DISSENSIONS ENTRE M. LE DUC ET SES SOEURS
Jusque-là cette dernière avait vécu très séparéo de M. le Duc, tant parce quelle lui tenait, disait-on, rigueur de ne pas Favoir soutenue contre son fou de mari, véritable phénomène de sotte jalousie qui la poursuivait partout de ses soupçons, et des mains de (jui elle s'était échappée, au grand scandale de tout Paris, que parce que, tout en détestant ce mari, elle avait épousé ses sympatliies envers les légitimés, ses antipathies pour le chef des Condé.
On s'était donc fort étonné de voir cette princesse (juitter sa retraite pour se rapproclier de son époux, |)uis fréquenter à nouveau Ihôtel de M. le Duc son frère, et cela dès l'annonce du mariage du Roi, si défavorablement envisagé par le prince de Conli lui-même, comme par les Orléans, les légitimés et leurs amis. On avait eu hieiUiU l'explication de cette manœuvre en apprenant (pie Mme de (lonti se mettait sur les rangs pour la place de surintendante. Mais on savait, en même temps, que lorsiprolle s'était présentée cette place était déjà attril)uée à Mlle de Clermont, qu'elle en a\ait été outrt'e, et avec elle Mme la duchesse, mère du premier ministre, (jui la poussait et se trouvait au fond de part à demi avec elle dans celte combinaison.
Elles n'étaient pas les seules femmes de la famille à se ]daindre de ce choix; Mlle de Sens en avait exprimé assez placidement son mécontentement. Mais Mlle de Charolais, dont lantipatliie parfaitement connue de tous pour M. le Duc remontait au [(Mups oii ce frère avait coupé court à ses amourettes avec le duc de Richelieu, Mlle de Charolais, disons-nous, avait eu une véritable crise de rage durant la(|uelle elle proclamait (ju"(;lle voyait bien l'injure nouvidlc (ju'on voulait lui faire, mais qu'elle trouverait facilement le moyen de s'en venger.
Ainsi le vent de discorde avait soufflé partout; Mme de Prie n'y avait pas été moins exposée que M. le Duc. Seulement, tandis qu'on ressentait pour celui-ci un reste de crainte révérentielle qui retenait certains mauvais propos, on ne gardait aucune mesure à son égard.
Mme la duchesse, trop adroite pour lui témoigner ostensiblement son animosité, ne laissait pas de la déchirer en particuHer. Mlle de Charolais, moins contenue, lui reprochait en termes violents d'être l'unique cause de tout ce qui se passait de fâcheux à l'époque. Les gens de cour, imitant l'exemple des plus grands, ne l'épargnaient pas, et cette campagne de dénigrement descendant de la cour à la ville, la bourgeoisie et le peuple la chargeaient des imputations les plus outrageantes. « Comment tout n'iraitil pas de travers, s'écriait-on conmumément, quand le royaume est gouverné par une p... et un soldat aux gardes! » en désignant de cette façon la maîtresse du premier ministre et Paris-Duvernay qui avait été efTectivenicnt soldat aux gardes.
L'opinion publique était que rien ne marchait plus connue il fallait, que le pays, mal conduit, allait de nouveau aux abîmes, que la faute en revenait tout entière aux méprisables conseillers de M. le Duc.
Un grand et brusque revirement s'était opéré dans les esprits. L'approbation qu'on donnait primitivement au mariage s'était dissipée en fumée. On regrettait l'engagement du Roi. On plaignait maintenant l'infante. On faisait remarquer (juc si le (kic dOrb'ans avait conclu une sotte union en épousant une princesse de Bade médiocrement apparentée et mal dotée, il avait été cependant moins trompé que Louis XV jetant ses vues sur une fille de hobereau polonais sans sou ni maille; qu'à ce compte-là le duc de Bouillon, qui venait de s'unir à une Sobieska,