EMMANUEL DE COULANGES
(Musée Carnavalet)
Sans doute, ils avaient des façons d'écrire très différentes. Bussy manquait de grâce et de facilité; son style solide, incisif, d'une ironie froide et un peu compassée, sentait l'effort. " Il aurait fait des ratures sur un billet à son cordonnier ", disait son gendre La Rivière, et l'abondante Sévigné devait assez peu goûter cette prose dépouillée et laborieuse. Mais, dès qu'il n'était pas aveuglé par l'orgueil, il jugeait avec finesse; il a très bien parlé de La Fontaine, de Boileau, de Molière et de La Bruyère. Il aimait la conversation et les lettres de sa cousine. En publiant les lettres qu'il avait reçues d'elles, il a été premier à annoncer sa gloire. Peut-être enviait-il son naturel et sa verve. Quant à Mme de Sévigné, confiante dans le discernement de son ami, elle souhaitait par-dessus tout son approbation et sa louange. Bussy est le seul homme dont elle ait subi l'ascendant.
Un an avant de mourir, Mme de Sévigné écrivait à son cousin Emmanuel de Coulanges :
Quand vous m'écrivez, mon aimable cousin, j'en ai une joie sensible : vos lettres sont agréables comme vous ; on les lit avec un plaisir qui se répand partout ; on aime
à vous entendre, on vous approuve, on vous admire, chacun selon le degré de chaleur qu'il a pour vous. Quand vous ne m'écrivez pas, je ne gronde point, je ne boude point, je dis : " Mon cousin est dans quelque palais enchanté, mon cousin n'est pas à lui; on aura sans doute enlevé mon pauvre cousin ; " et j'attends avec patience le retour de votre souvenir, sans jamais douter de votre amitié ; car le moyen que vous ne m'aimiez pas ? c'est la première chose que vous avez faite quand vous avez commencé d'ouvrir les yeux, et c'est moi aussi qui ai commencé de vous aimer et de vous trouver aimable : une amitié si bien conditionnée ne craint pas les injures du temps... (26 avril 1695).
Elle n'avait que sept ans de plus que lui. (*) Les deux enfants avaient joué dans le parc de Livry, chez le bien bon. Puis, quand Coulanges eut épousé Marie-Angélique du Gué, fille de François du Gué qui, depuis, fut intendant de Lyon, celle-ci devint une des plus intimes amies de Mme de Sévigné.
Après avoir voyagé en Allemagne et en Italie,
(') J'avais d'abord dit : cinq ans. Mon erreur a été relevée par M. Gérard Gailly dans des articles sur l'enfance de Mme de Sévigné, publiés par la Minerve française (15 août et 15 Septembre 1920). Je l'en remercie. Son étude est intéressante, elle réfute les assertions imprudentes de quelques biographes de Mme de Sévigné ; malheureusement elle est écrite sur un ton rogue et péremptoire qu'on passe volontiers aux théologiens, mais qui surprend un peu, quand il s'agit de menus problèmes d'histoire littéraire.
Coulanges avait acheté une charge de conseiller au Parlement de Paris; mais il s'en démit bientôt : la judicature n'était pas l'affaire de ce petit homme qui avait pour seule occupation de rimer des couplets et pour seule ambition de ne pas vieillir. Il vécut jusqu'à quatre-vingt ans et jamais ne cessa de faire des chansons : il eût donc réalisé tous ses rêves, si, de temps en temps, son bonheur n'avait été traversé par des accès de goutte. Douillet, futile et paresseux, il promenait en tous lieux son humeur chansonnière, aimé de tout le monde pour la gentillesse de son esprit et le pétillement de ses propos. En qualité de diplomate officieux, il accompagna le duc de Chaulnes, ambassadeur à Rome, et assista à deux conclaves. Ses rapports diplomatiques sont d'une gravité impayable ; mais il s'amusa fort a Rome, comme ailleurs. Dans ses Mémoires, il a consigné ses souvenirs, non sur les monuments romains qui ne sont pas matière à chansons, mais sur les belles nuits d'été où " l'on se promenait, dit-il, dans les rues et dans les places, vêtu aussi légèrement qu'on le voulait et que la saison le demandait ; on s'arrêtait et l'on se reposait au bord des fontaines pour y prendre le frais ; on entrait dans les lieux où se débitent le thé, le chocolat et les eaux glacées, plus délicieuses
en Italie qu'en France ; on pouvait prendre part aussi aux nouvelles vraies ou fausses qui s'y débitent ; l'air retentissait de différentes chansons et du bruit des guitares, des harpes et d'autres instruments; quelquefois, on rencontrait des sérénades de belles voix et d'une bonne symphonie ; c'est ainsi qu'on reposait de la chaleur qu'on avait éprouvée pendant le jour, et l'on était fort aise en se retirant de retrouver son lit, à moins que le souvenir de quelque bonne fortune ne vînt troubler le repos qu'on y cherchait ". Il goûtait fort les vins des casteïïi^ se lamentait sur la mauvaise chère que lui faisaient faire les seigneurs italiens, admirait l'agrément et la propreté des bains, assistait à des fouilles et visitait l'atelier de l'illustre Carie Maratti. Un jour de carnaval, il se fit peindre, tenant à la main un masque moustachu, un bonnet rouge posé sur sa majestueuse perruque. On peut voir ce portrait au musée Carnavalet, c'est celui d'un voluptueux, alourdi, guetté par la goutte. L'accès passé, il se vanta d'un regain de jeunesse. Franchement, il eût mieux fait d'attendre ces jours heureux pour transmettre ses traits à la postérité.
Mme de Coulanges était jolie, spirituelle et fantasque. Mme de Sévigné lui prodiguait des
sobriquets expressifs : la feuille^ la mouche ', la sylphide^ le tourbillon. " La feuille , disait-elle, est la la plus frivole et la plus légère marchandise que vous ayez jamais vue. " On a quelques-unes de ses lettres ; le style en est brusque, agréable, à la manière de Sévigné ; les caprices de son écriture et les écarts de son orthographe rélèvent une âme assez désordonnée. Elle fut très attachée à un certain abbé Têtu dont elle soignait les vapeurs et les insomnies. Pour Brancas, elle eut "beaucoup d'amitié sur un fond d'inclination rebrodé de passion ", — c'est encore Mme de Sévigné qui parle. Enfin, elle semble avoir aimé M. de la Trousse, car Mme de Sévigné écrit : " Il ne paraît plus qu'elle l'aime, et cependant c'est l'ombre et le corps. " N'insistons pas. Passe encore de rechercher le " jusqu'où " des inclinations de Mme de Sévigné. Quant à la vertu de Mme de Coulanges, imitons la sage indifférence de son mari qui, sur ce chapitre, fut le moins curieux des hommes. 11 aimait beaucoup sa femme, mais à condition de ne pas vivre avec elle. " La maison, disait-il, où je suis le moins, est celle de Mme de Coulanges. " Ils s'étaient mutuellement consenti une douce liberté. Un jour qu'elle tomba malade, on vit Coulanges accourir à son chevet et donner
les marques d'un grand désespoir. Mme de Sévigné n'en revenait pas : " Vous avez grand'raison de ne pouvoir vous représenter Mme de Coulanges à l'agonie, et M. de Coulanges dans la douleur ; je ne le croirais pas si je ne l'avais vu ; une vivacité morte et une gaieté pleurante, ce sont des prodiges. " Mme de Coulanges en réchappa, et aussitôt, lui, tout consolé, retourna à ses plaisirs et à ses chansons.
Sur le tard, Mme de Coulanges, qui était l'amie de Mme de Maintenon, inclina vers des pensées plus graves et se mit à mépriser le monde. Comme son cadide mari se scandalisait des désordres de la cour romaine, elle lui envoya cette pieuse remontrance :
Vous me paraissez très peu édifié de tout ce que vous voyez à Rome, et vous avez, je crois, raison ; mais où vous ne l'avez pas, c'est de dire qu'il n'est pas bon pour la religion de voir de près toutes ces choses. Saint Pierre serait encore plus étonné que vous, s'il était témoin de ce que vous voyez ; mais sa charité lui ferait plaindre les hommes sujets à tant de passions et si peu appliqués à la vaincre par les sentiments que doit inspirer la religion..."
Et dans la même lettre :
Pour moi, j'avoue que je crois me peu soucier du monde; je ne m'y trouve plus propre à mon âge... j'ai vu
tout ce qu'il y a à voir, je n'ai plus qu'une vieille figure à lui présenter, plus rien de nouveau a lui montrer ni à découvrir... Et que veut-on faire de recommencer toujours des visites, se troubler des événements qui ne nous regardent point ?... Mon cher monsieur, il faudrait songer à quelque chose de plus solide... " (23 juillet 1691).
La feuille avait fait des progrès dans les voies de la dévotion. Jamais le petit Coulanges ne songea à quelque chose de solide ; tant de désenchantement et de sagesse ne pouvait entrer dans cette âme enfantine.
A ces deux êtres charmants et fragiles, Mme de Sévigné avait voué une affection inaltérable. Elle aimait son cousin, parce que, dans cette gaieté sans trêve, elle retrouvait quelque chose d'ellemême, elle reconnaissait son sang. Elle aima sa cousine, parce qu'elle jouissait de son esprit et s'amusait de toutes les fantaisies de son humeur. Enfin, elle les aima tous les deux, parce qu'ils admirèrent Mme de Grignan et chantaient sa gloire, Mme de Coulanges à Versailles, M. de Coulanges chez tous les honnêtes gens qu'il divertissait par sa verve et ses chansons.
* * Ce fut après la mort de son mari que Mm* de
Sévigné rencontra Mlle de La Vergne dans la maison du chevalier Renaud de Sévigné, oncle du marquis Henri de Sévigné. Renaud de Sévigné avait épousé Elisabeth Pena, veuve de M. de La Vergne, et mère de la jeune Marie-Madeleine qui devait devenir marquise de La Fayette.
Sur la jeunesse de Mme de La Fayette, je vous renvoie aux pages si neuves et si délicates que lui a naguère consacrées M. André Baunier. Pour le reste, il faudra, je crois, en revenir, comme le conseillait Sainte-Beuve, à la correspondance de Mrae de Sévigné.
En se disant leur mutuelle affection, Mme de Sévigné et Mme de La Fayette ont dessiné, l'une de l'autre, l'image que chacune d'elles eût souhaité laisser dans la mémoire des hommes.
Voici d'abord une Sévigné à trente ans, peinte par Mme de La Fayette. C'est un de ces portraits composés et apprêtés que les beaux esprits de l'hôtel de Rambouillet avaient mis à la mode. L'auteur feint d'être " un inconnu ". Malgré la préciosité du style, on sent ici la chaleur d'une sincère amitié, et c'est une bonne contre-partie au perfide portrait de Busy-Rabutin que je vous ai lu, la semaine passée ; du reste, on voit bien, à certains traits, que l'auteur connaissait YHistoire
amoureuse des Gaules et réfutait Bussy. En 1675, " ravaudant dans les paperasses de feu Mme de la Trémouille", Mme de Sévigné retrouva le manuscrit de Mme de La Fayette et l'envoya à sa fille : " Ce portrait vaut mieux que moi, dit-elle ; mais ceux qui m'eussent aimée, il y a seize ans, l'auraient pu trouver ressemblant ".
... Je ne veux point m'amuser à vous dire que votre taille est admirable, que votre teint a une beauté et une fleur qui assurent que vous n'avez que vingt ans ; que votre bouche, vos dents et vos cheveux sont incomparables; je ne veux point vous dire toutes ces choses, votre miroir vous le dit assez... Tout ce que vous dites a un tel charme, et vous sied si bien que vos paroles attirent les ris et les grâces autour de vous, et le brillant de votre esprit donne un si grand éclat à votre teint et à vos yeux que, quoiqu'il semble que l'esprit ne dût toucher que les oreilles, il est certain que le vôtre éblouit les yeux et que, quand on vous écoute, on ne voit plus qu'il manque quelque chose à la régularité de vos traits, et l'on vous cède la beauté du monde la plus achevée... Votre âme est grande, noble, propre à dispenser des trésors et incapable d'abaisser aux soins d'en amasser. Vous êtes sensible à la gloire et à l'ambition ; vous ne l'êtes pas moins aux plaisirs ; vous paraissez née pour eux et il semble qu'ils soient faits pour vous... Enfin, la joye est l'état véritable de votre âme, et le chagrin vous est plus contraire qu'à qui ce soit. Vous êtes naturellement tendre et passionnée; mais à la honte de notre sexe (l'auteur, avons-nous dit, s'est donné pour
un inconnu), cette tendresse vous a été inutile, et vous l'avez renfermée dans le vôtre, en la donnant à Mme de La Fayette... Votre cœur, madame, est sans doute un bien qui ne peut se mériter; jamais il n'y en eut un si généreux, si bien fait et si fidèle. Il y a des gens qui vous soupçonnent de ne pas le montrer toujours tel qu'il est; mais, au contraire, vous êtes si accoutumée à n'y rien sentir qui ne vous soit honorable, que même vous y laissez voir quelquefois ce que la prudence vous obligerait de cacher, etc.. "
Et le badinage continue.
Observons en passant que voilà, dans toute sa perfection, le style de l'hôtel de Rambouillet, et que rien ne ressemble moins à la manière de Mme de Sévigné.
Jamais la tendresse de Mme de La Fayette ne s'est démentie et, un an avant sa mort, au milieu des tortures physiques qui rirent des ses dernières années un affreux martyre saintement supporté, elle écrit à sa vieille amie :
Hélas ! ma belle, tout ce que j'ai à vous dire de ma santé est bien mauvais ; en un mot, je n'ai repos ni nuit ni jour, ni dans le corps, ni dans l'esprit ; je ne suis plus une personne ni par l'un ni par l'autre ; il faut en finir quand il plaît à Dieu et je suis soumise. L'horrible froid qu'il fait m'empêche de voir Mme de Lavardin. Croyez, ma très chère, que vous êtes la personne du monde que fat le plus véritablement aimée. (24 janvier 1692.)
Du côté de Mme de Sévigné, l'amitié ne fut pas moindre. Sans doute, si elle eût écrit à Mme de La Fayette : " Vous êtes la personne du monde que j'ai le plus véritablement aimée ", Mme de La Fayette aurait eu un sourire d'incrédulité. Elle avait sans difficulté cédé la première place à Mme de Grignan, et Mme de Sévigné disait à cette dernière : " Cette justice la rend digne de la seconde. Elle la mérite. " Malheureusement, tel n'était pas l'avis de Mme de Grignan, et ce fut un des tourments de Mme de Sévigné d'avoir à défendre son amie contre sa fille. Comme presque toutes les personnes incapables d'une vraie tendresse, Mme de Grignan était jalouse : elle détestait Mme de La Fayette, parlait d'elle " avec méchanceté " et ne trouvait pas un mot de consolation à lui adresser quand mourut La Rochefoucauld.
Cette prévention de Mme de Grignan n'était pas le seul écueil sur lequel aurait pu sombrer une amitié moins solide. Mme,de Sévigné et Mme de La Fayette n'avaient ni les mêmes goûts, ni le même tempérament. (Je viens déjà de signaler, au passage, la différence de leurs façons d'écrire.) Quel contraste entre la joyeuse exubérance de la robuste Sévigné et le sérieux mélancolique de la maladive La Fayette ! Autant l'une était expan-
sive et indulgente à ses propres fantaisies, autant l'autre était discrète, toujours soumise à la " divine raison ". Combien de fois Mme de Sévigné, qui serait morte de chagrin si on lui avait enlevé sa plume et son écritoire, a-t-elle reproché à Mme de La Fayette d'être trop avare de ses lettres! Mme de La Fayette répondait qu'elle n'avait pas le temps; puis elle composait des romans et des mémoires, elle était presque un auteur de profession et mettait à correspondre avec ses amis la nonchalance particulière aux personnes dont c'est le métier d'écrire. Mais ces deux femmes qui, par tant de côtés, se ressemblaient si peu, étaient pareillement sensibles, pareillement vraies : elles s'aimèrent de tout leur cœur.
Il n'est point de tableau plus touchant de la longue liaison de Mme de La Fayette avec La Rochefoucauld que ces quelques lignes de Mme de Sévigné : " Où Mme de La Fayette retrouvera-t-elle un tel ami, une telle société, une pareille douceur, un agrément, une confiance, une considération pour elle et pour son fils ? Elle est infirme, elle est toujours dans sa chambre, elle ne court point les rues ; M. de La Rochefoucauld était sédentaire aussi ; cet état les rendait nécessaires l'un à l'autre ; rien ne pouvait être comparé à la confiance et
au charme de leur amitié... " (17 mars 1680.) Enfin, pour peindre l'amitié qui unit Mme de Sévigné à Mme de La Fayette, je ne saurais mieux faire que de lire la lettre qu'elle écrivit à la comtesse de Guitaut, quand elle perdit son amie :
... Je me trouvais trop heureuse d'être aimée d'elle depuis un temps si considérable ; jamais nous n'avions eu la moindre nuage dans notre amitié. La longue habitude ne m'avait point accoutumée à son mérite ; ce goût était toujours vif et nouveau ; je lui rendais beaucoup de soins, par le mouvement de mon cœur, sans que la bienséance où l'amitié nous engage, y eût aucune part ; j'étais assurée aussi que je faisais sa plus tendre consolation, et depuis quarante ans, c'était la même chose; cette date est violente, mais elle fonde bien aussi la vérité de notre liaison. Ses infirmités depuis deux ans étaient devenues extrêmes ; je la défendais toujours quand on la disait folle de ne vouloir point sortir ; elle avait une tristesse mortelle : quelle folie encore ! n'était-elle pas la femme la plus heureuse du monde ? Elle en convenait aussi ; mais je disais à ces personnes si précipitées dans leur jugements : " Madame de- La Fayette n'est pas folle, " et je m'en tenais là. Hélas ! la pauvre femme n'est présentement que trop justifiée ; il a fallu qu'elle soit morte pour faire voir qu'elle avait raison de ne point sortir et d'être triste. Elle avait un rein tout consommé et une pierre dedans, et l'autre purulent ; on ne sort guère en cet état. Elle avait deux polypes dans le coeur et la pointe du cœur flétrie : n'étaitce pas assez pour avoir ces désolations dont elle se plaignait?
Elle avait les boyaux durs et plein de vents comme un ballon, et une colique dont elle se plaignait toujours. Voilà l'état de cette pauvre femme qui disait : " On trouvera un jour... " tout ce qu'on a trouvé. Ainsi, madame, elle a eu raison pendant sa vie, elle a eu raison après sa mort, et jamais elle n'a été sans cette divine raison, qui était sa qualité principale... (3 juin 1693.)
Que peut-on ajouter à une pareille lettre ?
J'ai tâché de vous monter combien furent diverses les amitiés de Mmê de Sévigné. Elle aima Mme de La Fayette de tout son cœur, Bussy de tout son esprit, les Coulanges par habitude et par amusement, Foucquet parce qu'il était malheureux. Mais à chacun elle ne donna que l'affection dont est capable une femme possédée d'une grande et dévorante passion. Le cœur de Mme de Sévigné appartenait d'abord à l'amour maternel. Ses amis devaient ce contenter des restes de Mme de Grignan, qui, d'ailleurs, vous l'avez vu, n'étaient pas méprisables. C'est de la grande et dévorante passion de Mme de Sévigné que je vous entretiendrai vendredi prochain.