig-nalait les prétendus persécuteurs du ministre disgracié à la vindicte publique. La perfidie avait réussi. La populace v donnait les mains avec sa naïveté accoutumée. A l'heure où la sentence était connue, la foule applaudissait furieusement. Elle était prête à traîner les carrosses du duc d'Orléans ou du prince de Conti, qui cheminaient à quelque cent mètres du palais. Pour un peu on eût porté ces princes en triomplie, ainsi que les prisonniers de la Bastille et de Vincennes, si ceux-ci n'eussent pas encore été retenus derrière leurs épaisses murailles.
Et cependant aucun homme sensé n'eût hésité, en son for intérieur, à déclarer Le Blanc coupable ainsi que ses complices.
Son procès avait été purement escamoté, comme l'écrivait un obscur contemporain en jouant sur les mots. « De bien noir il avait été fait bien blanc. » L'ancien sous-secrétaire d'Etat à la guerre avait bénéficié d'un déni de justice éclatant, tel que peut en produire à toute épocjue l'espril de parti lorsqu'il est provoqué et poussé à bout.
Car les accusations restaient entières aussi bien après qu'avant les débats.
L'assassinat de Gazan de la Combe n'avait pas cessé de peser de la même faron sur les épaules de Le Blanc.
Ce qu'on avait [)U dire de mieux à sa décliarge, c'est que s'il avait tué, c'est qu'il avait eu des ordres pour cela et qu'il s'était contenté d'obéir. L'odieux de ce crime n'en demeurait pas moins attaché k son nom.
Il ne semblait pas plus excusable en ce qui concernait
le meurtre de Sandrier. Les raisons dominantes qu'il avait à se défaire de cet auxiliaire compromettant, ses relations avec sa femme, son trouble lors de la découverte du cadavre, la disparition mystérieuse du pêcheur qui l'avait tiré de l'eau, et surtout l'impossibilité qu'avait eue la police de mettre la main en deux ans sur un second individu aussi directement intéressé que lui à cette mort, le désignaient clairement comme l'agent principal d'un pareil drame.
Quant à l'assaut dont La Guillonnière avait été la victime, n'avait-on pas appris de la bouche de Menque que les amis du ci-devant ministre s'étaient depuis longtemps concertés pour le débarrasser de son adversaire intime, Paris-Duvernay "?
Le coup n'avait pas porté sur celui qu'on visait. La responsabilité de ce forfait incombait néanmoins toujours à l'iiommc d'Ltat dont les innombrables espions se tran.sformaient, le cas échéant, en sicaires.
On se taisait sur son honnêteté en argent. On avait raison de le faire. Il n'é'tait au vu et au su de chacun (ju'nn concussionnaire et un malversateur. Aussi le liaussement d'é'paules devail-il éti'(^ gé-néral quand, un an et demi plus tard, au jour de sa rentrée en faveur, le Parlement effaçait dun trait de i)lunie lès droits en restitution de sept millions passés que l'Ltat possédait sur lui, à titre (\tà gains illicites publiquement ri'prouvés par la cliambre de justice de 1710.
Aucun homme de sens rassis, nous le répétons encore, n'eût hésité à contester ces vi-rité-s, même parmi ceux ([ui se rc'jouissaienl de son ('traugt^ justilication.
Du reste leurs fréquentes réticences en disaient autant à ce propos que les aveux les phis formels. « Il semble ». .s'écriait le rédacteur de la Quintessence des nouvelles.