‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 96 sur 133 · COLERE DU ROI ET DE LA REINE D'ESPAGNE 22Î · texte numérisé non relu

COLERE DU ROI ET DE LA REINE D'ESPAGNE 22Î

partie pour les Condé et quel déboire pour les lialntauts (lu Palais-Royal, surtout si Fou y adjoignait le succès do Mme de Prie auprès de la reine!

M. le Duc et la marquise n'avaient point cependant trop de ces avantages pour se soutenir contre toutes les tentatives furieuses de leurs adversaires.

En effet, si la prise de possession du ministère, les poursuites entreprises contre Le Blanc, les faveurs accordées aux frères Paris ou à d'autres des partisans du ministre, les avaient exaspérés, le mariage du Roi conru par M. lu Duc et concordant avec le renvoi de l'infante, puis accompagné d'une si insigne faveur pour lui et la favoiite, les avait mis hors d'eux-mêmes.

La levée de boucliers était générale, et maintenant que Mme de Prie pouvait l'observer plus tran(|uille, elle était effrayée de ce qu'elle avait tenté d'écarter de sa pensée au début.

Le roi et la reine d'Espagne, remplis de fureur, semblaient plus prêts que jamais aux pires extrémités.

Ils avaient été, <à vrai, dire, les plus offensés. Ils avaient été aussi les plus déçus dans leurs espérances et, par le fait des circonstances, les plus brutalement trompés.

Offensés, puisque ne tenant aucun compte de leurs protestations ni de leurs menaces, on leur avait renvoyé leur fille dès le 5 avril, soit dès l'instant où on s'était assuré d'une autre reine.

Brutalement trompés, parce (pie le diplomate (pi'on avait chargé d'adoucir l'amertume de ce breuvage, l'abbé de Livry, s'était montré très inférieur à sa mission, qu'il n'avait pas su trouver un mot de préparation h une communication aussi délicate, ni, remise faite de la lettre de M. le Duc au nom de Louis XV, un mot d'excuse convenable à adresser au roi d'Espagne; que pendant ce temps

TessG leurrait grossièrement le couple royal de belles espérances de fiançailles prochaines pour l'infante, assurances qui lui avaient valu d'ailleurs la Toison d'or, plus le collier et répée, enrichis de diamants, ayant appartenu au roi défunt don Luis.

Devait-on dès lors s'étonner que le roi Philippe comme Elisabeth Farnèse, sa femme, fussent outrés des procédés du premier ministre de France, qu'ils adoptassent ab irato cent mesures de rigueur à ajouter à celles dont nous parlions plus liaut?

Aussi, tous les Français résidant en Espagne avaient-ils reçu l'ordre de déguerpir de ce royaume du jour au lendemain! Par contre, il avait été question de confiner les princesses d'Orléans, Mmes de Montpensier et de Beaujolais, jeune reine et jeune infante, en quelque coin du territoire, où elles seraient restées à titre d'otages. Après quoi, on avait pris à jMadrid la résolution, tout opposée et subite, de les réexpédier en France avec aussi peu de formes qu'on en mettait d'infinies de Versailles à escorter à riicurc même, jusqu'à Bayonne. la petite princesse espagnole.

La dernière partie seulement de ces impétueuses boutades avait été exécutée. Philippe V avait renoncé aux autres, mais c'était pour préparer, de sens rassis, des attaques beaucoup plus dangereuses et contraires aux intérêts de la nation française ou du ministère de M. le Duc.

Il s'était, par exemple, brusquement rapproché de l'Empereur, de qui tant de graves questions, alors en litige au congrès de Cambrai, le séparaient depuis nombre d'années. Il avait traité directement avec lui sur le dos de la France, qu'il mettait en grand danger au cas où sa politique eût été suivie par l'Angleterre, la troisième puissance contractante de la quadruple alliance.

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