‹ Madame de SévignéChapitre 6 sur 14 · REVOIR ET ADIEUX · texte numérisé non relu

REVOIR ET ADIEUX

Sommaire. — Le château de Grignan. — Description. — Ce qu'il est aujourd'hui.— La vie qu'on y menait au temps de M"» de Sévigné. — La mère et la fille conviennent d'un chiffre. — A quatre lieues de Grignan. — Au château de mes pères. — A la Coise. — La prise d'Orange. — Petit différend. — M™» de Grignan à Paris. — Coup d'oeil d'ensemble sur les témoignages de la tendresse maternelle de M"» de Sévigné. — En quoi réside le charme du style épistolaire de M"* de Sévigné. — Quelques citations.

E château de Grignan, où M"^® de Se'vigné venait retrouver sa chère enfant, était situé au point de â) jonction du Dauphiné, de la Provence et du Comtat Venaissin, lequel confine au Languedoc. C'est ce qui faisait dire que du haut de ses murailles la vue s'étendait sur quatre provinces, singularité rare et que les contemporains ont souvent fait ressortir. Le château primitif dut être construit vers

la fin du onzième siècle ou au commencement du douzième. Les premiers travaux pratiqués en vue d'une habitation eurent pour objet d'aider la nature, et de rendre encore plus perpendiculaires les pentes du rocher qui isolait le château de la plaine. Des murs de soutènement fort épais, et présentant des angles de diverses ouvertures en forme de bastion, entourèrent et couronnèrent la plate-forme de ce rocher qui figure une ellipse ayant, du nord au midi, trois cents mètres, et deux cents de l'est à l'ouest. Dans l'intérieur de cette plate-forme, le mur futseulement élevé jusqu'à hauteur d'appui ; mais au dehors il descendait plus ou moins profondément, suivant les anfractuosités du rocher. De distance en distance, ces premières constructions se trouvaient soutenues par d'énormes contreforts, qui plongeaient dans la plaine à une profondeur de quatre-vingts pieds environ. Ainsi isolé de toutes parts et élevé à cent pieds audessus du sol, ce plateau n'était abordable que du côté de l'ouest, où une pente ménagée dans le roc conduisait à la poterne du château. Après avoir franchi cette porte, on entrait sous une voûte longue et sombre, d'une montée rapide et bordée à droite par des salles d'armes et les prisons féodales. Cette voûte conduisait à la plate-forme du midi. Parvenu là, on tournait brusquement vers

le nord, et on avait alors devant soi le château ou plutôt la citadelle, construite sans doute sur un plan carre', avec une forte tour à chaque angle formée de murs de plus de quinze pieds d'e'paisseur. Tout autour de cette forteresse, le terrain e'tait libre; on pouvait le parcourir et en faire le tour avec facilité.

Partout ailleurs qu'auprès de sa fille, M^^de Sévigné eût regretté la paix de ses « pauvres Rochers »; mais telle était sa tendresse maternelle, qu*elle n'aurait pas voulu choisir, pour y finir sa vie, un autre séjour que ce château de Grignan, si plein de mouvement, d'agitation et souvent d'inquiétudes. En dépit des réclamations de la sagesse, elle ne pouvait s'empêcher d'admirer, presque avec le même orgueil que sa fille, le grand air de ce château, ses meubles somptueux, ses magnifiques constructions, ses écussons en manteau ducal, sa fière devise : Mai d'hoiinour que d'houjiours ! et ses vastes terrasses, où l'on pouvait arriver en voiture, et d'où la vue s'étendait au loin jusqu'aux montagnes (i).

« Il est facile, observe M. Boissier, quand on visite ce qui reste du château de Grignan, de se faire une idée de la grande vie qu'on menait dans ces somptueuses demeures, et des

(i) Cf. AuBENAs, 0/?. ci7.;Mesnard, zfi.; et Boissier, id.y passim.

dépenses de toute espèce qui en étaient la suite inévitable. Grignan est bâti sur une éminence qui se dresse au milieu d'une vaste plaine. Le rocher a été taillé, maçonné, entouré de murs, pour former une sorte de substruction inaccessible sur laquelle s'élève le château. Le long des flancs escarpés serpentent des rues étroites, que bordent les maisons d'un misérable village qui semble s'être accroché là pour vivre en repos sous une protection puissante. L'entrée du château est défendue par une fortification massive, percée de meurtrières, flanquée de deux tours crénelées. Une fois que la porte s'est ouverte et qu'on a pénétré dans l'intérieur, l'aspect change : la forteresse devient un palais. Par malheur, ce palais est aujourd'hui presque entièrement à terre, il n'en reste que des pans de murs et quelques débris de salles ; mais ces débris ont un caractère de grandeur et d'élégance rares. Les murailles sont percées de larges fenêtres encadrées de colonnettes délicates qui rappellent la Renaissance. A l'intérieur on voit des attaches de voûtes, des frises finement sculptées, des fragments de cheminées monumentales. L'importance des décombres nous donne l'idée de l'étendue des bâtisses. Quand on essaye de les relever par la pensée et de se figurer le château tel qu'il devait être, il est impossible qu'on ne soit pas

frappé du large développement des façades et du grand nombre de salles et de chambres qu'il contenait. Tout autour, une terrasse dallée permet de jouir d'un des plus beaux spectacles qu'on puisse voir : c'est une plaine riche, semée de villages, de maisons de plaisance, de châteaux, qui est fermée de tous côtés par de hautes montagnes, la Lance, la chaîne dentelée des Alpines, et le Ventoux neigeux à l'horizon.

« Tout, dans cette splendide demeure, était fait pour nourrir l'orgueil du maître et lui donner une grande idée de lui-même. Tout semblait lui faire un devoir de soutenir son rang et de n'être pas au-dessous de la magnificence de ses aïeux. 11 fallait, pour peupler ces grandes salles et animer cet immense château, que la compagnie y fût toujours nombreuse et brillante. Les maîtres et leur famille, avec leurs parents et leurs amis les plus intimes, les officiers, les gentilshommes, les pages attachés à la personne du gouverneur, formaient déjà une société considérable, c'étaient quatre-vingts ou cent personnes établies à demeure, et qui ne quittaient pas le château. Joignez-y les invités, qui viennent de toute la province ou des provinces voisines, et qui reçoivent une hospitalité fastueuse. Les amis ou les simples connaissances sont logés dans le château avec leurs gens et leurs équi-

pages. C'est « une auberge » qui ne désemplit jamais. Il faut dresser trois tables dans la grande galerie, et elles sont toujours pleines : voilà ce que M'"^ de Sévigné appelle «lacruelle et continuelle chère de Grignan », à laquelle aucune fortune ne pourrait résister. Après avoir nourri cette foule, il faut l'amuser; on lui offre toute sorte de distractions, même l'opéra, et Ton met un certain orgueil à faire entendre les airs les plus récents de LuUi. Surtout on leur donne à jouer : le jeu fut un des fléaux de cette société de grands seigneurs désœuvrés. L'exemple en venait de haut ; à Versailles on jouait beaucoup, et si quelques habiles, comme Dangeau ou Langlée, durent au jeu des fortunes considérables, le plus grand nombre s'y ruinait. M"^^ de Montespan perdit quatre cent mille pistoles en une nuit à la bassette, et Monsieur, qui devait cent cinquante mille écus, fut obligé de mettre sa vaisselle d'or en gage. De Versailles, cette manie gagna Paris et la province. On jouait gros jeu à Grignan, et les maîtres de la maison, étant tenus de faire mieux que les autres, achevèrent ainsi de dissiper leur fortune. »

Pendant ce séjour à Grignan, selon la remarque de M. Aubenas, essentielle à Tintelli-

gence des lettres qui suivirent, M^^ de Sévigné et sa fille réglèrent leur conduite à venir, quant à leur tendresse et à leur correspondance.

Aussi, il faut remarquer qu'à partir de cette e'poque, il y a plus de prudence et de retenue dans leurs lettres.

M"'^ de Sévigné se contraint sur tous les reproches qu'elle avait adressés jusque-là à son gendre, grand dépensier comme on l'a vu, mais en même temps fort susceptible, et qu'il fallait ménager, de peur de se l'aliéner.

D'un autre côté, par crainte des yeux indiscrets, elle convient avec sa fille d'un langage en chiffres pris dans les éléments de la nature, et qui ne sont pas sans rapport avec les personnages qu'ils désignent.

Ainsi, la Grêle (traîtresse), est, fort injustement comme nous l'avons observé ailleurs, l'évêque de Marseille:

Quanto (la gouvernante), est M""^ de Montespan ;

Le Torrent (impétueux), M"»^ de Monaco ;

La Pluie (bienfaisante), M. de Pomponne ;

Le Nord (rigoureux), Colbert;

La Mer (orgueilleuse), Louvois;

Le Dégel (c'est-à-dire la glace royale qui se fond), M"'^ Scarron;

Le Feu (passionné), le roi ;

La iVe/g-e (blanche et froide), la reine;

La Rosée (qui pleure), M"^ de la Vallière ;

Le Brouillard (sombre et triste), M"'^ de la Fayette ;

La Feuille (frivole et légère), M"™^ de Coulanges.

Le moment vint cependant où il fallut encore se séparer.

C'était le 5 octobre lôyS. A peine arrivée à Montélimar, à trois ou quatre lieues de Grignan, la bonne mère n'y tient déjà plus. Elle écrit :

(c Voici un terrible jour, ma chère enfant ; je vous avoue que je n'en puis plus. Je vous ai quittée dans un état qui augmente ma douleur. Je songe à tous les pas que vous faites et à tous ceux que je fais, et combien il s'en faut qu'en marchant toujours de cette sorte nous puissions jamais nous rencontrer. Mon cœur est en repos quand il est auprès de vous ; c'est son état naturel, et le seul qui peut lui plaire. Ce qui s'est passé ce matin me donne une douleur sensible, et me fait un déchirement dont votre philosophie sait les raisons : je les ai senties et les sentirai longtemps. J'ai le cœur et l'imagination tout remplis de vous; je n*y puis penser sans pleurer, et j'y pense toujours ; de sorte que l'état où je suis n'est

pas une chose soutenable ; comme il est extrême, j'espère qu'il ne durera pas dans cette violence. Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. Mes yeux, qui vous ont tant rencontrée depuis quatorze mois, ne vous trouvent plus : le temps agréable qui est passé rend celui-ci douloureux, jusqu'à ce que j'y sois un peu accoutumée ; mais ce ne sera jamais assez pour ne pas souhaiter ardemment de vous revoir et de vous embrasser. Je ne dois pas espérer mieux de l'avenir que du passé; je sais ce que votre absence m'a fait souffrir ; je serai encore plus à plaindre, parce que je me suis fait imprudemment une habitude nécessaire de vous voir. Il me semble que je ne vous ai point assez embrassée en partant : qu'avais-je à ménager? Je ne vous ai point assez dit combien je suis contente de votre tendresse; je ne vous ai point assez recommandée à M. de Grignan ; je ne l'ai point assez remercié de ses politesses et de toute l'amitié qu'il a pour moi; j'en attendrai les effets sur tous les chapitres : il y en a où il a plus d'intérêt que moi, quoique j'en sois plus touchée que lui. Je suis déjà dévorée de curiosité ; je n'espère de consolation que vos lettres qui me feront encore bien soupirer. En un mot, ma fille, je ne vis que pour vous : Dieu me fasse la grâce de l'aimer quelque jour

comme je vous aime ! Je songe aux Pichons{i); je suis toute pétrie des Grignan ; je tiens partout. Jamais un voyage n'a été si triste que le nôtre; nous ne disons pas un mot. Adieu, ma chère enfant; aimez-moi toujours; hélas ! nous revoilà dans les lettres. Assurez M. l'archevêque de mon respect très tendre, et embrassez le coadjuteur : je vous recommande à lui. Nous avons encore dîné à vos dépens. Voilà M. de Saint-Géniez qui vient me consoler. Ma fille, plaignez-moi de vous avoir quittée. »

Pour cacher sa tristesse, la pauvre mère court se renfermer dans un château patrimonial, Bourbiily, d'où elle écrit encore, le 16 octobre :

« Enfin, ma chère fille, j'arrive présentement dans le vieux château de mes pères. Voici où ils ont triomphé suivant la mode de ce temps-là. Je trouve mes belles prairies, ma petite rivière, mes magnifiques bois et mon beau moulin, à la même place où je les avais laissés. Il y a ici de plus honnêtes gens que moi; et cependant, au sortir de Grignan, après vous avoir quittée, je m'y meurs de tristesse. Je pleurerais présentement de tout mon cœur, si je m'en voulais croire ; mais je m'en

(i) Pîchoun, pichoutie, en provençal, signide petit, petite.

détourne, suivant vos conseils. Je vous ai vue ici ; Bussyy était, qui nous empêchait fort de nous y ennuyer. Voilà où vous m'appelâtes tnarâire d'un si bon ton. On a élagué des arbres devant cette porte, ce qui a fait une allée fort agréable. Tout crève ici de blé, et de Caron pas im mot^ c'est-à-dire pas un sol. Il pleut à verse : je suis désaccoutumée de ces continuels orages, j'en suis en colère. M. de Guitaut est à Epoisses : il envoie tous les jours ici pour savoir quand j'arriverai, et pour m'emmener chez lui; mais ce n'est pas ainsi qu'on fait ses affaires; j'irai pourtant le voir, et vous prévoyez bien que nous parlerons de vous : je vous prie d'avoir l'esprit en repos sur tout ce que je vous dirai : je ne suis pas assurément fort imprudente. »

Oh ! non, elle ne sera pas imprudente !... Si elle retourne à la cour, c'est pour y veiller aux intérêts de ses enfants de Provence.

M. de Grignan a été chargé par le roi de conquérir Orange, en représailles contre le duc de Nassau.

L'affaire d'Orange fait ici un bruit très agréable pour M. de Grignan : cette grande quantité de noblesse qui l'a suivi par le seul attachement qu'on a pour lui ; cette grande dépense, cet heureux succès, car voilà tout : tout cela fait honneur et donne de la joie à ses amis, qui ne sont pas ici en petit nombre.

Le roi dit à son souper : « Orange est pris; Grignan avait sept cents gentilshommes avec lui , on a tiraillé du dedans, et enfin on s'est rendu le troisième jour : je suis fort content de Grignan. )> On m'a rapporté ce discours, que la Garde sait encore mieux que moi. Pour notre archevêque de Reims, je ne sais à qui il en avait ; la Garde lui pensa parler de la dépense : « Bon ! dit-il, de la dépense ! voilà toujours comme on dit ; on aime à se plaindre.

— Mais, monsieur, lui dit-on, M. de Grignan ne pouvait pas s'en dispenser, avec tant de noblesse qui était venue pour l'amour de lui.

— Dites pour le service du roi. — Monsieur, répliqua-t-on, il est vrai ; mais il n'y avait point d'ordre, et c'était pour suivre M. de Grignan, à l'occasion du service du roi, que toute cette assemblée s'est faite. » Enfin, ma fille, cela n'est rien ; vous savez que d'ailleurs il est très bon ami ; mais il y a des jours où la bile domine, et ces jours-là sont malheureux.

Le roi dit qu'il est « content de Grignan )>, sur ce, la belle-mère triomphe.

« J'ai trouvé votre siège d'Orange fort étalé à la cour : le roi en avait parlé agréablement, et on trouva très beau que, sans ordre du roi, et seulement pour suivre M. de Grignan, il se soit trouvé sept cents gentilshommes à cette occasion ; car le roi ayant dit sept cents^

— lyo —

tout le monde dit sept cents : on ajoute qu'il avait deux cents litières, et de rire; mais on croit sérieusementqu'ilya peu de gouverneurs qui pussent avoir une pareille suite. »

Le moment vint cependant où tous les vrais amis des Grignan estimèrent que M'"® de Grignan ne devait plus tarder de reparaître à la cour, où elle n'était plus venue depuis trois ans. Celle-ci cependant semble croire que c'est là au fond une exigence de la tendresse maternelle, impatiente de la revoira Paris.

C'est même avec quelque aigreur dans l'accent, qu'elle le laisse entendre à la pauvre mère, qui réplique sur un ton à son tour un peu piqué :

« Je commence dès aujourd'hui ma lettre, et je la finirai demain. Je veux d'abord traiter le chapitre de votre voyage de Paris : vous apprendrez par Janet que la Garde est celui qui l'a trouvé le plus nécessaire, et qui a dit qu'il fallait demander votre congé ; peut-être l'a-t-il obtenu, car Janet a vu M. de Pomponne. Mais ce n'est pas, dites-vous, une nécessité de venir; et le raisonnement que vous me faites est si fort, et vous rendez si peu considérable tout ce qui le paraît aux autres pour

vous engager à ce voyage, que pour moi j'en suis accablée. Je sais le ton que vous prenez, ma fille : je n'en ai point au-dessus du vôtre, et surtout quand vous me demandez s*il est possible que moi, qui devrais songer plus qu'une autre à la suite de votre vie, je veuille vous embarquer dans une excessive dépense^ qui peut donner un grand ébranlement au poids que vous soutenez déjà avec peine^ et tout ce qui suit. Non, mon enfant, je ne veux point vous faire tant de mal, Dieu m'en garde ! et pendant que vous êtes la raison, la sagesse et la philosophie même, je ne veux point qu'on me puisse accuser d'être une mère folle, injuste, frivole, qui dérange tout, qui ruine tout, qui vous empêche de suivre la droiture de vos sentiments, par une tendresse de femme. Mais j'avais cru que vous pouviez faire ce voyage : vous me l'aviez promis ; et quand je songe à ce que vous dépensez à Aix, et en comédiens, et en fêtes, et en repas dans le carnaval, je crois toujours qu'il vous en coûterait moins de venir ici, où vous ne serez point obligée de rien apporter. M. de Pomponne et M. de la Garde me font voir mille affaires où vous et M. de Grignan êtes nécessaires ; je joins à cela cette tutelle. Je me trouve disposée à vous recevoir; mon cœur s'abandonne à cette espérance. Vous avez besoin de changer d'air : je me flattais même que M. de Grignan

voudrait bien vous laisser avec moi cet été, et qu*ainsi vous ne feriez pas un voyage de deux mois, comme un homme : tous vos amis avaient la complaisance de me dire que j'avais raison de vous souhaiter avec ardeur : voilà sur quoi je marchais. Vous ne trouvez point que tout cela ne soit ni bon ni vrai, je cède à la nécessité et à la force de vos raisons ; je veux tâcher de m'y soumettre à votre exemple, et je prendrai cette douleur, qui n'est pas médiocre, comme une pénitence que Dieu veut que je fasse, et que j'ai bien méritée. Il est difficile de m'en donner une meilleure, ni qui frappe plus droit à mon cœur; mais il faut tout sacrifier, et me résoudre à passer le reste de ma vie, séparée de la personne qui m'est le plus sensiblement chère, qui touche mon goût, mon inclination, mes entrailles; qui m'aime plus qu'elle n'a jamais fait. Il faut donner tout cela à Dieu, et je le ferai avec sa grâce, et j'admirerai sa providence, qui permet qu'avec tant de grandeurs et de choses agréables dans votre établissement, il s'y trouve des abîmes qui ôtent tous les plaisirs de la vie, et une séparation qui me blesse le cœur à toutes les heures du jour, et bien plus que je ne voudrais à celles de la nuit. Voilà mes sentimenrs ; ils ne sont pas exagérés, ils sont simples et sincères ; j'en ferai un sacrifice pour mon salut. Voilà qui est fini; je ne vous en

parlerai plus, et je méditerai sans cesse sur la force invincible de vos raisons, et sur votre admirable sagesse, dont je vous loue, et que je tâcherai d'imiter. »

Enfin, M"^^ de Grignon finit par entendre raison, et son mari la ramène à Paris, où elle trouve beaucoup d'amis.

Tandis que la mère et la fille sont réunies, le moment nous semble venu d'interrompre le récit, pour étudier une dernière fois le caractère de cette incomparable tendresse de la bonne marquise pour M"^^ de Grignan.

Nous l'avons vu, elle écrivait à sa fille à toute occasion et sans occasion.

« Si l'on pouvait, dit-elle, écrire tous les jours, je m'en accommoderais fort bien ; je trouve même quelquefois le moyen de le faire, quoique mes lettres ne partent pas. »

Elle avait besoin de se faire violence pour ne pas écrire, et pour s'arrêter, une fois en train.

(( Je vous prie, ma très chère, de ne point vous suffoquer de faire réponse à mes lettres infinies; songez que je cause et que je ne suis point du tout accablée de visites ; j'ai tout le temps qu'il me faut, et au delà, et c'est par

pitié de vous que je les finis ; car, si j'en avais autant de moi, je ne les finirais point. »

Sa fille s'inquiète pour sa mère de la fatigue que pouvait lui occasionner tant d'écritures.

« Allez vous promener, M"^ la comtesse, de venir me proposer de ne vous point écrire; apprenez que c'est ma joie, et le plus grand plaisir que j'aie ici. Voilà un plaisant régime que vous me proposez; laissez-moi conduire cette envie en toute liberté, puisque je suis contrainte sur les autres choses que je voudrais faire pour vous, et ne vous avisez pas de rien retrancher de vos lettres. »

Cette délicieuse correspondance est toute remplie des expressions de l'extraordinaire tendresse de M™^ de Sévigeé pour sa fille. La pensée de « la pauvre Madeleine », tristement reléguée « dans son château de province », ne la quitte pas. Vient-elle la rejoindre, les fatigues qu'elle peut éprouver sont un cruel tourment pour sa mère, et l'occasion d'un redoublement de chaleur dans les témoignages de son amour.

« Que ne vous dois-je point, ma chère enfant, pour tant de peines, tant de fatigues, d'ennuis, de froid, de gelée, de frimas, de veilles? Je crois avoir souffert toutes ces incommodités avec vous; ma pensée n'a pas été un moment séparée de vous, je vous ai suivie partout, et j'ai trouvé mille fois que je ne

valais pas l'extrême peine que vous preniez pour moi, c'est-à-dire par un certain côté ; car celui de la tendresse et de l'amitié relève bien mon mérite à votre égard. Quel voyage, bon Dieu ! et quelle saison ! vous arriverez précisément le plus court jour de l'année, et par conséquent vous nous ramènerez le soleil. J'ai vu une devise qui me conviendrait assez ; c'est un arbre sec, et comme mort, et autour ces paroles : Fin che sol ritorni (i). Qu'en ditesvous, ma fille? »

M.^^ de Sévigné estimait à bon droit qu'on ne pouvait pas aller plus loin qu'elle dans l'amour maternel.

« Je vous aime si passionnément que je ne pense pas qu'on puisse aller plus loin ; si quelqu'un souhaitait mon amitié, il devrait être content que je l'aimasse seulement autant que votre portrait. »

Elle ne s'intéresse à rien et à personne que par rapport à sa fille.

« Je veux compter sur votre santé : c'est ce qui me tient uniquement au cœur. C'est sans préjudice de cette continuelle pensée que je vois, que j'entends, et que je prends intérêt à toutes les choses du monde ; elles sont plus proches ou moins loin de moi selon qu'elles ont plus ou moins de rapport à vous; vous me

(i) Jusqu'à ce que le soleil revienne.

donnez même l'attention que j'ai aux nouvelles. »

Que dire maintenant, après tant de maîtres, sur le style épistolaire de M"^® de Sévigné? On a tout dit, ce semble, sur la souplesse, la variété, les grâces de ce style unique qui n'est presque jamais simple, et qui est toujours naturel.

Ce qu'il y a peut-être de plus merveilleux est la facilité de cette plume qui, dès les lettres de jeune fille écrites à Ménage, trotte avec une si aimable légèreté, et « a toujours la bride sur le cou ». Elle ne trotte pas seulement, elle « galope ».

« Il serait à souhaiter que ma pauvre plume, galopant comme elle fait, galopât au moins sur le bon pied. »

Il lui est impossible de corriger, c'est-à-dire de gâter son premier jet :

« Je vous ai souhaité un lot à la loterie, pour commencer à rompre la glace de votre malheur. Gela se dit-il? Vous me le manderez; car je ne puis jamais raccommoder ce qui vient naturellement au bout de ma plume. »

Grâce à cette disposition primesautière, elle saisit au vol le côté plaisant des choses, comme le malheur arrivé au bon d'Hacqueville : « Il

était tellement habillé comme les Provençaux et les Bretons que, ses chausses de page étant moins commodes que celles qu'il a d'ordinaire, sa chemise ne voulut jamais y demeurer, quelque prière qu'il lui en fît; car, sachant son état, il tâchait incessamment d'y donner ordre, et ce fut toujours inutilement; de sorte que madame la Dauphine ne put tenir plus longtemps les éclats de rire : ce fut une grande pitié ; la majesté du Roi en pensa être ébranlée, et jamais il ne s'était vu, dans les registres de l'Ordre, l'exemple d'une telle aventure, m

Elle sait aussi, à l'occasion, s'élever jusqu'à la plus haute éloquence:

« Vous avez donc été frappée du mot (i) de M"^ de la Fayette, mêlé avec tant d'amitié. Quoique je ne me laisse pas oublier cette vérité, j'avoue que j'en fus tout étonnée; car je ne me sens encore aucune décadence qui m'en fasse souvenir. Je ne laisse pas cependant de faire souvent des réflexions et des supputations, et je trouve les conditions de la vie assez dures. Il me semble que j'ai été traînée,

(i) M™e de la Fayette avait écrit : « Il est question, ma belle, qu'il ne faut point que vous passiez l'hiver en Bretagne, à quelque prix que ce soit ; vous êtes vieille; les Rochers sont pleins de bois ; les catarrhes et les fluxions vous accableront; vous vous ennuierez, votre esprit deviendra triste et baissera... » M™« de la Fayette avait cinq ans de moins que M™* de Sévigné.

maigre moi, à ce point fatal où il faut souffrir la vieillesse : je la vois, m'y voilà, et je voudrais bien, au moins, ménager de ne pas aller plus loin, de ne point avancer dans ce chemin des infirmités, des douleurs, des pertes de mémoire, des défigiirements qui sont près de m'outrager; et j'entends une voix qui dit : Il faut marcher (i) malgré vous, ou bien, si vous ne voulez pas, il faut mourir, qui est une autre extrémité à quoi la nature répugne. Voilà pourtant le sort de tout ce qui avance un peu trop; mais. un retour à la volonté de Dieu, et à cette loi universelle où nous sommes condamnés, remet la raison à sa place, et fait prendre patience. »

Il n'y a personne comme elle pour la description narrative. Nous avons déjà beaucoup cité, mais comment omettre cette lettre à Bussy, au sujet des honneurs rendus à Condé :

« Voici encore de la mort et de la tristesse, mon cher cousin. Mais le moyen de ne vous pas parler de la plus belle, de la plus magnifique et de la plus triomphante pompe funèbre qui ait jamais été faite depuis qu'il y a des

(i) Il faut rapprocher ces tristes réflexions de M™« de Sévigné d'un morceau bien souvent cité de Bossuet : « Je voudrais retourner en arrière : marche! marche! » — Voir sur cette pensée de \a mort qui revient souvent dans les lettres de M™« de Sévigné, la lettre du lo janvier 1689.

mortels? C'est celle de feu M. le Prince, qu'on a faite aujourd'hui à Notre-Dame. Tous les beaux esprits se sont épuisés à faire valoir tout ce qu'a fait ce grand prince et tout ce qu'il a été. Ses pères sont représentés par des médailles jusqu'à saint Louis, toutes ses victoires par des basses-tailles couvertes, comme sous des tentes dont les coins sont ouverts, et portés par des squelettes, dont les attitudes sont admirables. Le mausolée, jusque près de la voûte, est couvert d'un dais en manière de pavillon encore plus haut, dont les quatre coins retombent en guise de tentes. Toute la place du chœur est ornée de ces basses-tailles, et de devises au-dessous, qui parlent de tous les temps de sa vie. Celui de sa liaison avec les Espagnols est exprimé par une nuit obscure, où trois mots latins disent : Ce qui s*est fait loin du soleil doit être caché! Tout est semé de fleurs de lis d'une couleur sombre, et au-dessous une petite lampe qui fait dix mille petites étoiles. J'en oublie la moitié : mais vous aurez le livre, qui vous instruira de tout en détail. Si je n'avais point eu peur qu'on ne vous l'eût envoyé, je l'aurais joint à cette lettre; mais ce duplicata ne vous aurait pas fait plaisir.

« Tout le monde a été voir cette pompeuse décoration. Elle coûte cent mille francs à M. le Prince d'aujourd'hui ; mais cette dépense lui

fait bien de l'honneur. C'est M. de Meaux qui a fait l'oraison funèbre : nous la verrons imprimée.

« ... Je viens de voir un prélat qui était à l'oraison funèbre. Il nous a dit que M. de Meaux s'est surpassé lui-même, et que jamais on n'a fait valoir ni mis en œuvre si noblement une si belle matière. »

Et cette lettre, écrite au sortir d'une longue audience de Pomponne :

« J'eus hier une heure de conversation avec M. de Pomponne : il faudrait plus de papier qu'il n'y en a dans mon cabinet pour vous dire la joie que nous eûmes de nous revoir, et comme nous passions à la hâte sur mille chapitres que nous n'avions pas le temps de traiter à fond. Enfin je ne l'ai point trouvé changé; il est toujours parfait. Il croit que je vaux plus que je ne vaux effectivement. Son père lui a fait comprendre qu'il ne pouvait l'obliger plus sensiblement qu'en m'obligeant en toutes choses; mille autres raisons, à ce qu'il dit, lui donnent ce même désir, et surtout il se trouve que j'ai le gouvernement de Provence sur les bras, c'est un prétexte admirable pour avoir bien des aff'aires ensemble : voilà le seul chapitre qui ne fut point étranglé. Je lui parlai à loisir del'évêque; il sait écouter aussi bien que répondre, et crut aisément le plan que je lui fis des manières du prélat; il ne me

parut pas qu'il approuvât qu'un homme de sa profession voulût faire le gouverneur. Il me semble que je n'oubliai rien de ce qu'il fallait dire; il me donne toujours de l'esprit : le sien est tellement aisé, qu'on prend, sans y penser, une confiance qui fait qu'on parle heureusement de tout ce qu'on pense : je connais mille gens qui font le contraire. Enfin, ma fille, sans vouloir m'attirer de nouvelles douceurs, dont vous êtes prodigue pour moi, je sortis avec une joie incroyable, dans la pensée que cette liaison avec lui vous serait très utile. Nous sommes demeurés d'accord de nous écrire; il aime mon style naturel et dérangé, quoique le sien soit comme celui de l'éloquence même. Je vous mandai l'autre jour de tristes nouvelles du pauvre chevalier, on venait de me les donner de même ; j'appris le soir qu'il n'était pas si mal, et enfin il est encore en vie, quoiqu'il ait été au delà de l'extrême-onction et qu'il soit encore très mal ; sa petite vérole sort et sèche en même temps; il me semble que c'est comme celle de M""^ de Saint-Simon. Ripert vous en écrira plus sûrement que moi ; j'en sais pourtant tous les jours des nouvelles et j'en suis dans une très véritable inquiétude ; je l'aime encore plus que je ne pensais. Cette nuit, M"™^ la princesse de Gonti est tombée en apoplexie, elle n'est pas encore morte, mais elle n'a aucune connaissance ; elle est sans

pouls et sans parole; on la martyrise pour la faire revenir : il y a cent personnes dans sa chambre, trois cents dans sa maison; on pleure, on crie ; voilà tout ce que j'en sais jusqu'à présent. Pour M. le chancelier, il est mort très assurément, mais mort en grand homme: son belesprit,saprodigieuse mémoire, sa naturelle éloquence, sa haute piété, se sont rassemblés aux derniers jours de sa vie ; la comparaison du flambeau qui redouble sa lumière en finissant, est juste pour lui. Le Mascaron l'assistait, et se trouvait confondu par ses réponses et par ses citations ; il paraphrasait le Miserere^ et faisait pleurer tout le monde ; il citait la sainte Ecriture et les Pères mieux que les évêques dont ilétait environné ; enfin sa mort est une des plus extraordinaires choses du monde. Ce qui l'est encore plus, c'est qu'il n'a point laissé de grands biens; il était aussi riche en entrant à la cour qu'il l'était en mourant. Il est vrai qu'il a établi sa famille, mais, si on prenait chez lui, ce n'était pas lui. Enfin il ne laisse que soixante-dix mille livres de rente; est-ce du bien pour un homme qui a été quarante ans chancelier, et qui était riche naturellement? La mort découvre bien des choses, et ce n'est point de sa famille que je tiens tout ceci. On les voit : nous avons fait aujourd'hui nos stations, M"*^ de Coulanges et moi. M'"* de Verneuil est si mal, qu'elle n'a

pu voir le monde. On ne sait encore qui aura les sceaux.

«... J'embrasse M. de Grignan, est-il encore question des grives ? Il y avait l'autre jour une dame qui confondit ce qu'on dit d'une grive, et au lieu de dire: elle est soûle comme une grive^ disait que la présidente était sourde comme une grive \ cela fit rire. »

Quelle désinvolture charmante dans les petits riens qui suivent :

« Vous êtes étonnée que j'aieun petit chien ; voici l'aventure. J'appelais, par contenance, une chienne courante d'une madame qui demeure au bout de ce parc. M""^ de Tarente me dit : Quoi ! vous savez appeler un chien ? je veux vous en envoyer un, le plus joli du monde Je la remerciai, et lui dis la résolution que j'avais prise de ne me plus engager dans cette sottise : cela se passe, on n'y pense plus ; deux jours après, je vois entrer un valet de chambre avec une petite maison de chien, toute pleine de rubans, et sortir de cette maison un petit chien tout parfumé, d'une beauté extraordinaire, des oreilles, des soies, une haleine douce, petit comme Sylphide, blondin comme un blondin, jamais je ne fus plus étonnée ni plus embarrassée ; jevoulus lerenvoyer, on ne voulut jamais le reporter; la femme de chambre qui l'avait élevé en a pensé mourir de douleur. C'est Marie qu'aime le petit chien,

il couche dans sa maison et dans la chambre de Beaulieu ; il ne mange que du pain ; je ne m'y attache point, mais il commence à m'aimer; je crains de succomber. Voilà l'histoire que je vous prie de ne point mander à Mar^ phise ; csiV ]Q crains ses reproches : au reste, unepropreteextraordinaire.il s'appelle F/^è/e, c'est un nom que les amants de la princesse n'ont jamais mérite' de porter; ils ont été pourtant d'un assez bel air; je vous conterai quelque jour ses aventures. Ilest vrai que son style est tout plein d'évanouissement, et je ne crois pas qu'elle ait eu assez de loisir pour aimer sa fille, au point d'oser se comparer à moi. Il faudrait plus d'un cœur pour aimer tant de choses à la fois ; pour moi, je m'aperçois tous les jours que les gros poissons mangent les petits : si vous êtes mon préservatif, comme vous le dites, je vous suis trop obligé, et je ne puis trop aimer l'amitié que j'ai pour vous. Je ne sais de quoi elle m'a gardée ; mais quand ce serait de feu et d'eau, elle ne me serait pas plus chère. Il y a des temps où j'admire qu'on veuille seulement laisser entrevoir qu'on ait été capable d'approcher à neuf cents lieues d'un cap. La bonne princesse en fait toute sa gloire, au grand mépris de son miroir, qui lui dit tous les jours qu'avec un tel visage il faut perdre même le souvenir. Elle m'aime beaucoup: on en médirait à Paris;

mais ici c'est une faveur qui me fait honorer de mes paysans. >»)

Et cette lettre du premier de l'an, avec son étrenne :

« Nous voici donc à Tannée qiiivient^ comme disait M. de Montbazon : ma très chère, je vous la souhaite heureuse ; et, si vous croyez que la continuation de mon amitié entre dans la composition de ce bonheur, vous pouvez y compter sûrement.

« Voilà une lettre de d'Hacqueville, qui vous apprendra l'agréable succès de nos affaires de Provence : il surpasse de beaucoup mes espérances. Vous aurez vu à quoi je me bornais par les lettres que j'ai reçues il y a peu de jours, et que je vous envoyai. Voilà donc cette grande épine hors du pied, voilà cette caverne de larrons détruite, voilà l'ombre de M. :de Marseille conjurée, voilà le crédit de la cabale évanoui, voilà l'insolence terrassée : j'en dirais d*ici à demain. Mais, au nom de Dieu, soyez modestes dans vos victoires: voyez ce que dit le bon d'Hacqueville ; la politique et la générosité vous obligent. Vous verrez aussi comme je trahis son secret pour vous, par le plaisir de vous faire voir le dessous des cartes, qu'il a dessein de vous cacher à vous-même ; mais je ne veux point laisser équivoques dans votre cœur les sentiments que vous devez avoir pour l'ami et pour la belle-sœur, car il

me paraît qu'ils ont fait encore au delà de ce qu'on m'en écrit, et, pour toute récompense, ils ne veulent aucun remerciement. Servezles donc à leur mode, et jouissez en silence de leur véritable et solide amitié. Gardez-vous bien de lâcher le moindre mot qui puisse faire connaître au bon d'Hacqueville que je vous ai envoyé sa lettre ; vous le connaissez : la rigueur de son exactitude ne comprendrait pas cette licence poétique. Ainsi, ma fille, je me livre à vous, et vous conjure de ne me point brouiller avec un si bon et si admirable ami. Enfin, ma très chère, je me mets entre vos mains-, et, connaissant votre fidélité, je dormirai en repos mais répondez-moi aussi de M. de Grignan. » Mais, ce serait infini, et il faudrait tout citer.

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