GRACE INSUFFISANTE AUX YKUX UU PUBLIC
(leinineiil pour le garantie des rcpit'saillescU; ses ci-clevaiiL complices.
Siiigiilière décision an denieuiant, observait le public, et cote l'orl mal taillée.
« Pourquoi, eu ell'et, établir ces distinctions entre les prisonniers? Du moment on le parlement avait innocenté lancien ministre, où la Tournelb;, cliarg(''e par ce haut tribunal de poursui\rt; l'aflaire, n'y avait l'ien reconnu de criminel, ni de sa part, ni de celle de ses amis, M. le Duc avait pour premier devoir de les relâcher. Au lieu de cela, on les maintenait en observation trois mois encore pour les proscrire ensuite aussi sévèrement que n'importe (juels grands criminels d'État. »
Il y avait là une injustice notoire dont on croyait devoir se plaindre au nom des lois de l'humanité, dont on jasait, sur laquelle on pérorait, qu'on attribuait à la favorite, aux secrétaires d'État, aux Paris, sans pouvoir (b'méler la vérité, parce qu'on ignorait les conventions secrètes auxcpielles nous faisions allusion tout à l'heure, et jusqu'à quel point le duc d'Orléans, en s'en adranchissant le premier, avait autorise- son rival à agir, vis-à-vis de lui, avec le même sans-façon.
En politique connue en bien d'autres matières, la foi jurée n'existe pas pour soi, mais pour celui qui s'engage avec vous.
On l'avait au moins compris de cette manière au Palais- Royal, ainsi (jue nous allons le dc-montrer. Rien n'empêchait les habitants de l'hôtel de Gondé, mais surtout M. le Duc et la marcjuise de Prie, de se considérer comme libres à leur tour de leurs actions.
FIN DU MINISTERE DE M. LE DUC SA DISGRACK. DISGRACE I) i: MADAME DE PRIE
M. le Duc avait convenu de ménag-er Le Blanc et ses amis, le duc d'Orléans d'aider au mariag'e du Roi. con- S(''(]uemnient au renvoi de l'infante.
Le(|uel des deux avait menti le premier à sa parole'?
Le duc d'Orléans, sans conteste, puisqu'il s'était employé sourdement, mais de son mieux, à rompre les })rojets auxquels il semblait adhérer au deiiors, et cela, dès les premiers jours de février, à peine l'arrêt du Parlement rendu, (piand on venait de faire le pas le {)lus important vers la libération entière de ses protégés.
A cette date, M. le Duc avait, par sa police, les preuves les plus fortes, que le roi d'Espagne travaillait avec une extrême vivacité à faire déclarer les iianraillcs de Louis XV et de l'infante sa fille. Or, qui disait le roi d'Espagne disait aussi les Orléans et les légitimés, tant leurs intérêts étaient unis sur ce point. Les mariages espagnols avaient été imaginés, comme nous l'avons vu. par le Régent pour la plus grande gloire de sa famille, acceptés par Pbilippe V dans le secret espoir de se raj)procher par eux du tronc de France, célébrés en dernier par le duc du
AGISSEMKNTS DU HOI D'F.SPAUNi: 201
Maine el le comte de Toulouse, (jui y liouvaienl leur compte, (jue la faction soutenait, dont toute la politique ('tait l'abaissement des Condé, leurs ennemis.
Car le renversement de M. le Duc rentrait dans leur plan autant (jue par le passé. La chose était connue. On répétait couramment (jue si les Orléans arrivaient à leurs lins, le duc de Bourbon comme les siens devraient s'estimer fort heureux d'être les humbles serviteurs des autres, s'il ne leur était pas causé de tort plus considéiable.
Le mariage du Roi avec une [jrincesse dévouée à la cause du premier ministre apparaissait donc chaque jour de plus en i)lus comme la mesure indispensable. Grâce à cette combinaison, les Condé restaient maîtres du terrain. Mais à cela aussi le Palais-Royal répondait en tentant de devancer ses concurrents par les liançailles précipitées de l'infante.
Leur avenir d'ambition, celui de Philippe d'Lspagne, du duc d'Orléans, des légitimés en dépendait, et c'est pour- (juoi ils étaient fatalement obligés à renier leurs engagements plus promptement que M. le Duc, pour (jui, en somme, la (juestion d'une condamnation plus ou moins sévère de ses antagonistes n'était pas aussi vitale.
Philippe entretenait deux envoyés h la cour de Versailles, un ambassadeur ordinaire, Don Patricio Laules : un extraordinaire, le marquis de Montéléon. A tous deux il avait enjoint d'exposer très formellement les prétentions de rEsi)agne. « La cour de Madrid avait, observaient-ils, tenu ses promesses. Les princesses françaises y occupaient la place qui leur avait été destinée par les traités, dont la contre-partie restait à exécuter par la France.
« Par contre, la situation de l'infante était mal définie. Aucune reconnaissance vraiment régubèic de ses droits
n'était intervenue. Les réceptions enthousiastes de 1723, les lionncurs qui lui étaient rendus chaque jour, rétablissement d'une maison, le titre de reirie constituaient certes (les honnnages auxquels Philippe V s'avouait sensible. jMais ils «Haient dus et ne valaient pas le moindre texte officiel. L'Espagne demandait, elle exigeait au besoin la dt'claration publique des accords nuptiaux. »
Telle était la teneur des instructions du roi Philippe à ses ambassadeurs.
Les agents de M. le Duc avaient réussi à en surprendre l'original. Ils l'avaient porté au premier ministre et à la marquise de Prie, qui avaient frémi en le parcourant. Jamais, en ellet, aucune attaque venant de leurs adversaires n'avait été plus propre à les troubler, d'autant mieux que. par une coïncidence fort inopportune, un grave accident dans la santé du Roi se produisait à la même heure.
Le jeune prince avait fort abusé de la chasse durant le mois de janvier. Il s'était surmené. La fièvre s'en était mêlée, lièvre violente, dont les saignées n'avaient pu d'abord triompher. Au bout de trois jours la maladie progressait au lieu de diminuer. On avait éprouvé des craintes de toutes parts, mais surtout chez M. le Duc, et pour cause.
Car la mort de ce bel adolescent à qui la France témoignait une ailection sans précédent eût causé, en l'état des ciioses et pour une fois, plus de tort à la maison de Condé que la réussite successive des innombrables perfidies de ses adversaires.
Mme de Prie avait donc été saisie do peur pour sa cause et celle de son amant. Elle avait apprécié l'obligation où ils étaient d'agir vite sans que cet événement eût précipité leurs intentions de marier le Roi. ainsi que bon nombre dhistoriens l'ont prétendu.