‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 95 sur 133 · REFUS DE M'"^ DE VERMANDOIS · texte numérisé non relu

REFUS DE M'"^ DE VERMANDOIS

On disait donc, comme on le répéta à satiété depuis, « (jue la marquise, afin de mieux arriver à ses fins, s'était déguisée au moment de paraître devant Mme de Yermandois. Introduite auprès d'elle sous un nom supposé et comme chargée de lui remettre une lettre de la part de M. le Duc, elle l'avait entretenue des nouvelles de la cour, avec tant de détails, que la princesse, y prenant goût, était entrée aussitôt avec elle dans une conversation très particulière. »

« D'un objet à l'autre, la marquise était allée jusqu'à demander à la jeune pensionnaire si elle avait entendu parler dans son couvent de Mme de Prie, favorite de sou frère. Sur quoi la princesse s'était mise à en lui dire toutes les horreurs possibles. Elle avait dit qu'elle ne connaissait que trop celte méchante créatui-e, (|u'on n'en parlait dans le couvent qu'en se signant, qu'il était fâcheux que son frère eût auprès de lui une personne qui seule le faisait détester de toute la France, (jui l'induisait à faire des sottises, et (ju'il serait bien à désirer que ses bons amis lui conseillassent de l'éloigner de sa personne. »

Mme de Prie aurait écouté cette diairibe sans sourciller, mais en sortant du {)arl()ir elle se serait écriée, de faron à être entendue de Mlle de Verni.iiidois. « Va, (u ne ser;is pas reine de France. »

Voilà ce qui secolpoiMait, cecpielcs faiseurs (h* MV'nioii-es s'empressèrent de transcrire comme pjnole d'éNangile.

Or ces fàciieux rapports étaient dus à la maheillance de la faction adverse. Cette scène avait été inventée de toutes pièces. Deux mois plus tard, .Mlle i\o Vermandois écrivaitàla favorite. Sa lettre nous a été conservée. La voici :

(Sei)tenibre ou octobre 1723.)

J'ai voulu écrire, madame, comme j'en ('-lais cori venue avec vous, mais j'ai craint, comme je n'ai jamais fait de ces sortes de

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lettres, de ne aie pas ressouvenir dos termes dans lesquels vuus m'aviez dit de le faire. Aussi, je vous prie, pour répondre à la confiance que j'ai en vous, de me faire le plaisir de me faire la lettre absolument et de me l'envoyer par le domestique qui vous portera deux pots de noix confites. Si vous les trouvez bonnes, je vous en enverrai encore et des lanternes et de la bougie de Fontevrault.

Sur ce que vous m'avez dit que vous trouviez plus à propos de demander à mon frère (M. le Duc) une loterie, j'ai fait mes réllexio-ns et j"ai pensé, madame, que s'il voulait me faire un vrai plaisir et me donner un vrai moyen de rétablir ma pauvre maison, qui tombe ea ruines, qui est une abbaye ancienne, de façon à être rétablie par le Itoy quand même je n'en serais pas l'abbesse, il faudrait qu'il transportât à l'entier le privilège exclusif de faire une loterie tel (ju'il l'avait accordé à la compagnie des Indes pour le nombre d'années qu'il lui plairait, parce que si les loteries se multipliaicnl, celle (ju'oii m'accorde ne nie servirait de pas grand'chosc.

Ji' coinple, madame, que vous iwenez quelque intérêt en moi, et ma cv,]! fiance en vous eut si urande que je me remettrai de tout ee que vous me C()its;eillere:-.

.le vous pfie aussi, madame, de dire à moQ frère l'envie que j'ai décrire à la Heine. Si vous ne l'avez pas fait, je serais bien aise ([ue vous lui en disiez un mot, no voulant (aire aucune démarche qu'il no sache ni qu'il appprouve.

.le voudrais aussi savoir si vous en avez parlé à Rime la Duchesse, liarce que, siellc le sait, je lui en parlerai, et si elle ne le sait iioiut. je ne lui en dirai rien.

Je ne saurais trop vous répéter, madame, ([uels sont mes sentiiiMMits de confiance, d'amitié et de considération pour vous.

Sœur M.\(;riKM:i.\i>i;i.KON(inK dk lUnnuox.

Qu'y disait-elle? Nous lo voyons! Qu'elle pensait sans cesse à elle, qu'elle lui demandait "son amitié, qu'elle k priait d'être son interprèle pour une grâce à obteoir auprès du duc de lioiu-bon son frère, dont elle était la conseillère si éclairée, (ju'elle se faisait une joie tle lui adresser de certaines confitures pour la préparation destiuelles le couvent de Fontevrault avait une réputation, etc. Étaitce là le langage d'une princesse irritée, d'une princesse si l)rofondénient louchée du torl que le voisinage d'uirie indigne favorite pouvait causer à son frère?

iNon ! Mlle de Yermandois ne pouvait accuser Mme de Prie d'avoir songé à lui fermer le chemin du trône.

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ElJc préférait la paix du cloître au brillant de la coul'oniie. Son âge. en disproportion si marquée avec celui du Roi, lui fournissait déjà une excuse très suffisante à ne pas demeurer sur les rangs.

M. le Duc avait, de son côté, trop de fierté datis l'âme [tour s'exposer par une semblable union à ce qu'on lui reprocbàt par la suite d'avoir tout sacrifié <'i la grandeur de sa famille. Puis il craignait également l'intrusion de sa mère. Telles avaient été les causes incontestables du dé'sistement de Mlle de Vermandois.

Avec elle et la dernière princesse étrangère, disparaissait tout obstacle à la venue de Marie Leczinska. On avait en efTet cité j)our mémoire les Autricbiennes, mais elles s'étaient trouvées trop vieilles ou trop jeunes. Qnan! à la princesse de Hesse-Iîlieinfels-Rottembourg, ses chances n'avaient pas été de longue durée^ quoique des plus belles par (die-méme, blonde avec un embonpoint agréable. Sa mère aurait, d'après des récits de bonne femme, accoucbé alternativement d'une fille ou d'un lièvre.

Personne n'eut donc lieu de s'-Uonner d'apprendre, le dimanche 21 mai 172o, que le Roi avait annoncé jiubli- (piement, après dîner, son mariage avec la lille de Stanislas.

Pour ari'iver <à c(> r(''sultat, on avait pass<' par-dessus toutes les insinuations venimeuses concernani certains prétendus défauts corporels de la future reine, des bnmeurs froides, deux doigts palmés à une main, une déviation de la colonne vertébrale, de fréquents accès du liant mal.

On avait négligé les objurgations épistolaires du roi de Sardaigne, touchant la mésalliance qne son petit -fils le roi de France était à la veille de commettre.

En vain M. le duc d'Orléans s'était-il présenté en larmoyant à la cour, pour tenter de dissuader son cousin d'un mariage aussi contraire, affirmait-il, aux vœux de la nation. En vain le roi d'Espag-ne avait-il jeté feu et flammes, cong'édié violemment l'abbé de Livry, chargé de lui dénoncer le rappel de l'infante, expulsé les princesses d'Orléans reines d'Espagne et rassemblé une triste armée qui ne devait servir qu'à la parade.

La résolution de M. le Duc n'avait pas varié. En même temps que l'infante retraçait à petites journées la route de Paris à la frontière d'Espagne, les étapes étaient disposées pour le voyage triomphal de la princesse polonaise Marie Leczinska. «Fortune étonnante! s'écriait-on^ d'une princesse dont le père n'appartenait pas même à l'nne des quatre grandes noblesses de Pologne, qui comptait au plus parmi les simples gentilshommes de ce pays. »

Mais, circonstance non moins précieuse pour .Mme de Prie et le premier ministre, si la favorite n'avait pas inventé la princesse de Pologne, elle l'avait à moitié découverte. Elle l'avait prônée et soutenue durant tant de négociations épineuses.

Et maintenant que le sort se prononçait en faveur de l'exilée de \Vissend)ourg, Mme de Prie lui apparaissait l'amie dévouée en qui elle pouvait entièrement se remettre à riieure des difficultés.

Stanislas et la reine de Pologne mère de Marie vivaient dans les mêmes sentiments.

En correspondant avec le niar(''(lial du Bourg, le roi détrôné revenait constamment sur la reconnaissance que lui, sa femme et sa fille avaient vouée à la marquise de Prie, l'admiralion qu'elle leur inspirait, l'alfection que tous trois lui portaient, la respectueuse reconnaissance qu'ils professaient pour M. le Duc. C'était à Mme de Prie qu'ils

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s'adressaient, quand ils désiraient èlre fixés sur la conduite qu'ils avaient à tenir, sur tel ou tel usage de cour. Et le jour où, dans une scène restée célèbre, l'exroi de Pologne se jetait à genoux pour remercier le ciel d'avoir appelé sa fille à de si iiautes destinées, il pensait encore à la favorite. Il la mêlait à ses actions de grâce.

Le premier ministre et sa maîtresse ne pouvaient négliger d'entretenir cette sympathie, tout en en recueillant ce qui était le plus profitable h leur cause.

S'agissait-il de nommer les dames de la reine, Mme de Prie y était inscrite d'office après en avoir cond)iné, du reste, avec son conseil, la liste, oii figuraient soit d'anciennes amies, soit des indifïerentes ralliées à sa fortune : Mmes de Nesle, de Ruppelmondc, de Matignon, les duchesses d'Egmont et de Yillars.

Elle aurait pu briguer la place de dame d'atours. Elle s'était mise un jour sur les rangs. Puis elle avait réfléchi qu'en persistant, elle commettrait une grosse inconséquence, qu'on pourrait lui reprocher do vouloir trop ostensiblement accaparer la future reine. Elle avait Irop <resprit pour s'entêter, en compromettant })eut-étre par là une partie si bien engagée.

Elle avait laissé nommer Mme de Mailly à sa place, sans rien y perdre cependant, car, tandis (jue la dame d'atours restait à Paris à attendre la venue de la princesse j)olonaise, elle prenait, elle, les devants, allait à Wisscmi)Ourg, se chargeait des premiers présents du Roi^ surtout de M. le Duc, à l'adresse de la reine, s'enquérait adroitement de ses besoins, lui i(''miissait un trousseau à la hâte, de manière à ce (pi'elle put se présenter à la cour en digne épouse du roi de France.

Par suite de ces différentes missions, elle avait séjourné

inomonlanomcnl, clioz Stanislas Loczinski et parachevé rciicIianUMiienl.

A})rès avoir assisté aux cérémonies do la remise de la rovalc épouse, eHocluée à Strasbourg sous les auspices (lu duc d'OrL'ans et du cardinal de Rolian, elle avait accompagné la souveraine à Metz, à Verdun, à Sainte- Meneliould.

Ici ses forces l'avaient trahie. Elle s'était surmenée. Elle avait cru, en y arrivant, y mourir. Une relation peu connue nous montre le plus jeune de ses frères, le chevalier de Baye, courant les rues de cette petite ville en criant : « Ma sœur se meurt! ma s(rur se meurti »

Minée par un épuisemiMit prématuré, notamment des ])ertes de sang eiï'royahlcs remontant à sa seconde grossesse, et dont ses ennemis avaient à l'époque linhumainc brutalité de plaisanter, elle s'était reprise, grâce à un effort d'(''nergie peu comnmne.

Elle avait continué près de Marie Leczinska le voyage mémorable entre Chàlons et Fontainebleau, alors que le carrosse de la reine s'embourbait au long des routes détrempées par les pluies torrentielles, que la toilette se faisait souvent au petit jour, en rase campagne, que néanmoins le service de sa personne et d'une suite si nombreuse s'accomplissait, suivant les dires du conseiller Menin alors attaché à Mme de 3Iailly, avec autant d'ordre, de précision, de propreté, d'abondance qu'en plein Versailles.

M. le Duc n'avait pas moins heureusement utilisé ces quelques semaines. Le Roi haltitait Chantilly dès avant que l'infante ne quittât Paris. Il paraissait qu'il s'y trouvait fort comnKxhWucnt et (p.i'il avait tout à fait oublié la mort violente du duc de Melun, puisque d'après les nouvellistes il était résolu à y faire ses noces.

Le mariage aurait lieu à Chantilly. Quel beau coup de

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