‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 92 sur 133 · BONTES DE M""' DE PRIE POUR LES SIENS · texte numérisé non relu

BONTES DE M""' DE PRIE POUR LES SIENS

avoir, de la satisfartion que me rlonnent vos lettres, que vous ne m'en privez malgré vous. Aussi je vous renils sur cela entière. Il est l)ien douloureux qu'il se présente chaque jour quehjue diniculté nouvelle qui prolonge raiïnire de voire frère, et vous conjure (ju'elles ne vous rebutent point et d'examiner avec M. le duc de Noailles les niovens d'y satisfaire et de la finir.

Je m'assure que nos intérêts vous sont chers et je me flatte que vous mettrez tout en œuvre pour nous en ces circonstances, etc.

Elle en avait été écoutée et secourue. Comment en futelle récompensée? Comment fut-elle entendue à son tour lorsque, disgraciée et reléguée mourante au fond d'un château solitaire, elle implorait le plus liumble secours? La suite nous le dira.

Enfin elle avait fait le bien.

Elle avait placé son frère préféré, Berthelol de Monchesne. Il était conseiller au parlement. Elle lavait transformé en intendant des finances. 11 n'existait que cinq postes de ce genre, remplis par des ministrables comme Le Pelletier, d'Ormesson, Fagon. Cest montrer cond)ion ils étaient recherciiés. On en avait établi, suivani ses désirs, un sixième pour ce frère. Encore lui attribuait-on le plus rémunéré des six.

Elle avait usé également de son crédit pour apbmir les voies au mariage d'une sœur cadette. Bonnier de la Mosson, fils de l'étonnant Crésus, trésorier du Languedoc. s\''tait inscrit pour le bre\et de colonel du régiment Dauphin. 11 n'avait que son argent. Il lui fallait un appui. La marquise l'offrit, mais elle offrit aussi à Bonnier de prendre Mlle de Pb-neuf la seconde. Il ne ])Ouvait accej»ter l'un sans l'autre. La nouvelle en parut dans les gazettes, et quoique les noces manquassent, la gloire d'avoir été remarquée par un pareil personnage n'en resta pas moins à la fiancée de quelques semaines.

Mme de Prie appréciait la serviabilité deDodun, l'uti-

lité de son dévouement comme contrôleur général II était pétri de vanité; elle entendait flatter sa manie. Elle lui avait fait obtenir le marquisat d'Herbault, sur lequel on composa tant de joyeuses chansons.

Elle avait comblé en même temps ses amis les Livry, les Tessé, les Tallard, les Matignon, les Nangis.

Tout cela avait soulevé des tempêtes de protestations dans l'autre camp. Pour aider à la haine du public contre la favorite, on lui supposait de bien plus terribles appétits.

^]lle voulait faire de son mari un duc et pair. Elle était odieusement avide. Elle touchait de toutes les mains. Les Paris surtout l'enrichissaient des dépouilles du peuple. Maîtresse égoïste, elle compromettait à tout jamais l'avenir de M. le Duc en s'opposant à son mariage. Suivant eux, ce prince bridait de rompre ses chaînes.

Il avait fait sonder différentes cours d'Europe au sujet d'ime princesse qui eût pu convenir à son rang. Certaines de ses propositions eussent été écoutées, prétendait-on, si la marquise de Prie ne les eut fait piteusement édiouer par d'indignes intrigues.

Cette dernière assertion n'élail (pià moitié fausse, comme celle du titre de duc et })air.

M. de Prie souhaitait ce titre et plus encore la grandesse d'Espagne, au même titre que la plupart des hommes de sa condition arrivés au point oii il en était, hommes sortis de la Chambre ou menins du Roi, etc. M. le Duc pensait certainement à se marier, ou on y pensait pour lui. -Mais Mme de Prie, nous le verrons, ne jouait nullement en ces deu.x affaires le rôle (ju'on lui prétait.

Reconnaissons aussi (ju'on n'était guère plus sobre, vis-à-vis de M. le Duc, de conceptions aussi extravasrantes.

Page 1