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avoir effleuré ;^on cœur. Jeimo, beau, respectueux dans les formes, audacieux dans les pensées, disposant en maître aussi absolu que Richelieu ou Mazarin des trésors de la France, tenant dans ses mains les rênes du royaume, assez puissant pour inspirer des ombrages fondés au jeune roi, assez téméraire pour affecter la rivalité avec le roi lui-même en amour, Fouquet s'était déclaré hautement l'adorateur de madame de Sévigné. Elle avait été, sinon touchée, au moins reconnaissante d'un hommage qui efifaçait par tant d'éclat tous les autres. Etre la pensée dominante d'un homme vers lequel se tournaient alors toutes les pensées de Farnour ou do Fanibition des femmes de celle cour, faisait pardonner par madame de Sévigné au surintendant du royaume la témérité de ses hommages secrets et publics. C'est la -seule circonstance dans son long veuvage où l'on aperçoive une impression de réciprocité pour
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los sentiments tendres qu'elle inspirait sans les encourager, et encore ce fut le malheur seul de Fouquet qui fit transpercer au dehors ce sentiment coiitcmi dans Tàme de madame de Sévigné. Si elle aima une fois, cet amour ne se révéla que par des larmes sur les infortunes de celui qu'elle n'avouait que pour ami.
Le coup qui frappa l'ambitieux ministre fut longtemps invisible sur sa tète; la dissimulation nécessaire aux rois, enseignée dans ses derniers avis, sur son lit de mort, par Mazarin à Louis XIV, prépara tout avec lenteur et mystère pour que la chute n'eût pas de contre-coup capable d'ébranler son trône. Colbert, esprit probe, sûr, servile, ingrat et envieux, fut son seul confident. Déjà, pendant les derniers mois delà vie de Mazarin, Colbert, quoiqucs créa-
ture de Fouq?iet et confident de ce surintendant des finances, avait dénoncé, dans une lettre secrète à Mazarin, les malversations ou les manœuvres de chiffres à l'aide desquelles Fouquet dissimulait dans ses comptes le véritable état du trésor. Cette dénonciation de Colbert avait éveillé Taltention de Mazarin; sa mort avait prévenula vérification du crime. LouisXIV, informé par Mazarin, soupçonnait Fouquet de dilapidation, sans oser l'en convaincre. Les besoins urgents du trésor public le forçaient à ne pas scruter trop avant la conduite de son surintendant, dont l'habile agiotage lui fournissait seul, au premier moment de son régne, les ressources nécessaires à l'administration du royaume et au luxe de la cour. Mais Louis XIV soupçonnait plus que la probité de Fouquet, il suspectait sa fidélité politique ; il le croyait capable de rêver de nouvelles factions suscitées contre son maître pour s'emparer sai^s
rival des alfairos et pour devenir un nouveau Richelieu sous un second Louis XIII, ou un chef de factieux contre une cour dont il ne serait j>las1o premier ministre. Tout indique que ces soupçons étaient fondés, et que, s'il n'y avait pas encore assez d'indices pour frapper, il y avait assez d'ombres dans la conduite de Fouquetpour se prémunir. Tout justifie Louis XIV d'avoir prévenu le coup parle coup. Les femmes et les poètes salariés par le surintendant ont pleuré sur sa disgrâce; mais les juges et les' hommes d'État ont absous le roi de sa prétendue ingratitude. Fouquet ne dissimulait déjà plus des riche^jses et des somptuosités dont la source était trop intarisable pour être pure ; il achetait par des dons, des pensions, des libéralités royales, les femmes et les hommes qui pouvaient ou combattre ou assurer sa domination dans l'intimité et jusque dans les amours de son maître; il se faisait un parti
tout prôt à devenir une faction dans TÉlat. Les cassettes trouvées après son emprisonnement dans sa maison de Vaux renfermaient le tarif de ses corruptions et la solde de sa coupable popularité. Maître de plusieurs places fortes du royaume, on le voyait encore fortifier Belle-IsJe, sur la côte de Bretagne, et s'assurer un point d'appui solide ou une retraite inexpugnable pour ses dessins. 11 avait eu l'audace de tenter même, par l'ambition, le cœur d'Anne d'Autriche, mère du jeune roi, et de lui proposer une ligne pour dominer ensemble le conseil. Il marchandait aussi avec le cardinal de Retz le prix de sa démision de l'archevêché de Paris, pour s'emparer du clergé comme il s'emparait de la cour. Sa place de procureur général du parlement de Paris, qu'il avait eu la précaution de conserver, lui assurait le privilège de n'être jugé que par le parlement, dont il se ménageait la faveur toujours
séditieuse. Pour le frapper, il fallait le tromper et l'amener à renoncer, par l'appât d'une faveur plus haute, à sa place dans le parlement. Le roi y réussit en le coml3lant d'espérances et en lui faisant envisager ses fonctions subalternes comme incompatibles avec celles qu'il lui destinait. 11 fallait, de plus, attendre pour sévir contre lui qu'il eût fait rentrer dans le trésor public, à une époque encore éloignée, les millions nécessaires aux services pu^)lic^^, que son agiotage seul y faisait affluer. Une circonstance liàta le dénoûment, mais sans être la véritable cause.
Un jour que Louis XIV avait accepté une fête du surintendant en son honneur au château de Vaux, le jeune roi, en parcourant les appartements secrets de celle magnifique demeure, aperçut dans un cabinet de tableaux le portrait de mademoiselle de la Vallière, objet de sa première passion publique. Fouquct avait eu
l'audace de Fairaer et la témérilé de la faire peindre. Le roi, indigné de cette profanation de ses amours, se retira le ressentiment dans le cœur ; mais il n'éclata pas encore. Sa mère lit avertir Fouquet par la duchesse de Chevreuse de se défier de la feinte sécurité qui l'entourait. Le roi redoubla de faveur et de fausse confiance pour détourner son ministre de ces pressentiments. Fouquet, tremblant de trop croire à son empire ou de trop s'en défier, flottait entre la pensée de se réfugier en Italie ou de s'enfermer dans Belle-Isle.
Il partit pour Nantes dans cette perplexité. C'était là, hors de Paris et loin du parlement, que le roi avait résolu de Fatteindre. A peine Fouquet était-il parti, que Louis XIV, se défiant lui-même de tous les instruments de son autorité peut-être vendus secrètement à Fouquet, appela un officier obscur de sa garde et lui donna l'ordre d'arrêter le surintendant à son
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arrivée à Nantes. L'officier pailil avec dix cavaliers sûrs, devança le minisire à Nantes et le ramena prisonnier à Paris. Ses papiers saisis, portés chez le roi et scrutés par Ini seul, livrèrent à Louis XIV le secret des trames, des amours, des ambitions de Fouquet. On dit que le nom de mxadame de Sévigné se trouva parmi les noms des femmes qu'il comptait au nombre de ses amies, et sur lesquelles il se réservait de répandre les faveurs de sa prédilection et de sa toute-puissance. On atlriluia à cette découverte, dont madame de Sévigné était parfaitement innocente, la froideur que Louis XIV témoigna constamment cà madame de Sévigné, la femme la plus éminente de son siècle. Louis XI V ne pardonnait jamais volontiers deux torts aux hommes et aux femmes de son entourage : le tort d'avoir trempé dans la Fronde et le tort d'une trop éclatante supériorité d'esprit. Tout éclat qui ne servait pas à relever le sien
l'offusquait. Il aimait le talent, mais à condition de l'enchâsser comme un ornement dans sa couronne. L'adulation était à ses yeux la première condition du génie.
Madame de Sévignc avait l'esprit courtisan, mais elle n'avait pas le cœur servile. L'infortune de Fouquet ne fit que raviver son inclination et sa reconnaissance pour lui. Elle ne sacrifia rien de son attendrissement et de sa pitié à sa complaisance d'opinion pour le roi. Elle témoigna aux disgrâces du surintendant un intérêt si tendre et si hardi qu'il s'éleva jusqu'au murmure et jusqu'à l'opposition contre ses persécuteurs. Elle fit partie de cette
faction de la fidélité et du malliciir qui suivit Foiiquet jusque devant ses juges et jusqu'à son cachot perpétuel. C'est la chaleur de ce sentiment qui fit éclater, pour la première fois, son ardeur épisiolaire dans sa correspondance de tous les jours avec les amis de son ami. Son amitié lui révéla son talent : tout, mémo la renommée, devait avoir une source pure dansée cœur né pour les sentiments doux. Ceux qu'elle exprime pour Fouquei ont un accent qu'on ne retrouve nulle part ailleurs dans ses lettres : c'est l'accent d'une pitié si tendre pour l'infortune, qu'on peut le confondre avec l'accent d'un amour contenu.
Louis XIV n'en était pas encore anivéà celte possession liardie de despotisme qui luipermi!, plus tard, tant de proscriptions sans jugement. Il fit juger le surintendant, non par des juges indépendants, mais au moins par des commissaires réputés libres. Le procès fut long, difficile, plein de retours, de révélations, d'espérances et de terreurs tour à tour. iMadame de Sévigné ensuivit les phases avecl'anxiété d'une amie qui ne désavoue rien de son attachement
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pour un accusé et qui l'cncom-age de l'œil et du cœur devant ses juges. Les cassettes trouvées chez le surintendant avaient révélé une correspondance intime, mais innocente, entre la femme gracieuse et le ministre bienveillant. Celte découverte, qui révélait tant de secrètes intelligences et qui faisait trembler tant de coupables, émut, sans la déconcerter, madame - de Sévigné. Elle brava avec la sécurité d'une bonne conscience le murmure public qui s'éleva contre elle à la lecture de ces lettres.
« Il n'y a rien de plus vrai, écrit-elle à M. de Pomponne, membre de cette famille pieuse des Arnauid, voisin et ami de son oncle l'abbé de Coulanges ; et il n'y a rien de plus vrai que l'amiitié se réchauffe quand on est dans les mêmes intérêts; vous m'écrivez si obligeamment là-dessus, que je ne puis y répondre plus juste qu'en vous assurant que je suis dans les mêmes sentiments pour vous que vous avez
pour moi; mais que dites-vous de tout ce qu'on a trouvé dans ces cassettes? Auriez -vous jamais cru que mes pauvres lettres se trouvassent placées si mystérieusement? Je vous assure, quelque gloire que j'en puisse tirer par ceux qui me rendront justice, de n'avoir jamais eu avec lui d'autre commerce que celui-là. Je ne laisse pas d'être sensiblement touché de me voir obligée de me justifier, et peut-ôtre fort inutilement à l'égard de mille personnes qui ne comprendront jamais cette vérité. Je pense que vous comprenez bien la douleur que cela fait à un cœur comme le mien; je vous conjure de dire sur cela ce que vous savez ; je ne puis avoir trop d'amis en cette occasion; j'attends avec impatience M. votre frère (l'abbé Arnauld d'Andilly) pour me consoler un peu avec lui de cette étrange aventure. Cependant je ne cesse pas de souhaiter de tout mon cœur du soulagement aux malheureux, et je^vous de-
mande toujours la consolation de votre amitié. » « Remerciez mademoiselle de Scudéry, écritelle quelques jours après à Ménage, de rester si courageusement fidèle à son amitié pour Fouquet, et de me défendre contre les insinuations calomnieuses à ce sujet. Je voudrais de tout mon cœur que l'on pût oublier le surintendant lui-même. »
Dans les lettres qu'elle écrit plus tard de sa retraite des Rochers aux Arnauld, exilés pour la cause de Fouquet, elle n'appelle jamais l'accusé que notre cher ami. Elle sait que ces lettres seront décachetées par les ennemis de Fouquet, et elle les hrave; elle verse des larmes courageuses sur son sort; elle suit de Fœil et de l'oreille son attitude et ses réponses dans les interrogatoires; elle écrit à M. de Pomponne :
« Notre cher el malheureux ami a parlé deux heures ce matin, mais si adrairahlement bien,
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que plusieurs n'ont pu s'empêcher de radmirer. M. Renard a dit, entre autres : « Il faut » avouer que cet homme est incomparable; il » n'a jamais si bien parié dans le parlement, il » se possède mieux qu'il n'a jamais fait. «C'était sur les six millions et sur ses dépenses ; il n'y a rien de comparable à ce qu'il a dit là-dessus. Je vous écrirai jeudi ou vendredi. Dieu veuille que ma dernière k'tlr(> vous apprenne ce que je souhaite le plus ard(Mnment! Priez notre solitaire (Arnauld) de prier Dieu pour notre pauvre ami.
))Notrecher amiestencore allé sur la sellette. L'abbé d'Effiat l'a salué en passant ; il lui rendit son salut avec cette mine riante et fixe que nous connaissons. L'abbé d'Effiat a été si saisi de tendresse qu'il n'en pouvait plus.
» Cela durera encore toute la semaine prochaine, c'est-à-dire qu'entre ci et là ce n'est pas vivre que la vie que nous passons. Pour
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moi, je ne suis pas coiinaissable, et je ne crois pas que je puisse aller jusque-là...
» Au fond de mon cœur, j'ai un petit brin d'espérance; je ne sais d'où il vjent; ni où il va, et même il n'est pas assez grand pour que je puisse dormir en repos... Je ne puis voir que les gens avec qui j'en puis parler, et qui sont dans les mêmes sentiments que moi. Elle (madame du Plessis) espère comme je fais, sans en savoir la raison. Mais pourquoi espérez-vous ? Parce que j'espère. Voilà nos réponses; ne sont-elles pas bien raisonnables? Si nous avions un arrêt tel que nous le souhaitons, le comble de ma joie serait de vous envoyer un homme à cheval à toute bride, qui vous apprendrait cette agréable nouvelle, et le plaisir d'imaginer celui que je vous ferais rendrait le mien entièrement complet. »
Plus loin elle écrit :
« Je ne saurais dire ce que je ferai si cela
n'est pas; je ne comprends pas moi-même ce que je deviendrai. »
Elle relève avec orgueil tout ce qui est digne, elle blâme tendrement tout ce qui est imprudent dans les paroles de l'accusé. Elle déplore quelques impatiences de Fouquet contre ses juges.
« Cette manière n'est pas bonne, dit-elle aux Arnauld; il se corrigera; mais, en vérité, la patience échappe, etil me semble que je ferais tout comme lui. »
Elle revient à Paris au moment où le sort de son ami va se décider, elle s'absorbe dans cette seule pensée, elle se- nourrit de ses espérances et de ses craintes, elle veut l'entrevoir une dernière fois quand il va comparaître devant le tribunal, elle se déguise, elle couvre son visage d'un masque, en usage alors, pour cacher la pâleur et le frisson de ses traits.
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« ^es jambes tremblent, son cœur bat si vite à son apparition, dit-elle, qu'elle est prête à tomber en défaillance : je ne crois pas qu'il m'ait reconnue, écrit-elle le soir, mais je vous avoue que j'ai été extrêmement saisie quandje l'ai \u entrer par cette petite porte; si vous saviez combien on est malheureux quand on a le cœur fait comme le mien, vous auriez pitié de moi. J'ai été voir madame de Guénégaud, notre clière voisine; nous avons bien parlé du cher ami; elle a vu Sapho (mademoiselle de Scudéry), qui lui a donné du courage; pour moi, j'irai demain en reprendre chez cette amie, car je sens que j'ai besoin de réconfort; ce n'est pas que l'on ne dise mille ctioses qui doivent faire espérer, mais, mon Dieul j'ai l'imagination si vive que tout ce qui est incertain me fait mourir ! »
Puis, s'indignantjusqu'à la révolte contre le gouvernement :
« L'cmolion est grande, dit-elle, mais la du reté l'est encore plus! »
Elle soUiciteelle-mème le rapporteur du procès, {.rOiinessou, connue dans une cause personnelle.
« Fouquet est un homme dangereux! » dit le roi, à son lever, quelques jours avant le jugement.
Ce mot était un arrêt; cependant madame de Sévigné s'obslinait à ne pas désespérer de la justice ou de la miséricorde des hommes. "
« Tout le monde, écrit-elle, s'intéresse dans cette grande affaire; on ne parle pas d'autre chose; on raisonne, on tire des conséquences, on compte sur ses doigts les opinions, on s'at-
tendrit, on craint, on souhaile, on hait, on admire, on est triste, on est accalmie, enfin, mon pauvre monsieur, c'est une cliose extraordinaire que Tétat où Ton est présentement. C'est une cliosc divine que la résignation et la fermeté de notre cher malheureuxl 11 sait tous les jours ce qui se passe, et il faudrait faire des volumes h sa louange. »
Qui ne reconnaîtrait dans cet accent celui d'un sentiment supérieur à la passion pour la justice et à l'attendrissement même de l'amitié ? Fouquet avait dans madame de Sévigné moins qu'une amante, plus qu'une amie, une providence invisible attachée aux mêmes chaînes que lui et prête à vivre de la môme vie ou à mourir de la même mort.
Le 19 décembre 1664, au soir, elle écrit : « Louez Dieu, monsieur, et le remerciez! Notre pauvre ami est sauvé. Je suis si aise que ie suis hors /le moi...
» Je mourrais de peur cfii'un autre que mui vous eût donué le plaisir d'apprendre la bouue iiuuyelle. De longtemps jf> i\o serai l'emise de la joie que j'eus hier. »
Lorsque madame de Sévigné apprit que le roi avait aggravé la sentence d'exil e]i iirison perpétuelle à Piguerol, elle écrit :
« Mais non, ce n'est point de si haut que cela vient. De telles vengeances rudes et basses ne sauraient partir d'un cœur comme celui de notre maître. On se sert de son nom, et on le profane comme vous voyez. Je vous manderai la suite. »
Le mardi, 23, elle écrit sur un autre ton :
« On espère toujours des adoucissements, je les espère aussi ; l'espérance m'a trop bien servie pour l'abandonner. Ce n'est pas-que^ toutes les fois qu'à nos ballets je regarde notre maître, ces deux vers du Tasse ne me reviennent à la tête :
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Goffredo ascolta, e in rigida semLianza Porgepiù di timor che di speranza.
Cependant je me garde bien de me décourager. 11 faut suivre l'exemple de notre pauvre prisonnier : il est, gai et tranquille, soyons-le aussi. »
' Ainsi, malgré l'arrêt de Louis XIV, la conscience des juges sauva la tête de Fouquet. Il fut donc condamné à Fexil perpétuel. Le roi trouva la peine douce et la liberté de Fouquet trop dangereuse, même hors du royaume: il interpréta despotitiquement Farrèt et le changea de sa pleine autorité en une prison perpétuelle dans la forteresse de Piguerol. Tout le monde Foublia, excepté madame de Sévigné. 11 y mourut lentement pendant une capti-
Yi(ô au secret de quinze ans, sans qu'un écho de ce monde qu'il avait rempli de son nom perrat jamais les murs de sa prison. A la rigueur du châtiment, on jugea de la terreur que ce ministre aml^itieux avait inspirée à son maître. Le seul sentiment tendre que madame de Se vigne ait (''prouvé dans sa vie, après son veuvage, fut enseveli pour jamais dans le cachot de son ami. Son cceur, désormais vide de toute tendresse de femme, se reporta tout entier sur ses enfants. Elle ne reçut plus les contre-coups du monde que pour les transmettre avec les émotions de sa sensibilité oisive à sa fille et à ses amis, comme un spectateur dé.-i ntéréssé d u d r am e h t j m ai n , q ui regard e de rampliitliéàtre la scène du monde et qui la raconte à voix basse au deliors et à ceux qu'il veut faire participer à ses impressions.
A dater de ce jour, tout le règne de Louis XIV vient se répercuter dans la conversation
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écrite d'une femme ; sa correspondance devient à son insu le chuchotement de l'histoire dans la coulisse du grand siècle. C'est l'heure aussi où son style sort tout nu et touf chaud do ?on cœur, et où la nature à son insu devient talent. Disons-en un mot.
BufTon a dit : Le style est l'homme. Buffon a dit dans ce mot ce que le style devrait être bien plutôt que ce qu'il est ; car bien souvent, le style est l'écrivain plus qu'il n'est l'homme. L'art sinterpose entre l'écrivain et ce qu'il écrit ; ce n'est plus l'homme que vous voyez, c'est le talent. Le chef-d'œuvre des véritables grands écrivains, c'est d'anéantir en eux le talent et de n'exprimer que l'homme ; mais, pour cela, il faut que la sensibilité soit plus accomplie en eux que Tari, c'est-à-dire, il faut qu'ils soient plus grands
hommes encore par le cœur que par le slyle. CoiiiLieii y a-t-il de livres par siècle, cl mémo dans Ions les siècles, qui portent ce caractère et qui vous donnent de Tàme une impression plus vivante que du génie ?Trois ou quatre. Le livre masque presque toujours l'auteur. Pourquoi ? Parce que le livre est une œuvre (Fart et de volonté, où railleur se propose un but et où il se montre, non ce qu'il est, mais ce qu'il vent paraître. Ce n'est pas dans les livres qu'il faut chercher le véritable style: il n'est l^as hi . Je me trom [x* : i 1 est 1 a , mais c'est dans les livres que l'iiomme a écrits sans penser qu'il faisaitun livre, c'est-à-dire dans ses lettres; les lettres, c'est le style îx nu ; les livres, c'est le style hahiHé. Les vétr'mr'nts violent les formes; en style comme en scn1[Wure, il n'y a de l)eau que la iiuditf'. La nature a fait la chair, l'homme a faitrétotfe et la draperie. Voulezvous vuirle chef-d'œuvre, dépouillez la statue:
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cela est aussi vrai de Tespi-it que du corps. Ce que nous aimons le mieux des grand s écrivains, ce ne sont pas leurs ouvrages, c'est eux-mêmes ; les œuvres où ils ont mis le i)lus d'eux-mêmes sont donc pour nous les mcillcur^i. Oui ne préfère mille fois une letlre de Cicéron à nue de ses harangues ? une leltre de Voltaire à une de ses tragédies? une lettre de madame de Sévigné à tons les romans de mademoiselle de Sciidéry, qu'elle appelait Sapho et dont elle regardait d'en bas briller la gloire sans oser élever son nmlùlion si haut? Ces grands esprits ont eu du tilent dans leurs ouvrages prémédilés d"ailis!e, mais ils n'ont eu de vérilable style que dans leur correspondance. Pourquoi encore? Parce que là ils ne pensaient point à en avoir ou à en faire. Ils [)renaient comme iiiadame de Sévigné leur sensation sur le fait ; ils n'écrivaient pas, ils cansaient; leur slyle
n'est plus le style, c'est leur pensée même.
Do toutes les facultés de l'esprit, la plus indéfinissable, selon nous, c'est le style, et, si nous avions à notre tour à le définir, nous ne le définirions que par son analogie avec quelque chose qui n'a jamais pu être défini, la physionomie humaine. Nous dirions donc :