‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 87 sur 133 · ACCORDS SECRETS ENTRE LES DEUX PARTIS · texte numérisé non relu

ACCORDS SECRETS ENTRE LES DEUX PARTIS

d'urie infinité de gens, on pouvait juger combien l'aversion du peuple pom* la inîuvpiise avait grandi en ces quelques mois.

M. le Duc ne pouvait {)as se faire plus d'illusions sur le peu de solidih' de sa p0[)ularit('', (jue sui' la cessation de l'hostiliti' des d'Orléans, vis-à-vis de sa personne. Il avait a})pris que ces derniers avaient supporté avec la plus vive impatience ce qu'ils appelaient leur exclusion de (ihantilly et de Fontainebleau. Ils se défendaient d'avoir voulu y séjourner en v tenant le second rang et dans une soiiede dé'pendance du premier ministre et de Mme la duchesse sa mère, mais ils ajoutaient qu'ils espéraient bien trouver à leur tour leur lieu et leur heure.

Le péril existait donc toujours et chez le pcujjle et chez les grands, pour Mme de Prie aussi bien que pour son prince. A juger froidement des choses, il s'était même plutôt accru du second côté, de l'état de grossesse toujours j)his avanc('e <h' la (hiclicsse d'Orh'ans, des (h'rniers agissements du parlement, (\v la posture (\uo, jjrcnait 1(> duc d'Orléans en se prothiisant avec une certaine cràneric lorsqu'il s'agissait de (hdcndre les favoris de son j)cre.

Seul le mariage du Roi fait de la main des Conih- pouvait le conjurer en leur ganhuit la supri-matie. Encore, j)0ur que le [trojet eût (pudcpie chance de ré'ussite, importai.-il qu'il eût le concours du Palais Royal, voire même le plus rechigné. Sans lui, il ne devait pas naître viable.

M. le Duc, sa maîtresse, les Paris, leur ronscil l'avaient compris. Ils négociaient dans ce sens. Qu'avait-il fallu pour triomj)lier des résistances ou des scrupules? Des arrhes! Ces arrhes avaient été ici, chez les Condé, l'abandon des poursuites contre les prisonniers de la Rastille, soit au fond l'abandon d'une campagne si funeste, non seulement à la mémoire du duc régent, mais au cré-

dit do son fils; là, chez les Orléans l'approbation donnée au mariage du Roi.

De ce côté on préparait insensiblement lu public à la mise en liberté de Le Blanc, de Belle-Isle, de Séchelles, de leurs amis.

De cet autre on s'engageait à voter et on votait le renvoi de l'infante.

Quels devaient- être les gagnants à ce jeu d'intrigues?

Mme de Prie pouvait estimer, en ce qui la concernait et concernait M. le Duc, qu'elle s'était réservé les meilleures cartes, que l'avenir leur donnerait raison, que pour la vaine satisfaction de réduire à Tmipuissance absolue des ennemis déjà terrassés au demeurant, et des ennemis du second degré', plus exactement ses adversaires propres que ceux de M. le Duc, ils s'assuraient un bénéfice immense en mettant dès à présent l'embargo sur la Reine du lendemain, puis par elle sur le Roi.

Et le calcul était juste. Tl ('tait raisonnable. Tl eût pu fournir tout ce que ceux qui le faisaient en esp(''raient avec une princesse autre que Marie Leczinska, moins honnête, moins candide, plus ambitieuse en même temps que plus initiée aux intrigues de la cour de Versailles.

L'affaire Le Blanc n'était plus, à partir du jugement rendu par le parlement, comme des accords secrets entre les partis, (ju'un intermède sans valeur à la tragi-comédie du jour. Le théâtre s'était agrandi. L'action ne résidait plus chez lesPléneuf, ni même à la Bastille. Elle était 011 liabitait la cour avec ses ardentes compétitions.

Aussi ne comprenait-on phis déjà Marais, Barbier, comme tous ces colligeurs d'épbémt'ridos qui, les pieds aux

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