‹ Madame de SévignéChapitre 7 sur 14 · LES DERNIERES ANNEES · texte numérisé non relu

LES DERNIERES ANNEES

Sommaire. — Troisième séparation. — L'échange des lettres console.

— Quelle est la chose au monde qui vient le plus vite et qui s'en va le plus lentement. — Le 0 guidon éternel ». — A Vicliy. — Ce que c'est qu'une douche. — Portraits et silhouettes de baigneurs.

— Un capucin d'Aix. — Mariage de Charles de Sévigné. — La vie qu'on menait aux Rochers. — L'hôtel de Carnavalet. — Les enfants de Mme de Grignan et leur grand'mère. — Comme elle était fière d'un petit-fils. — Elle vient mourir à Grignan. ~ Ce que disent de cette mort sa fille et son gendre. — Une page de Lamartine.

ouR la troisième fois, Madame de Sévigné venait de se séparer de sa fille. C'était, on l'a vu, à chaque reprise de ce déchirement, une douleur nouvelleet, lui semblait-il, pluscruelle que jamais.

Elle s'en alla d'abord à Paris. Puis, comme rien ne lui était odieux à l'égal d'une apparence de distraction, pour savourer sa peine, elle se

réfugie à Livry, au sein du bénéfice abbatial si tranquille du « bien bon ». C'est de là qu'elle écrit en Provence.

« Quel jour, ma fille, que celui qui rouvre l'absence ! Comment vous a-t-il paru ? Pour moi, je l'ai senti avec toute l'amertume et toute la douleur que j'avais imaginées, et que j'avais appréhendées depuis si longtemps. Quel moment que celui où nous nous séparâmes ! quel adieu et quelle tristesse d'aller chacune de son côté, quand on se trouve si bien ensemble ! Je ne veux point vous en parler davantage, ni célébrer, comme vous dites, toutes les pensées qui me pressent le cœur : je veux me représenter votre courage, et tout ce que vous m'avez dit sur ce sujet, qui fait que je vous admire. Il me parut pourtant que vous étiez un peu touchée en m'embrassant. Pour moi, je revins à Paris, comme vouspouvezvous l'imaginer: M. deCoulanges se conforma à mon état; j'allai descendre chez M. le cardinal de Retz, où je renouvelai tellement toute ma douleur, que je fis prier M. de la Rochefoucauld, M"^^ de la Fayette et M"'^ de Coulanges, qui vinrent pour me voir, de trouver bon que je n'eusse point cet honneur : il faut cacher ses faiblesses devant les forts. M. le cardinalentra dans les miennes ; la sorte d'amitié qu'il a pour vous le rend fort sensible à votre départ. 11 se fait peindre par un reli-

gieux de Saint-Victor ; je crois que, malgré Gaumartin, il vous donnera l'original. Il s'en va dans peu dejours ; son secret est re'pandu ; ses gens sont fondus en larmes. Je fus avec lui jusqu'à dix heures. Ne blâmez point, mon enfant, ce que je sentis en rentrant chez moi. Quelle diffe'rence ! quelle solitude ! quelle tristesse! votre chambre, votre cabinet, votre portrait ! Ne plus trouver cette aimable personne ! M. de Grignan comprend bien ce que je veux dire et ce que je sentis. Le lendemain, qui était hier, je me trouvai tout éveillée à cinq heures : j'allai prendre Gorbinelli pour venir ici avec l'abbé. Il y pleut sans cesse, et je crains fort que vos chemins de Bourgogne ne soient rompus. Nous lisons ici des maximes que Gorbinelli m'explique : il voudrait bien m'apprendre à gouverner mon cœur. J'aurais beaucoup gagné à mon voyage, si j'en rapportais cette science. Je m'en retourne demain : j'avais besoin de ce moment de repos pour remettre un peu ma tête et reprendre une espèce de contenance. »

Pour calmer sa douleur, Madame de Grignan fait comme une violence à sa nature, d'ailleurs toujours plus expansive de loin que de près. Les lettres de sa fille ravissent le cœur de la pauvre mère.

« Enfin, ma'-fiUe, me voilà réduite à faire mes délices de vos lettres : il est vrai qu'elles

— igo —

sont d'un grand prix ; mais quand je songe que c'était vous-même que j'avais, et que j'ai eue quinze mois de suite, je ne puis retourner sur ce passé sans une grande tendresse et une grande douleur. Il y a des gens qui m'ont voulu faire croire que l'excès de mon amitié vous incommodait ; que cette grande attention à vouloir découvrir vos volontés, qui tout naturellement devenaient les miennes, vous faisait assurément une grande fadeur et un grand dégoût. Je ne sais, ma chère enfant, si cela est vrai ; ce que je puis vous dire, c'est qu'assurément je n'ai pas eu dessein de vous donner cette sorte de peine. J'ai un peu suivi mon inclination, je l'avoue ; et je vous ai vue autant que je l'ai pu, parce que je n'ai pas eu assez de pouvoir sur moi pour me retrancher ce plaisir; mais je ne crois point vous avoir été pesante. Enfin, ma fille, aimez au moins la confiance que j'ai en vous, et croyez qu'on ne peut jamais être plus dénuée etplustouchée que je le suis en votre absence. La Providence m'a traitée bien rudement, et je me trouve fort à plaindre de n'en savoir pas faire mon salut. Vous me dites des merveilles de la conduite qu'il faut avoir pour se gouverner dans ces occasions ; j'écoute vos leçons, et je tâche d'en profiter. Je suis dans le train de mes amis: je vais, je viens ; mais, quand je puis parler de vous, je suis contente, et quelques larmes

— igi —

me font un soulagement nonpareil. Je sais les lieux où je puis me donner cette liberté' ; vous jugez bien que, vous ayant vue partout, il m'est difficile, dans les commencements, de n'êtrepas sensible à mille choses que je trouve en mon chemin. Je vis hier les Villars, dont vous êtes re'vére'e ; nous étions en solitude aux Tuileries ; j'avais dîné chez M. le cardinal, où je trouvai bien mauvais de ne vous voir pas. »

Enfin, au mois de décembre 1676, survint à madame de Sévigné une compagnie bien faite pour la consoler.

Le baron de Sévigné, après avoir fait la guerre pendant deux ans, sans y rien gagner qu'une blessure à la tête, revenait, guidon, comme il était parti, « guidon éternel ».

Hélas ! avec la douce distraction de son fils survint un autre ennemi, dont elle a le courage de plaisanter. C'est son fils, d'ailleurs, qui tient la plume et qui écrit sous la dictée de la mère, à la date du 3 février 1676.

Aux Rochers, 3 février 1676.

« Devinez ce que c'est, mon enfant, que la chose du monde qui vient le plus vite et qui s'en va le plus lentement, qui vous fait appro-

cher le plus près de la convalescence et qui vous en retire le plus loin, qui vous fait toucher Te'tat du monde le plus agréable et qui vous empêche le plus d'en jouir, et qui vous donne les plus belles espérances et qui en éloigne le plus l'effet. Ne sauriez-vous le deviner ? Jete^-pous votre langue aux chiens ? C'est un rhumatisme. Il y a vingt-trois jours que j'en suis malade; depuis le quatorze je suis sans fièvre et sans douleurs, et dans cet état bienheureux, croyant être en état de marcher, qui est tout ce que je souhaite, je me trouve enflée de tous côtés, les pieds, les jambes, les mains, les bras; et cette enflure, qui s'appelle ma guérison, et qui l'est effectivement, fait tout le sujet de mon impatience, et ferait celui de mon mérite, si j'étais bonne.

(c Cependant je crois que voilà qui est fait, et que dans deux jours je pourrai marcher :L^rmechin{i) me le fait espérer: o che spero. Je reçois de partout des lettres de réjouissance sur ma bonne santé, et c'est raison. Je me suis purgée une fois de la poudre de M. de Lorme (2), qui m'a fait merveilles. Je m'en vais

(i) Valet de chambre de M°»« de Sévigné.

(2) Charles de l'Orme, ne' à Moulins en 1584, élève de l'école de Montpellier, mort à Paris en 1678 ; c'est lui qui mit à la mode les eaux de Bourbon, que fréquentait volontiers M™® de Montespan et où elle mourut le 27 mai 1707.

encore en reprendre; c'est le véritable remède pour toutes ces sortes de maux. On me promet après une santé éternelle ; Dieu le veuille. Le premier pas que je ferai sera d'aller à Paris : je vous prie donc, ma chère enfant, de calmer vos inquiétudes ; vous voyez que nous vous avons toujours écrit sincèrement. Avant que de fermer ce paquet, je demanderai à ma grosse main si elle veut bien que je vous écrive deux mots : je ne trouve pas qu'elle le veuille ; peut-être qu'elle le voudra dans deux heures. Adieu, ma très belle et très aimable ; je vous conjure tous de respecter avec tremblement ce qui s'appelle un rhumatisme; il me semble que présentement je n'ai rien de plus important à vous recommander. Voici le frater qui peste contre vous depuis huit jours, de vous être opposée, à Paris, au remède de M. de Lorme. »

Toujours des Rochers, le 11 mars 1676.

«Je me porte très bien; mais pour mes mains, il n'y a ni rime, ni raison : je me sers donc de la petite personne pour la dernière fois (i); c'est la plus aimable enfant du monde, je ne sais ce que j'aurais fait sans elle : elle me

(i) a La petite personne » alternait alors avec Charles de Sévigné comme secrétaire de M^e de Sévigné, qui ne pouvait écrire de « sa grosse main ».

— 194 — • lit très bien ce que je veux ; elle écrit comme vous voyez; elle m'aime; elle est complaisante, elle sait me parler de M"^^ de Grignan ; enfin, je vous prie de l'aimer sur ma parole. »

La petite personne

« Je serais trop heureuse, madame, si cela était ; je crois que vous enviez le bonheur que j'ai d'être auprès de M""^ votre mère. Elle a voulu que j'aie écrit tout le bien de moi que vous voyez; j'en suis assez honteuse, et très affligée en même temps de son départ. »

M"^^ de Sévigné continue

« La petite fille a voulu discourir, et je reviens à vous, ma chère enfant, pour vous dire que, hormis mes mains dont je n'espère la guérisonque quand il fera chaud, vous ne devez pas perdre encore l'idée que vous avez de moi : mon visage n'est point changé ; mon esprit et mon humeur (i) ne le sont guère ; je

([) C'est cette égalité d'humeur qui rend M™^ de Sévigné si aimable. Elle ne s'appesantit guère, il est vrai, sur les maux d'autrui ; elle écrit en parlant des pendaisons de Rennes : « Je trouve tout fort bon, pourvu que les quatre mille hommes de guerre qui sont à Rennes ne m'empêchent pas de me promener dans mes bois, qui sont d'une hauteur et d'une beauté merveilleuses. » Et plus bas : « Nous ne sommes plus si roués, un en huit jours, seulement pour entretenir

marche et je prends Tair avec plaisir, et si l'on me veille encore, c'est parce que je ne puis me tourner toute seule dans mon lit ; mais je ne laisse pas de dormir. Je vous avoue bien que c'est une incommodité, et je la sens un peu. Mais enfin, ma fille, il faut souffrir ce qu'il plaît à Dieu, et trouver encore que je suis bien heureuse d'en être sortie :car vous savez quelle bête c'est qu'un rhumatisme? Quant à la question que vous me faites, je vous dirai le vers de Médée :

C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes adieux (i).

« Je suis persuadée qu'ils sont faits ; et l'on dit que je vais reprendre le fil de ma bonne santé; je le souhaite pour l'amour de vous, ma très chère, puisque vous l'aimez tant; je ne serai pas trop fâchée aussi de vous plaire en

la justice. Il est vrai que la penderie me paraît maintenant un rafraîchissement : j'ai une tout autre idée de la justice depuis que je suis dans ce pays ; vos galériens me paraissent une société d'honnêtes gens qui se sont retirés du monde pour mener une vie douce. Nous vous en avons bien envoyé par centaines ; ceux qui sont demeurés sont plus malheureux que ceux-là. » Ce ton nous paraît aujourd'hui bien étrange, mais il y a, dans tout cela, plus d'ironie que d'insensibilité, et c'est cette ironie légère qui permet à M™® de Sévigné de supporter ses propres maux, aussi bien que ceux des autres, excepté ceux qui touchent sa fille, (i) Vers de Quinault, Thésée^ acte V, scène vi.

cette occasion. La bonne princesse est venue me voir aujourd'hui : elle m'a demandé si j'avais eu de vos nouvelles: j'aurais bien voulu lui présenter une réponse de votre part ; Toisiveté de la campagne rend attentive à ces sortes de choses; j'ai rougi de ma pensée, elle en a rougi aussi: je voudrais qu'à cause de l'amitié que vous avez pour moi, vous eussiez payé plus tôt cette dette. La princesse s'en va mercredi, à cause de la mort de M. de Valois: et moi, je pars mardi pour couchera Laval. Je vous écrirai de Malicorne, où je me reposerai deux jours. Je commence déjà à regretter mon petit secrétaire. Vous voilà assez bien instruite de ma santé ; je vous conjure de n'en être plus en peine, et de songer à la vôtre Vous qui prêchez si bien les autres, deviezvous faire mal à vos petits yeux, à force d'écrire? La maladie de Montgobert en est cause, je lui souhaite une bonne santé, et je sens le chagrin que vous devez avoir de l'état où elle est. »

Les rhumatismes l'amenèrent à Vichy.

La vie qu'on menait alors aux eaux n'était pas aussi gaie que de nos jours. « Quand on ne boit point, écrivait M^^ de Sévigné, on s'en-

nuîe. » La grande affaire de tout le monde était donc de se soigner. Le matin on prend les eaux. « On va à six heures à la fontaine; tout le monde s'y trouve, on boit et l'on fait une fort vilaine mine ; car imaginez-vous qu'elles sont bouillantes et d'un goût de salpêtre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on entend la messe, on rend les eaux, on parle confidemment de la manière qu'on les rend, il n'est question que de cela jusqu'à midi. » Puis vient la douche, qui est une bien plus terrible affaire. « J'ai commencé aujourd'hui la douche : c'est une assez bonne répétition du purgatoire. On est dans un petit lieu sous terre, où l'on trouve un tuyau de cette eau chaude qu'une femme vous fait aller où vous voulez... On met d'abord l'alarme partout, pour mettre en mouvement tous les esprits, et puis on s'attache aux jointures qui ont été affligées ;mais quand on vient à la nuque du cou, c'est une sorte de feu et de surprise qui ne se peut comprendre. Cependant c'est là le nœud de l'affaire. Il faut tout souffrir, et l'on souffre tout, et l'on n'est point brûlée, et on se met ensuite dans un lit chaud, où l'on sue abondamment, et voilà qui guérit. » Dans l'intervalle, on se visite, on se réunit. M'"^ de Sévigné avait des relations si étendues qu'il était difficile qu'elle ne rencontrât pas à Vichy et à Bourbon des

gens de sa connaissance qu'elle eût plaisrr à voir età entretenir. Il s'y trouvait aussi, dans le nombre, quelquespersonnes ridicules, dont on s'égayait à l'occasion, ce qui aide à passer le temps. « Je n'eusse jamais cru voir à Vichy, dit M™^ de Sévigné, les chiens de visage qu'on y voit. » C'était M"^^ de Péquigny, la Sibylle Cumée, « qui cherchait à se guérir de soixanteseize ans, dont elle était fort incommodée » ; c'était une M"^^ de la Barois, « toute bredouillante d'une apoplexie » ; dont elle écrit, moitié plaisante, moitié sérieuse :

« La bonne Péquigny est survenue à la fontaine : c'est une machine étrange, elle veut faire tout comme moi. Les médecins d'ici lui disent que oui, et le mien se moque d'eux. Elle a pourtant bien de l'esprit avec ses folies et ses faiblesses ; elle a dit cinq ou six choses plaisantes. C'est la seule personne que j'ai vue, qui exerce sans contrainte la vertu de libéralité : elle a deux mille cinq cents louis, qu'elle a résolu de laisser dans le pays; elle donne, elle jette, elle habille, elle nourrit les pauvres, si on lui demande une pistole, elle en donne deux; je n'avais fait qu'imaginer ce que je vois en elle. Il est vrai qu'elle a vingtcinq mille écus de rente, et qu'à Paris elle n'en dépense pas dixmille. Voilà ce qui fonde sa magnificence; pour moi, je trouve qu'elle doit être louée d'avoir la volonté avec le pou-

voir; car ces deux choses sont quasi toujours se'parées. »

Du moins, sa fille n'y est pas oubliée.

« Vous seriez la bienvenue, ma fille, de venir me dire qu'à cinq heures du soir je ne dois pas vous écrire, c'est ma seule joie, c'est ce qui m'empêche de dormir. Si j'avais envie de faire un doux sommeil, je n'aurais qu'à prendre des cartes ; rien ne m'endort plus sûrement. Si je veux être éveillée comme on l'ordonne, je n'ai qu'à penser à vous, à vous écrire, à causer avec vous des nouvelles de Vichy : voilà le moyen de m'ôter toute sorte d'assoupissement. J'ai trouvé ce matin à la fontaine un bon capucin; il m'a humblement saluée; j'ai fait aussi la révérence de mon côté, car j'honore la livrée qu'il porte. Il a commencé à me parler de la Provence, de vous, de M. de Roquesante, de m'avoir vue à Aix, de la douleur que vous aviez eue de ma maladie. Je voudrais que vous eussiez vu ce que m'est devenu ce bon père, dès le moment qu'il m'a paru si bien instruit; je crois que vous ne l'avez jamais ni vu ni remarqué, mais c'est assez de vous savoir nommer. Le médecin que je tiens ici pour causer avec moi ne pouvait se lasser de voir comme naturellement je m'étais attachée à ce père. Je l'ai assuré que s'il allait en Provence, et qu'il vous fît dire qu'il a toujours été avec moi à Vichy, il serait pour le moins

aussi bien reçu. Il m'a paru qu'il mourait d*envie de partir pour vous aller dire des nouvelles de ma santé : hors mes mains elle est parfaite ; et je suis assurée que vous auriez quelque joie de me voir et de m'embrasser dans l'état où je suis, surtout après avoir su dans quel état j'étais auparavant. Nous verrons si vous continuerez à vous passer de ceux que vous aimez, ou si vous voudrez bien leur donner la joie de vous voir : c'est où d'Hacqueville et moi nous vous attendons. »

C'est peu après son retour à la santé, que M"^^ de Sévigné fit l'acquisition de l'hôtel où se passèrent les dernières années de sa vie.

Le 7 octobre 1677, elle annonce la bonne nouvelle :

(c Dieu merci ! nous avons l'hôtel Carnavalet. C'est une affaire admirable, nous y tiendrons tous, et nous aurons le bel air; comme on ne peut pas tout avoir, il faut se passer des parquets et des petites cheminées à la mode; mais nous aurons une belle cour, un beau jardin, un beau quartier, et de bonnes petites filles bleues qui sont fort commodes, et nous serons ensemble, et vous m'aimez, ma chère enfant : je voudrais pouvoir retrancher, de ce

trésor qui m'est si cher, toute Tinquiétude que vous avez de ma santé. »

Et, à quelques jours de là, le 20 octobre :

« Il faut un peu que je vous parle, ma fille, de notre hôtel de Carnavalet. J'y serai dans un jour ou deux : mais comme nous sommes très bien chez M. et M"^^ de Coulanges, et que nous voyons clairement qu'ils en sont fort aises, nous nous rangeons, nous nous établissons, nous meublons votre chambre; et ces jours de loisir nous ôtent tout le désordre du délogement. Nous irons coucher paisiblement, comme l'on va dans une maison où l'on demeure depuis trois mois. N'apportez point de tapisserie, nous trouverons ici ce qu'il vous faut : je me divertis extrêmement à vous donner le plaisir de n'avoir aucun chagrin, au moins en arrivant. »

Puis, c'est au cousin Bussy qu'elle en parle, lui écrivant de Livry, au début du mois de novembre :

« Je suis venue ici achever les beaux jours et dire adieu aux feuilles ; elles sont encore toutes aux arbres, elles n'ont fait que changer de couleur ; au lieu d'être vertes, elles sont aurore, et de tant de sortes d'aurore que cela compose un brocart d'or riche et magnifique, que nous voulons trouver plus beau que du vert, quand ce ne serait que pour changer. Je suis logée à l'hôtel de Carnavalet. C'est une

grande et belle maison ; je souhaite d'y être longtemps, car le déménagement m'a beaucoup fatiguée. J'y attends la belle comtesse, qui sera fort aise de savoir que vous l'aimez toujours. »

La comtesse de Grignan vint en effet, et habita l'hôtel de Carnavalet en 1677 ^^ '^79> mais peu de temps, ce qui renouvelait, à chaque départ, les chagrins de sa mère :

« Nous revoilà maintenant dans les écritures par dessus les yeux : je n'ai pas au moins sur mon cœur de n'avoir pas senti le bonheur de vous avoir ; je n'ai pas à regretter un seul moment du temps que j'ai pu être avec vous, pour ne l'avoir pas su ménager. Enfin il est passé, ce temps si cher; ma vie passait trop vite, je ne la sentais pas; je m'en plaignais tous les jours, ils ne duraient qu'un moment. Je dois à votre absence le plaisir de sentir la durée de ma vie et toute sa longueur.... J'aimerais assez à vous entretenir davantage, mais il est tard, et je vous laisse dans votre repos : je vous souhaite une très bonne nuit. Est-il possible que j'ignore ce qui est arrivé dans cette barque que j'ai vue avec tant de regret s'éloigner de moi ! Ce n'est pas aussi sans beaucoup de chagrin que je l'ignore. Mais si vous n'avez point écrit, j'ai au moins la consolation de croire que ce n'est pas votre faute, et que j'aurai demain une de vos lettres.

Voilà sur quoi tout va rouler, au lieu d'être avec vous tous les jours et tous les soirs. » De Livry encore, cette autre lettre :

«Je pense toujours à vous; et comme j'ai peu de distractions, je me trouve bien des pensées. Je suis seule ici; Corbinelli est à Paris : mes matinées sont solitaires. Il me semble toujours, ma fille, que je ne saurais continuer de vivre sans vous : je me trouve peu avancée dans cette carrière, et c'est pour moi un si grand mal de ne vous avoir plus, que j'en tire cette conséquence, qu'il n'y a rien de tel que le bien présent, et qu'il est fort dangereux de s'accoutumer à une bonne et uniquement bonne compagnie : la séparation en est étrange ; je le sens, ma très chère, plus que vous n'avez le loisir de le sentir. Je suis déjà trop vivement touchée du désir extrême de vous revoir, et de la tristesse d'une année d'absence; cette vue en gros ne me paraît pas supportable. Je suis tous les matins dans ce jardin que vous connaissez; je vous cherche partout et tous les endroits où je vous ai vue me font mal ; vous voyez bien que les moindres choses de ce qui a rapport à vous ont fait impression dans mon pauvre cerveau. Je ne vous entretiendrai pas de ces sortes de faiblesse, dont je suis bien assurée que vous vous moquez, sans doute la lettre d'aujourd'hui est un peu sur la pointe des vents : je ne ré-

ponds à rien, et je ne sais point de nouvelles. Vous êtes à Lyon aujourd'hui, vous serez à Grignan quand vous recevrez ceci. J'attends le récit de la suite de votre voyage depuis Auxerre. J'y trouve des réveils à minuit, qui me font autant de mal qu'à M''^^ de Grignan; et à quoi bon cette violence puisqu'on ne partait qu'à trois heures ? C'était de quoi dormir la grasse matinée. Je trouve qu'on dort mal par cette voiture; et quoique je fusse prête à vous entretenir de tout cela, il me semble que, recevant cette lettre à Grignan, vous ne comprendriez plus ce que je voudrais vous dire en parlant de ce bateau; c'est ce qui fait que je vous parle de moi et de vous, ma chère enfant. »

M'"^ de Grignan revint faire un long séjour à Paris auprès de sa mère, en 1680. «

C'est quatre ans après que, définitivement dégoûté de la carrière militaire, Charles de Sévigné se maria en Bretagne, le 8 février 1684. Il avait bien causé quelque chagrin à sa mère, qui écrivait de lui, quatre ans auparavant :

« Je fus hier au Buron, j'en revins le soir ; je pensai pleurer en voyant la dégradation de cette terre : il y avait les plus vieux bois du

monde ; mon fils, dans son dernier voyage, y a fait donner les derniers coups de cognée. Il a encore voulu vendre un petit bouquet qui faisait une assez grande beauté ; tout cela est pitoyable : il en a rapporté quatre cents pistoles dont il n'eut pas un sou un mois après. Il est impossible de savoir ce qu'il fait, et ce que son voyage de Bretagne lui a coûté, quoiqu'il eût renvoyé ses laquais et son cocher à Paris, et qu'il n'eût que le seul Larmechin dans cette ville, où il fut deux mois. Il trouve l'invention de dépenser sans paraître, de perdre sans jouer, et de payer sans s'acquitter; toujours une soif et un besoin d'argent, en paix comme en guerre ; c'est un abîme de je ne sais pas quoi, car il n'a aucune fantaisie; mais sa main est un creuset où l'argent se fond. Ma fille, il faut que vous essuyiez tout ceci. Toutes ces dryades affligées que je vis hier, tous ces vieux sylvains qui ne savent plus où se retirer, tous ces anciens corbeaux établis depuis deux cents ans dans l'horreur de ces bois, ces chouettes qui, dans cette obscurité, annonçaient, par leurs funestes cris, les malheurs de tous les hommes, tout cela me fit hier des plaintes qui me touchèrent sensiblement le cœur : et que sait-on même si plusieurs de ces vieux chênes n'ont point parlé, comme celui où était Glorinde? Ce lieu était un luogo d'incanto^ s'il en fut jamais :

j'en revins* donc toute triste ; le souper que me donna le premier président et sa femme ne fut point capable de me réjouir. »

C'est pendant l'une des dernières visites que M"^^ de Sévigné ait faites aux Rochers, qu'elle décrit la vie un peu sévère qu'on y menait :

« On se lève à huit heures ; très souvent je vais, jusqu'à neuf heures, que la messe sonne, prendre la fraîcheur de ces bois ; après la messe, on s'habille, on se dit bonjour, on retourne cueillir des fleurs d'orange, on dîne; jusqu'à cinq heures, on travaille ou on lit : depuis que nous n'avons plus mon fils, je lis pour épargner la petite poitrine de sa femme. A cinq heures, je la quitte, je m'en vais dans ces aimables allées; j'ai un laquais qui me suit; j'ai des livres, je change de place, et je varie les tours de mes promenades; un livre de dévotion, ou une autre histoire, on change, cela fait du divertissement; un peu rêver à Dieu, à sa providence, posséder son âme, songer à l'avenir; enfin, sur les huit heures, j'entends une cloche, c'est le souper.... Ma chère enfant, il n*y a que vous que je préfère au triste et tranquille repos dont je jouis ici. »

Il convient de dire un mot au moins de la tendresse de M"^* de Sévigné comme aïeule :

Elle aimait surtout Marie-Blanche, cette aînée des Grignan, dont elle avait soigné la première enfance, et dont elle écrivait :

« Votre petite devient aimable, on s'y attache. Elle sera dans quinze jours une pataude blanche comme de la neige, qui ne cessera de rire. Voilà, ma bonne, de terribles détails. Vous ne me reconnaissez plus; me voilà une vraie commère ; je m'en vais régenter dans mon quartier. »

Elle ne voulait pas se séparer de « ses petites entrailles », et désirait emmener l'enfant aux Rochers. Mais une amie, M'"^ du Puy-du- Fou, l'en dissuada.

« Elle dit que c'est la hasarder, et là-dessus je rends les armes : je ne voudrais pas mettre en péril sa petite personne ; je l'aime tout à fait. Je lui ai fait couper les cheveux, elle est coiffée hurlubrelu : cette coiffure est faite pour elle. Son teint, sa gorge, tout son petit corps est admirable. Elle fait cent petites choses ; elle parle, elle caresse, elle bat, elle fait le signe de la croix, elle demande pardon, elle fait la révérence, elle baise la main, elle hausse

les épaules, elle danse, elle flatte, elle prend le menton ; enfin elle est jolie de tout point. Je m'y amuse des heures entières. Je ne veux point que cela meure. Je vous le disais l'autre jour, je ne sais point comment on fait pour ne point aimer sa fille. »

Pauline, la seconde fille de M"^^ de Grignan, ne fut d'abord pas connue de la grand'mère, qui se défendait de l'aimer déjà, sans la connaître :

— Il me semble que je l'aime, écrivait-elle à sa fille, et que vous ne l'aimez pas assez.

Elle ne cesse de le répéter à sa fille.

— Aimez, aimez Pauline.

Hélas ! M"^^ de Grignan méritait ce reproche :

— Vous ne comprenez point encore trop bien l'amour maternel ; tant mieux, ma fille, il est trop violent !

Elle le comprit du moins pour son fils, cet enfant de prédilection, dont la mort prématurée lui coûta la vie. Pour le moment, la grand'mère partage vite les prédilections delà mère du jeune marquis :

Elle fait son éducation de courtisan :

« Ce petit fripon, après nous avoir mandé qu'il n'arriverait qu'hier mardi, arriva comme un petit étourdi avant-hier, à sept heures du soir, que je n'étais pas revenue de la ville. Son oncle le reçut, et fut ravi de le voir; et

moi, quand je revins, je le trouvai tout gai, tout joli, qui m^embrassa cinq ou six fois de très bonne grâce; il me voulait baiser les mains, je voulais baiser ses joues, cela faisait une contestation ; je pris enfin possession de sa tête , je le baisai à ma fantaisie . Nous causâmes le soir avec ce petit compère ; il adore votre portrait, il voudrait bien voir sa chère maman : mais la qualité de guerrier est si sévère, qu'on n'oserait rien proposer. Je voudrais que vous l'eussiez entendu conter négligemment sa contusion, et la vérité du peu de cas qu'il en fit, et du peu d'émotion qu'il en eut, lorsque dans la tranchée tout était en peine. Au reste, ma chère enfant, s'il avait retenu vos leçons, et qu'il se fût tenu droit, il était mort; mais suivant sa bonne coutume, étant assis sur la banquette, il était penché sur le comte de Guiche, avec qui il causait. Vous n'eussiez jamais cru, ma fille, qu'il eût été si bon d'être un peu de travers. Nous causons avec lui sans cesse, nous sommes ravis de le voir, et nous soupirons que vous n'ayez point le même plaisir. M. et M°^^ de Goulanges vinrent le voir le lendemain matin, il leur a rendu leur visite ; il a été chez M. de Lamoignon : il cause, il répond ; enfin, c'est un autre garçon. Je lui ai un peu conté comment il faut parler des cordons bleus: comme il n'est question d'autre chose, il est bon de sa-

voir ce qu'on doit dire, pour ne pas aller donner à travers des de'cisions naturelles qui sont sur le bord de la langue : il a fort bien entendu tout cela. Je lui ai dit que M. de Lamoignon, accoutume' au caquet du petit Broglio, ne s'accommoderait pas d'un silencieux; il a fort bien causé. »

Sachant quel plaisirelle fait par là à sa fille, Taïeule revient sans cesse sur le fait du petit marquis, dont, à vrai dire, elle aussi raffole:

« Sa taille ne sera pas comme celle de son père, il n'y faut pas penser ; du reste, il est fort joli, re'pondant bien à tout ce qu'on lui demande, et comme un homme de bon sens, et comme ayant regardé et voulu s'instruire dans sa campagne. Il y a dans tous ses discours une modestie et une vérité qui nous charment. M. du Plessis est fort digne de l'estime que vous avez pour lui. Nous mangeons tous ensemble fort joliment, nous réjouissant des entreprises injustes que nous nous faisons quelquefois les uns sur les autres. Soyez en repos sur cela, n'y pensez plus, et laissez-moi la honte de trouver qu^im roitelet sur moi soit lin pesant fardeau. J'en suis affligée; mais il faut céder à la grande justice de payer ses dettes, et vous comprenez cela mieux que personne; vous êtes même assez bonne pour croire que je ne suis pas naturellement avare, et que je n'ai pas dessein de rien amasser.

Quand vous êtes ici, ma chère bonne, vous parlez si bien à votre fils, que je n'ai qu'à vous admirer; mais, en votre absence, je me mêle de lui apprendrelesmanègesdes conversations ordinaires, qu'il est important de savoir; il y a des choses qu'il ne faut pas ignorer. 11 serait ridicule de paraître étonné de certaines nouvelles sur quoi l'on raisonne; je suis assez instruite de ces bagatelles. Je lui prêche fort aussi l'attention à ce que les autres disent, et la présence d'esprit pour l'entendre vite et y répondre ; cela est tout à fait capital dans le monde. Je lui parle des prodiges de présence d'esprit que Dangeau nous contait Tautre jour: il les admire, et je pèse sur l'agrément et sur l'utilité même de cette sorte de vivacité. Enfin, je ne suis point désapprouvée par M. le chevalier. Nous parlons ensemble de la lecture, et du malheur extrême d'être livré à l'ennui et à l'oisiveté; nous disons que c'est la paresse d'esprit qui ôte le goût des bons livres, et même des romans : comme ce chapitre tient au cœur, il recommence souvent. Le petit d'Auvergne est amoureux de la lecture ; il n'avait pas un moment de repos à l'armée, qu'il n'eût un livre à la main ; et Dieu sait si M. du Plessis et nous, faisons valoir cette passion si noble et si belle ! Nous voulons être persuadés que le marquis en sera susceptible. »

C'est au château de Grignan, le i3 avril 1696, que s'en vint mourir l'aimable et bonne marquise.

On était au mardi saint, quand arriva la fin de cette femme si bien douée, et dont sa fille comme son gendre ont pleuré la mort dans les deux lettres qu'on va lire et qui donnent tous les détails qu'on a sur cette perte, si cruelle pour tant de cœurs et si sensible pour les lettres françaises.

C'est le 28 avril 1696, que M"™® de Grignan écrivait au président de Moulceau :

« Au président de Moulceau, 28 avril 1696.

« Votre politesse ne doit point craindre, Monsieur, de renouveler ma douleur, en me parlant de la douloureuse perte que j'ai faite. C'est un objet que mon esprit ne perd pas de vue, et qu'il trouve si vivement gravé dans mon cœur, que rien ne peut l'augmenter ni le diminuer. Je suis très persuadée. Monsieur, que vous ne sauriez avoir appris le malheur épouvantable qui m'est arrivé, sans répandre des larmes ; la bonté de votre cœur m'en répond. Vous perdez une amie d'un mérite et d'une fidélité incomparables; rien n'est plus digne de vos regrets : et moi, monsieur, que

ne perdai-je point ! quelles perfections ne réunissait-elle point, pour être à mon égard, par différents caractères, plus chère et plus précieuse! Une perte si complète et si irréparable ne porte pas à chercher de consolation ailleurs que dans l'amertume des larmes et des gémissements. Je n*ai point la force de lever les yeux assez haut pour trouver le lieu d'où doit venir le secours ; je ne puis encore tourner mes regards qu'autour de moi, et je n'y vois plus cette personne qui m'a comblée de biens, qui n'a eu d'attention qu'à me donner tous les jours de nouvelles marques de son tendre attachement, avec l'agrément de la société. Il est bien vrai, Monsieur, il faut une force plus qu'humaine pour soutenir une si cruelle séparation et tant de privation. J'étais bien loin d'y être préparée: la parfaite santé dont je la voyais jouir, un an de maladie qui m'a mise cent fois en péril, m'avaient ôté l'idée que l'ordre de la nature pût avoir lieu à mon égard. Je me flattais, je me flattais de ne jamais souffrir un si grand mal ; je le souffre, et le sens dans toute sa rigueur. Je mérite votre pitié. Monsieur, et quelque part dans l'honneur de votre amitié, si on la mérite par une sincère estime et beaucoup de vénération pour votre vertu. Je n'ai point changé de sentiment pour vous depuis que je vous connais, et je crois vous avoir dit plus d'une

fois qu'on ne peut vous honorer plus que je fais. « Comtesse de Grignan. »

De son côté, M. de Grignan écrivit au même président de Moulceau, à la date du 23 mai :

(( Vous comprenez mieux que personne, Monsieur, la grandeur de la perte que nous venons de faire, et ma juste douleur. Le mérite distingué de M"* de Sévigné vous était parfaitement connu. Ce n'est pas seulement une belle-mère que je regrette, ce nom n'a pas accoutumé d'imposer toujours; c'est une amie aimable et solide, une société délicieuse. Mais ce qui est encore bien plus digne de notre admiration que de nos regrets, c'est une femme forte dont il est question, qui a envisagé la mort, dont elle n'a point douté dès les premiers jours desamaladie, avec une fermeté et une soumission étonnantes. Cette personne, si tendre et si faible pour tout ce qu'elle aimait, n'a trouvé que du courage et de la religion quand elle a cru ne devoir songer qu'à elle, et nous avons dû remarquer de quelle utilité et de quelle importance il est de se remplir l'esprit de bonnes choses et de saintes lectures, pour lesquelles M"^^de Sévigné avait un goût, pour ne pas dire une avidité surprenante, par l'usage qu'elle a su faire de ces bonnes provisions dans les derniers moments de sa vie. Je vous conte tous ces détails, Mon-

sieur, parce qu'ils conviennentàvossentiments età ramitie'que vous aviez pour celle que nous pleurons ; et je vous avoue que j'en ai l'esprit si rempli, que ce m'est un soulagement de trouver un homme aussi propre que vous à les e'couter, et à les aimer. J'espère, Monsieur, que le souvenir d'une amie qui vous estimait infiniment contribuera à me conserver dans l'amitié dont vous m'honorez depuis longtemps ; je l'estime et la souhaite trop pour ne pas la mériter un peu.

« J'ai l'honneur, etc. « Grignan. »

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