‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 86 sur 133 · UN CHANGEMENT DE FRONT · texte numérisé non relu

UN CHANGEMENT DE FRONT

dûment convaincu de la culpabiliU- du ministre et de ses compères?

Comment M. le Duc et sa maîtresse, celle-ci si perspicace d'ordinaire, si vigilante, avaient-ils permis à leurs adversaires de remporter aussi aisément la victoire quand ils pouvaient encore soulever l'opinion contre eux ?

Comment avaient-ils si peu soutenu les trois ducs de leur parti qu'ils avaient laisse dire que le premier ministre avait désapprouve leur conduite au parlement?

Pour quelle raison étaient-ils partis à Marlv, à la suite du Roi, dès le 17, sans même attendre la conclusion des débats?

Devait-on penser qu'effectivement un accord é'tait intervenu, connue on le faisait entendre depuis quelques semaines, entre les chefs des maisons d'Orléans et de Condé, accord basé sur de mutuelles concessions?

Telle était la question que bien des personnes éclairées se posaient et qu'elles résolvaient par Taffirmative, comme nous le faisons aujourd'hui.

L'entourage de M. le Duc, mais surtout la marquise de Prie ne vivaient plus que par une idée : le mariage du Roi. Toute leur politique se résumait en cela. Elle était d'ailleurs très rationnelle, très fondée, non seulement sur des motifs anciens, mais sur des motifs tout récents.

Rien n'avait changé de la malveillance des adversaires particuliers de la jeune femme à son égard. Ils n'avaient reculé aux approches de la réunion du parlement devant aucune calonmie, dans l'espoir, soit de la noircir davantage aux yeux du public, soit de provoquer un refroidissement entre elle et M. le Duc.

A leur dire, elle aurait été la seule à désirer le châtiment des coupables, pour assouvii- son ressentiment personnel, comme pour plaire aux Paris. De cette première

insinuation ù une autre qui était qu'elle recevait de l'arf^ent de ceux-ci, il n'y avait qu'un pas. On l'avait franchi sans peine et proclamé que les Paris la payaient de ses services. La chose n'était guère plus vraie que la fable d'après laquelle elle touchait une rente de l'Angleterre d'un miUion de francs, h l'époque précise où l'Angleterre combattait le plus énergiquement son influence par le canal de son ambassadeur Walpole.

Mais on avait persuadé le public de la vénalité de la favorite.

Puis, afin de mieux la décrier dans ses mœurs, on avait ressuscité certaine historiette peu flatteuse pour le duc de Bourbon. On n'était peut-être pas aussi sans espérer qu'elle aflumerait un peu de jalousie au cœur de son amant.

On disait donc que toute la iiaine de Mme de Prie pour Le Blanc provenait de son inconduite et d'une indiscrétion volontaire ou involontaire du ministre.

Amie de M. le Duc, elle Teût été aussi de M. d'Alincourt (jui possédait des lettres d'elle. Elle voulait les retirer. Elle avait prié Le Blanc de les redoniander en son lieu et place.Celui-ci, avant réussi dans sa mission, aurait joint ces lettres à une liasse de papiers d'alfaires qu'il aurait portées en se rendant chez Mme de Pléiieuf, mis par mégarde dans son chapeau et laissés là. Mme de Pléneuf, curieuse, les aurait feuilletés, aurait reconnu l'écriture de sa fille et fait parvenir le tout à IM. le Duc.

Une violente explication s'en serait suivie, où Mme de Prie s'(''tait habilement disculpée, mais en jurant de ne quitter Le Blanc (jue disgracie'' ou mort.

Cette étrange conception d'un journaliste aux abois ne tenait pas debout. Elle avait été cependant recueilhc, colportée en tous lieux, et de ce qu'elle était ainsi acceptée

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