XTI MADAME DE PRIE
trois OU quatre jours ne le quitte pas d'un instant et le conseille en toutes matières. »
Et tandis que Morosini représentait de la sorte M. le Duc et sa maîtresse, l'avocat Barbier disait de son côté : « Voilà M. le Duc premier ministre. Il est d'un esprit très borné, ne sachant rien, n'aimant que son plaisir et la chasse. Très amoureux de la marquise de Prie, fille de Hcrthelot de Plénouf, c'est elle qui gouvernera et tirera de l'argent tant qu'elle pourra, aussi bien que M. le Duc et le comte de Charolais, son frère. »
Sur quoi un autre avocat, Marais, s'écriait : « Mme de Prie, maîtresse de M. le Duc, est bien glorieuse. Elle prétend par son esprit le g-ouverner et avec lui tout le royaume. »
Ces portraits n'étaient-ils pas poussés au noir et les trois chroniqueurs que nous venons de nommer ne jugeaient-ils pas M. le Duc ou son amie, ou les deux ensemble, avec trop de sévérité?
Étaient-ils surtout l'un et l'autre aussi avides du pouvoir (ju'on voulait bien le dire?
En fait, M. le Duc ne pouvait se refuser raisonnablement à accepter une charge dont il reconnaissait peutêtre le premier le poids écrasant, mais qui à son défaut serait allée à ses ennemis.
Car l'animosité de la faction d'Orléans pour la maison de Condé, qu'il représentait comme chef de la famille, n'était à cette date un mystère pour personne.
On savait que cette faction, qui ne comprenait point le Régent, qu'elle attaquait elle aussi et qui avait à sa tête son fils, le duc de Chartres, sa femme, la duchesse d'Orléans, conduits par les légitimés, ne poursuivait qu'un but, à savoir de frayer le chemin du trône aux bâtards.
INTRODUCTION xiii
On savait pertinemment que la duchesse d'Orléans avait épousr avec un véritable emportement les intérêts de ses frères le duc du 31aine et le comte de Toulouse; ({u'clle avait approuvé, sinon appuyé, tous les projets ténébreux du premier d'entre eux, de ce prince « le plus fameux ouvrier sous terre qui fut à l'époque » ; qu'elle avait vu sans indignation, à la mort des Dauphins, ses intrigues auprès du vieux Roi pour se rendre accessible à la couromie, ses noirceurs vis-à-vis du Ilégcnt, qu'il voulait écarter du pouvoir en l'accusant d'avoir empoisonné les pelits-lils de Louis XIV; que le jour où il s'était vu descendre de ce faîte oi^i ses intrigues l'avaient |»orté, elle avait trou^■é naturtd qu'il se vengeât du duc d'Orléans, son mari^ par le complot de Cellamare, par les troubles de Bretagne, par les menées du Parlement, qu'il avait complètement gagné, grâce à son hypocrisie, grâce à ses façons de se montrer toujours sous les traits du fils chéri du Grand Roi que mort on craignait et respectait encore.
On savait qu'elle avait inspiré les mêmes sentiments au duc de Chartres et qu'il s'était formé autour de ces personnages un noyau de partisans l'ccriités parmi les serviteurs et obligés de la maison d'Orléans, la troupe nombreuse des mécontents et des ambitieux, auxquels étaient venus se joindre les défenseurs de l'ancien ordre de choses, les Rohan, Villeroy, Tallard, le duc de Mortemart, Berwick et, en qualité d'acteurs secondaires, mais fort actifs, le secrétaire d'État à la guerre Le Blanc, le futur maréchal de Belle-isle, le Clievalier son frère, et des amis qui tous jouèrent un rôle si important durant le ministère du duc de Bourbon.
On avait appris que le plan de ce parti eût été de spéculer sur la mauvaise santé du Régent et ses infir-