MENACES DE LA COUR DE MADRID
Heureusement le iiniiistère anglais, approuve par son roi, avait bien saisi les avantages pour la Grande-Bretagne de la continuation de l'accord anglo-français. Les efforts des Espagnols et de leur Riperda, homme tout d'impulsion, aux idées souvent incohérentes et téméraires, avaient échoué contre leur constance. Ils n'avaient point isolé la France ainsi que Philippe le désirait. Néanmoins l'entente entre l'Espagne et l'Empire n'en restait pas moins un fait accompli.
On déclarait même que, pour cimenter cette union, le cabinet de Madrid avait décidé de proposer à l'Empereur le mariage du second infant, don Carlos, avec sa seconde fdle.
La vision d'une armée espagnole franchissant les Pyrénées causait très peu d'appréhension à M. le Duc. Il n'en était pas de même des entreprises du roi d'Espagne contre son autorité.
En effet, Philippe, non content de créer au premier ministre des difiicultés hors des frontières, s'efforçait pareillement de lui aliéner les cœurs de ses administrés.
Pour cela, il faisait répandre à profusion des copies dune lettre ouverte adressée au jeune Roi, dans laquelle il le suppliait de déplacer M. le Duc de son poste, en faisant valoir sa propre conduite, lorscju'il s'était agi d'Alheroni avec M. le duc d'Orléans. Ce prince lui avait demandé l'exil de ce personnage comme un acte nécessaire à la paix de l'Europe. Il n'avait pas hésité à le congédier. Or, la présence de M. le Duc au ministère ne semblait pas moins susceptible de compromettre cette paix. Pourquoi dès lors le roi de France se refusait-il à faire ce que lui, roi d'Espagne, avait exécuté sans tergiverser?
On assurait bien ensuite que le manifeste ne venait pas de Philippe, (juil avait été composé à Paris par les enne-
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mis du ministère. Mais le roi d'Espagne n'était-il pas le premier desdits ennemis? Ne profitait-il pas du discrédit que ces rumeurs jetaient sur l'administration do M. le Duc? Avait-il, du reste, songé un seul instant à les désavouer ouv^ertement?
Il ne pouvait pas plus s'en laver que de la basse intrigue par laquelle il avait publié une nouvelle et solennelle renonciation à la couronne de France que personne ne lui demandait. Son but était, en procédant ainsi, de se substituer publiquement pour tous ces titres M. le duc d'Orléans, avec l'espoir que ce regain d'importance amènerait au rival du premier ministre une troupe plus nombreuse de partisans.
A côté de cela il remuait ciel et terre pour entretenir, par l'intermédiaire de ses ambassadeurs, le plus de division possible entre les princes du sang.
Ici les rancunes, les jalousies avaient singulièrement facilité sa tâcbe. Si la faction d'Orléans continuait la lutte avec un acharnement chaque jour grandissant, les proches de M. le Duc ne lui donnaient pas moins d'embarras à gouverner.
L'entente entre eux, déjà fort peu cordiale, venait d'être gravement troublée par un incident secondaire, d'une extrême conséquence cependant aux yeux des princesses de Condé, le choix d'une surintendante de la maison de la reine.
Chacune d'elles y prétendait, du moment où la politique du premier ministre voulait qu'un ne s'arrêtât à aucune des princesses de l'autre bord, de la famille d'Orléans. Cela avait fait tout d'abord trois concurrentes : Mlles de Cliarolais, de Clermont, de Sens, auxquelles s'était adjointe de suite une quatrième sœur, mariée, la princesse de Conti.