‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 91 sur 133 · MALADIE DU JKLNE ROI · texte numérisé non relu

MALADIE DU JKLNE ROI

Ils V pensaiciil de lonmic (hite. curiinie nous l'avons (lit plus haut.

Par suite, (|ue M. le Duc se soit réellement écrié ce jour-là sans pouvoir cacher son trouhlc : « Il faut le marier! Il faut le marier! » personne n'y contestera. Saint-Simon le raconte. Saint-Simon est un admirahle metteur en scène dont il serait regretlahle de perdre le moindre tahleau. Et celui où il peint les frayeurs de M. le Duc vaut les meilleurs. Mais pour le garder en l'accommodant avec l'exacte vérité, il convient de dire en surplus que le premier ministre ne prononçait pas cette phrase pour la première fois, qu'il l'avait déjà prononcée en maintes occasions en parlant du Roi, que son siège était fait depuis huit mois.

En tout cas, de si extrêmes appréhensions étaient mal fondées. Le Roi guérissait, à la joie folle et touchante de son peuple. Ilelvétius avait fait ce nouveau miracle.

L'ambassadeur de Venise l'annonçait, le l"' mars, à la sérénissime République, à qui il écrivait :

« Le Roi, parfaitement remis de sa maladie, prit avanthier sa dernière médecine. J'eus l'honneur de le voir à son dîner avec un visage auquel, ni la fièvre, ni les saignées redoublées n'avaient enlevé cet éclat qui l'endjellit à l'habitude. »

Louis XV revenu à la santé, la vie de Versailles avait repris son cours habituel.

Il subsistait seulement, en plus du passé, un effroyable regain de haine au Palais-Royal comme à la maison de Condé. Des deux côtés on avait pu mesurer mieux qu'auparavant jusqu'à (juel point on pouvait se nuire.

Et les manifestations de cet abhorration réciproque étaient si ardentes que les nouveUistes s'en préoccupaient.

Marais disail ;i cette épofine : « M. le Duc paraît ennemi déclaré de la maison d'Orléans. Il leur refuse tout. Cela lait deux partis à la cour et une division (jui attirera des malheurs si l'on n'y remédie. »

Par lefuser tout, Marais entendait vraisemblablement la sortie définitive des prisonniers de la Bastille.

De fait, M. le Duc, désabusé, avait décidé de suspendre momentanément l'acte de clémence que chacun attendait de son administration, mais surtout de ne jamais laisser Le Blanc, les Belles-Isle et consorts entièrement libres de leurs mouvements, de les tenir toujours en observation.

A donnant donnant! On l'avait trompé. Il lui était permis de tromper à son tour.

Maintenant, du reste, il abandonnait cette réserve dans la dispense des grâces, au sujet de laquelle on l'avait si publiquement loué.

Non seulement il refusait à ses adversaires ce qu'ils sollicitaient. Mais lui et Mme de Prie admettaient ce qu'ils avaient évité de faire jusqu'à cette époque, à savoir, que leurs partisans fussent traités en privilégiés.

La Marquise avait à côté de cela fort à cœur de se ramener les siens. Certaines lettres bien rares, qui existent encore et tout à son honneur, prouvent qu'oublieuse du passé, elle n'avait pas été une dernière fois sourde aux sup[)lications de sa mère. (]elle-ci, que le besoin talonnait, s'était adressée à sa fille dans la lettre que voici :

H novembre 1725.

\'(tus ne pouviez, ma chère fille, me donner une nouvelle qui nie fil plus de plaisir que l'entier rétablissement de votre santé. Mais je vous conjure, quoique vous l'avez recouverte facilement, de n'en être pas moins attentive à la conserver. Je vous le demande en marque damitié, et vous ne pouvez m'en donner une qui me soit plus sensible. Je suis très persuadée par la certitude que vous devez

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