‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 85 sur 133 · L'OPINION DES HONNÊTES GENS · texte numérisé non relu

L'OPINION DES HONNÊTES GENS

« que les grands hommes soient assujettis à de grandes eatastroplies. Tout se prépare à juger M. Le Blanc à Paris, mais tout semble prendre un mauvais train pour lui. Les Pilâtes de la cour se retirent et ne veulent point donner de sufTrages contre un lionuiie qui peut être coupable, mais qui a un si beau côté et qui a tant de mérite qui parle pour lui. Peut-être ne l'est-il point, mais qu'il est à <;raindre qu'il n'ait fait naufrage dans cette tempête, etc. ! »

Ciiaque nouvelliste en qui nous pouvons avoir confiance aujourd'hui faisait des demi-aveux aussi adroitement ou aussi maladroitement voilés.

Villars, son collèg^ue des débuts, Marais et Barbier, de qui la condition d'avocats faisait des parlementaires, ne cachaient pas qu'ils avaient tremblé pour lui, en raison du mauvais aspect de sa cause.

Encore écrivaient-ils de son vivant et étaient-ils influencés par les courants ambiants. Mais une fois que le temps eut vieilli sur cette affaire, que le calme et l'oubli y eurent remplacé les conflits violents, l'accord fut complet entre les derniers témoins de ce drame gouvernemental pour renoncer à la défense de lex-sous-secrétaire d'Etal à la guerre.

« Il a fallu, répétait ce folliculaire quasi inconnu (|ue nous citions plus haut, il a fallu un véritable tour de force de la part du Parlement pour blanchir h\s j)risonniers, tant leurs crimes étaient notoires, tant les preuves réunies contre eux étaient fortes. »

La même pensée se retrouvait chez un honorable magistrat, le conseiller Ménin, du parlement de Metz.

Dans un recueil manuscrit oi^i il a réuni les anecdotes les plus précieuses sur les gens de son siècle, il consignait en ces termes, à l'article des secrétaires d'l']lat et des ministres, l'impression la plus commune en ce qui

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touchait les célèbres inculpés du procès La Jonclière : « Il a paru de nos jours un ministre (Le Blanc), homme d'esprit et entendu, mais qui. après quelques années de son ministère exercé au grand contentement de tous les officiers de guerre, fut arrêté par lettre de cachet et conduit à la Bastille par Duval, capitaine du guet à cheval, qui en a eu la croix de Saint-Louis pour récompense. Ce ministre avait, disait-on, de concert avec le trésorier de l'extraordinaire des guerres La Jonclière et le marquis de Belle-ïsle (depuis duc et maréchal de France, grand d'Espagne, et prince du Saint-Empire), ôté l'argent de la caisse des guerres et substitué à la place des billets de banque, dont il faisait payer les officiers qui perdaient la moitié sur CCS billets, ce dont ils firent de si pressantes réclamations au duc d'Orh'ans régent, que ce ministre^ qui t'-taitLe Blanc, BcUc-ïsle et la Jonclière furent mis tous trois à la Bastille et au secret. On leur nomma des commissaires pour leur faire leur procès. Mais M. Le Blanc exigea ses privilèges de maître des requêtes et fut jug»' par le Parlement, qui le renvoya de l'accusation. Le public n'en a pas mieux parlé, non plus que des deux autres. La Jonclière, qui devait y perdre la vie, en fut quitte pour être blâmé et perdre sa charge. »

Et l'intègre magistrat apj)uie alors sur ces conclusions. « On croyait (jue dans un pays bien policé, des hommes accusés comme ceux-ci font été de pareilles prévarications devaient être mis à l'('cart et perdus pour toujours, sans espoir de revenir jamais, je ne dis pas en place, mais même en quelque considi'-ralion. Cependant on leur a restitue'' Tune et l'autre, à l'iiiiliyiuitioti universelle. »

Or riionnête citoyen (|u"était le conseiller Ménin aurait-il parlé de cette manière s'il n'eût été, comme la majorité des hommes respectables du royaume, bien

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