‹ Madame de Sévigné en BretagneChapitre 8 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bien que mademoiselle de Biais, sa parent*' et sa dame de compagnie, paraisse n'avoir jamais accompagné la marquise aux Rochers, celle-ci n'habitait pas seule avec ses domestiques. Plusieurs personnes de sa famille l'entourèrent longuement.

Nous ne parlons pas de sa fille : sans doute, pendant nombre d'années, antérieures à la correspondance qui nous a été conservée, Françoise de Sévigné accompagna sa mère en Bretagne, où nous retrouvons plus tard les souvenirs qu'avait laissés à tous sa beauté de jeunr fille, et où elle avait été pensionnaire chez les Visitandines de Nantes : « J'admire commr j'eus le courage de vous mettre en prison; la pensée de vous y voir souvent et de vous eu retirer me fit résoudre à cette barbarie, qui

était trouvée, alors, une bonne conduite, et une chose nécessaire à votre éducation. » — « Je trouvai, l'autre jour, une lettre de vous, où vous m'appelez : ma bonne maman. Vous aviez dix ans ; vous étiez à Sainte-Marie, et vous me contiez la culbute de madame Amelot qui, de la salle, se trouva dans une cave. » Mais, après son mariage, la gouvernante de Provence ne revit plus les deux témoins de sa jeunesse. « Vous, ma chère fille, qui êtes née et élevée dans ce pays-là, vous que j'ai toujours aimée et souhaité d'avoir près de moi, voyez quel orage vous jette au bout du monde. »

Au contraire, nous voyons souvent, auprès de sa mère, le marquis Charles de Sévigné, ce fils moins bruyamment aimé que sa sœur, mais aussi tendrement : « Il faut l'avouer, j'ai une belle passion pour Madelone ; je ne dis rien de mon fils, cependant je l'aime extrêmement, et ses intérêts me font bien autant courir que ceux de ma fille. »

Ce jeune gentilhomme, répondant à l'appel du Saint-Siège, avait débuté, en 1668, dans l'expédition de La Feuillade pour appuyer les Vénitiens contre les Turcs et délivrer Candie. Il prit ensuite pendant quinze ans, en qualité de guidon, puis de lieutenant des gendarmes- Dauphin, une part glorieuse aux campagnes qui ont illustré le règne de Louis XIV. Il n'imita pas son père dans la fureur de verser son sang

pour des querelles particulières, et ne répondit pas au bizarre cartel que lui adressa un jour, après un conflit de préséance, le bouillant évêque de Nantes, Louis de Beauvau : « Le 27 du mois de juin dernier, M. de Nantes m'appela en duel, bien régulièrement, et dans toutes les formes prescrites... Il s'est vanté hautement de cette aventure à toute la noblesse. » Mais sa valeur se signala sur tous les champs de bataille des Flandres et du Rhin. Sa mère écrit, après la journée de Sénef, en 1674 : « Mon fils a été blessé légèrement à la tête : c'est un miracle qu'il en soit revenu, aussi bien que les quatre escadrons de la Maison du roi, qui étaient postés huit heures durant à la portée du feu des ennemis, sans autre mouvement que celui de se presser à mesure qu'il y avait des gens tués. J'ai ouï dire que c'est une souffrance terrible que d'être ainsi exposé. » Deux ans après, nouveau fait d'armes : « Le baron de Sévigné se porte très bien. Le chevalier de Nogent, qui est venu apporter la nouvelle de la prise d'Aire, dit que le baron a été partout où il faisait chaud, il l'a nommé au roi comme un de ceux qui font paraître beaucoup de bonne volonté. » Il fut aussi blessé, au siège de Valenciennes, par un boulet qui emporta le talon de sa botte. Voici enfin un glorieux témoignage donné après le combat du 14 août 1678, devant la ville de Mons : « Mon fils ne mourra jamais,

puisqu'il n'a pas été tué dix ou douze fois auprès de Mons. La paix étant faite et signée le 9 août, les principaux officiers des deux partis prirent dans une conférence un air de paix. Mon fils était à cette entrevue romanesque. Le marquis de Grana demanda, à M. de Luxembourg, qui était un escadron qui avait soutenu deux heures durant le feu de neuf de ses canons, qui tiraient sans cesse pour se rendre maître de la batterie que mon fils soutenait. M. de Luxembourg lui dit que c'étaient les gendarmes-Dauphin, et que M. de Sévigné, qu'il lui montra là-présent, était à leur tête. Vous comprenez tout ce qui lui fut dit d'agréable, et combien, en pareille rencontre, on se trouve payé de sa patience. Il est vrai qu'elle fut grande ; il eut quarante de ses gendarmes tués derrière lui. Je ne comprends pas comment on peut revenir de ces occasions si chaudes et si longues, où l'on n'a qu'une immutabilité qui nous fait voir la mort mille fois plus horrible que quand on est dans l'action et qu'on s'occupe à battre et à se défendre. »

Ce héros, dont une mère pouvait se montrer fière à bon droit, multiplia aussi de moins glorieux exploits. Sa mère tolérait ses confidences galantes « et ses vilaines confessions, pour avoir le droit de lui dire en passant un petit mot de Dieu. » — « Il entre avec douceur et approbation dans tout ce qu'on lui dit, mais

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vous connaissez la faiblesse humaine. Ainsi je mets tout entre les mains de la Providence, el me réserve seulement la consolation de n'avoir rien à me reprocher sur son sujet. »

La célèbre Ninon de Lenclos, « si dangereuse », et dont on sait « le zèle pour perverti r les jeunes gens », a dit de lui « qu'il était une âme de bouillie, un corps de papier mouillé. une vraie citrouille fricassée dins la neige. » On en jugerait tout autrement, avoir la longue liste de ses conquêtes, depuis la Charapmeslé jusqu'à cette belle qu'un prélat lui disputa non sans succès : « Elle n'a pu s'accommoder de ce que je ne parlais pas en public, et que je ne donnais pas la bénédiction au peuple. Je suis trop bon catholique pour vouloir rien dispute:* à l'Église. C'est depuis longtemps qu'il est réglé que le clergé a le pas sur la noblesse. »

Sa dernière amie fut sa parente, une duchesse, qui lui laissa, paraît-il, des souvenirs assez désagréables. Il écrit : « J'ai confondu d'une manière bien cruelle les mauvais bruits qui couraient de moi. Qui croirait qu'une personne qu'on voit assise chez la reine traiterai! son homme comme elle m'a traité ? » A quoi sa mère ajoute : « en parlant de quelque argen: qu'il a gagné avec la cousine, il me dit : Plût à Dieu que je n'y eusse gagné que cela ! Que diantre veut-il me dire? il me promet mille confidences. » — « Mon fils a trouvé sous le

dais des sortes de malheurs qui doivent bien guérir des vanités humaines. » — « Vraiment il aurait mieux valu être fricassé dans la neige que dans une sauce de si haut goût, et songez que la personne aimée, c'est-à-dire haïe, n'en est pas plus émue ni plus embarrassée que si l'on se plaignait d'un rhume de cerveau. Vous m'allez dire : Mais, ma mère, ne se doute-t-on point du mal qu'il a ? — Ah ! oui, ma fille assurément. Cela n'est point difficile avoir. Et ce qui est plaisant, c'est que le dais lui ôte la honte qu'il trouverait insoutenable, si ce malheur lui était arrivé sur le rempart, comme si les douleurs en étaient moins sensibles, le mal moins fâcheux, et l'offense moins grande envers le Seigneur ; c'est bien là qu'il faut dire : Vopinione regina ciel monclo. »

Une vie aussi galante fit tort non seulement a la santé, mais encore à la bourse. « Les lettres de change vont leur train. » — « Il a rapporté du Buron 400 pistoles, dont il n'eut pas un sou un mois après... Il trouve le moyen de dépenser sans paraître, de perdre sans jouer, et de payer sans s'acquitter; toujours une soif et un besoin d'argent, en paix comme en guerre : c'est un abîme. »

Madame de Sévigné est, on le conçoit, toute heureuse d'enlever aux séductions de Paris ou à la licence des camps « cette fragile créature ». — « Je m'en vais en Bretagne... J'emmène

votre frère... Ses maîtresses ne seront pas inconsolables. Pour moi, je m'en accommoderai fort bien. » Encore arrive-t-il que le voyageur s'égare quelquefois en route : « Où est mon fils? Il y a longtemps qu'il est parti de L'armée : il n'est point à Paris; où pourrait-il être?... Comme je venais de me promener avant-hier, je trouvai, au bout du mail, le frater, qui se mit à deux genoux aussi tût qu'il m'aperçut. J'avais bien résolu de le gronder, et je ne sus jamais où trouver de la colère, je fus fort aise de le voir. Vous savez comme il est divertissant ; il m'embrassa mille fois ; il me donna les plus méchantes raisons du monde, que je pris pour bonnes. » A quoi le jeune marquis, mis en bellr humeur par tant d'indulgence, ajoute gaiement : « Que veut-on dire de cet honnête garçon ? On ne me trouve pas bon à jeter aux chiens parce que je suis quinze jours à faire cent cinquante lieues de pays ! On gronde contre moi parce qu'on ne jouit point des charmes de ma présence ! Voilà ce que c'est que d'être trop charmant. Ah ! mon père, pourquoi me fites-vous si beau ! »

Aux Rochers, M. de Sévigné partage la vie de sa mère. Il ne la quitte que rarement pour aller visiter les amis de la famille, à Rennes, « où il dépense 400 francs en trois jours. » Il lui tient d'ordinaire fidèle et agréable compagnie. « Mon fils a de l'esprit : il est divertis-

sant. » — « Il est le roi des bagatelles. » — « Il est aimé de tout le monde presque autant que de moi. » — « Il faut donner à mon fils une louange : c'est que, quand il est ici, il y fait assez bien son petit personnage ; il plaît, on le trouve de bonne compagnie. » — « Il songe fort à m'amuser et à me divertir. »

Cette bonne bumeur et cette simplicité gracieuse sont accompagnées de qualités plus solides. Sa sensibilité filiale est profonde : « Mon fils est tristement aux Rocbers. Il dit que le premier soir, quand il se trouva tout seul dans mon appartement avec les clefs de mes cabinets qu'on lui donna, il fut saisi d'une pensée si funeste, et cela ressemblait tellement à une chose qui arrivera quelque jour, qu'il se mit à pleurer comme quand le bon abbé recevait Notre-Seigneur. » Plus ard, nous le verrons, fils tendre et dévoué, soigner jour et nuit sa mère, qui fit aux Rochers une longue maladie. Aussi écritelle de lui : « Votre frère me tient au cœur ; nous sommes très bien ensemble ; il m'aime et ne songe qu'à me plaire... J'aurais grand tort si je me plaignais de vous deux. Vous êtes en vérité trop jolis, chacun en votre espèce. »

Plusieurs fois, il est question de l'établir. Dès 1675, sa mère écrit : « Je voudrais bien le marier. » Ses vues, pour cette union, se tournent d'abord vers la Bretagne. En 1676, on fait à Rennes de premières démarches : « Nous

avions dans la tête un fort joli mariage; mais il n'est pas cuit, la belle n'a que quinze ans, et l'on veut qu'elle en ait davantage pour penser à la marier :

Cela n'aura vingt ans que dans six ans d'ici.

« 11 fait ici un temps enragé depuis trois jours : les arbres pieu valent dans le parc et les ardoises dans le jardin. Toutes nos pensées de mariage ont été, je crois, emportées par ce grand vent : un père nous a dit que sa fille n'avait que quinze ans et qu'il ne voulait la marier qu'à vingt ; un autre, qu'il voulait de la robe : au moins nous n'avons pas à nous reprocher que rien n'échappe à nos attentions. » L'année suivante, madame de Grignan propose un autre parti. Son frère écrit de Paris : « J'ai vu deux fois la jolie infante chez elle : elle est fort jolie, fort gaie ; je crois que je la divertis. J'ai le bonheur de faire rire la grand'mère, qui m'a dit à moi-même qu'elle me trouvait joli garçon ; nous nous entendons môme quelquefois, la petite fille et moi, et là-dessus nous nous regardons de côté. Cette affaire est entre les mains de la Providence. » Il s'agissait « d'une petite intendante », c'est-à-dire de la fille de M. Rouillé, intendant de Provence. « Enfin, ma fille, nous vous recommandons cette affaire ; et surtout un oui ou un non, afin que

nous ne perdions pas un grand temps à une vision inutile. » En 1679, M. de Sévigné remarque une jolie Bretonne. « Il avait envie d'être amoureux d'une mademoiselle de la Coste : il faisait tout ce qu'il pouvait pour la trouver un bon parti, mais il n'a pu. Cette affaire a une côte rompue. » D'ailleurs la constance n'était point son fait : sa mère écrit l'année suivante : « Comment voulez-vous que je le marie! Tout cela va comme il plaît à la Providence. Je vois si trouble dans la destinée de votre frère que je n'en puis parler : je ne vois pas les petitsenfants qui me viendront de ce côté. » Revenu en Bretagne, M. de Sévigné s'occupe d'autres objets. « Il est à Rennes... Il a voulu faire cette équipée pour mademoiselle de Tonquedec. Il sera bien embarrassé, car mademoiselle de la Coste n'en jette pas sa part aux chiens : le voilà donc entre l'orge et l'avoine, mais la plus mauvaise avoine qu'il pût jamais trouver. »

M. de Sévigné désira ensuite épouser mademoiselle de Garaud, dont la marquise écrivit plus tard : « Vous avez mis au rang de vos malheurs de ne l'avoir point épousée. Une fille de qualité, bien faite, avec cent mille écus... Le marquis d'Alègre n'a pas été si difficile, la voilà bien établie... C'est une sainte, c'est l'exemple de toutes les femmes... Mais attendons la fin... toutes ces belles dispositions de sa jeunesse s'étaient heureusement tournées du côté de

Dieu : c'était son amant... Sa tète n'a pu soutenir l'excès du zèle... elle a voulu profiter des bonnes lectures de la vie des saints Pères du désert et des saints pénitentes... Elle partit, il y a quinze jours, de chez elle à quatre heures du matin, avec 5 ou 6 pistoles et un petit laquais ; elle trouva dans le faubourg une chaise roulante, elle monte dedans et s'en va à Rouen toute seule, assez déchirée, assez barbouillée... Elle arrive à Rouen ; elle fait son marché de s'embarquer dans un vaisseau qui va aux Indes ; c'est là où Dieu l'appelle, c'est où elle veut faire pénitence, c'est là où elle a vu, sur la carte, les endroits qui l'invitent à finir sa vie sous le sac et sur la cendre ; c'est là où l'abbé Zozime la viendra communier quand elle mourra... elle a saintement oublié son mari, sa fille, son père et toute sa famille... Cependant on s'aperçoit dans sa maison qu'elle ne revient point dîner ; on va aux églises voisines, elle n'y est pas ; on croit qu'elle viendra le soir ; point de nouvelles... un jour, deux, ou trois, six jours... on la retrouve... sur le point de s'en aller au bout du monde... On ne peut jamais se repentir de n'avoir pas épousé une folle. »

M. de Sévigné ne se maria qu'en 1683, après avoir vendu au marquis de Verdronne sa charge dans les gendarmes-Dauphin. « Je suis dans un commerce fort vif avec mon fils, qui est en Bretagne sur le point d'épouser une fille de

bonne maison, dont le père est conseiller au Parlement et riche de plus de 600,00 livres de rente. Il donne 200,000 fr. à sa fille. » La fiancée se nomme mademoiselle de Bréhant de Mauron. « C'est un des plus beaux noms de la province. » Elle est dotée en partie par son oncle M. du Halgoët. La bénédiction nuptiale fut donnée le 8 février.

A partir de cette époque, M. de Sévigné partage paisiblement aux Rochers la vie de la famille. Dans les égarements de sa jeunesse, il n'avait jamais perdu la foi : « Point de pàques, point de jubilé : je n'ai rien trouvé de bon en lui que la crainte de faire un sacrilège : c'était mon soin aussi que de lui en donner de l'horreur. » Marié et mûri, il s'adonna à la dévotion : « Cette nuit de Noël... avec une extrême tranquillité, nous étions ici dans notre chapelle. Votre frère est tout à fait tourné du côté de la dévotion : il est savant, il lit sans cesse des livres saints... Viendra un jour où l'on sera bien heureux de s'être nourri dans ces sortes dépensées chrétiennes... »

Dès que son fils est marié, madame de Sévigné abandonne à la jeune marquise le sceptre de la maison. « Il n'y a pas moyen de sentir qu'il y ait une autre maîtresse que moi dans cette maison. Quoique je ne m'inquiète de rien, je me vois servie par de petits ordres invisibles. » — « Je suis bien heureuse, j'aime les

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Rochers, et ceux qui en sont les maîtres. » La nouvelle maîtresse que le mariage donne à cet intérieur si bien réglé est une douce et délicate personne : « Ma belle fille... est tout accablée de vapeurs, elle change cent fois le jour de visage, sans en trouver un bon ; elle est d'une extrême délicatesse, elle ne se promène quasi pas ; elle a toujours froid ; à neuf heures du soir, elle est tout éteinte, les jours sont trop louas pour elle. » — « Gouvernez-la bien, divertissez-la, amusez-la, enfin mettez-la dans du coton, et nous conservez cette chère et précieuse personne. » — « Je suis sensiblement touchée de son extrême délicatesse, et j'entre si tendrement dans toutes vos pensées que j'en ai le cœur serré et les larmes aux yeux. » Sa belle-mère l'observe avec bienveillance : « Elle a de très bonnes qualités, du moins je le crois ; mais, dans ce commencement, je ne me trouve disposée à la louer que par les négatives : elle n'est point cela. Elle vous fait mille jolis compliments, elle souhaite d'être aimée de nous, mais sans empressement ; elle n'est donc point empressée : je n'ai que ce ton jusqu'ici. Elle ne parle point breton, elle n'a point l'accent de Rennes. » — « Mon fils revient aujourd'hui... En son absence, j'ai causé avec sa femme, je l'ai trouvée toute pleine de raison, entrant dans toutes nos affaires du temps passé, comme personne, et

mieux que toute la Bretagne ; c'est beaucoup que de n'avoir pas l'esprit fichu ni de travers, et de voir les choses comme elles sont. » Sa belle-mère la dit, à plusieurs reprises, « fort jolie... avec ses cheveux noirs. » Cependant madame de la Troche écrit : « Les coiffures à la babiche ne la coiffent pas bien ; elle disait l'autre jour à madame Bouchu : Mais, quoique cette coiffe soit fort jeune, jenem'y puis coiffer ; madame la duchesse d'Humières, qui est de mon âge, s'y coiffe. L'autre lui répondit tout naturellement : Mais elle est belle ! » Toujours est-il que le ménage était fort uni : « Mon fils s'en est retourné avec une tendresse infinie pour sa femme, dont il est aimé de la même façon, ce qui fait en tout l'homme du monde le plus heureux. » L'âme de la jeune marquise est pieuse et contemplative. « C'est en vérité une vraie sainte que madame votre belle-sœur, plus aisée à admirer qu'à imiter. Bien des prières, bien des lectures, et une société de personnes qui sont toutes occupées de l'éternité... en vérité, ce n'est pas eux qui ont tort. » Sa piété est d'ailleurs gracieuse et aimable : « Le lendemain du jour que je vous eus écrit, je vis revenir ma belle-fille à l'heure que j'y pensais le moins : elle quitta Rennes , malgré tout le monde et tous les plaisirs qui y sont, pour venir, dit-elle, auprès de moi, préférant ce plaisir-làà tous les amusements des États. Cela

me surprit el m'aurait inquiétée, si je nevoyais clairement que c'est d'aussi bon cœur que de bonne grâce qu'elle afait cette expédition. » Et un peu plus tard: « Mon fils esl toujours à Rennes; sa femme a des soins infinis de me divertir. »

En 1GS9, le marquis de Sévigné brigua inutilement l'honneur de faire partie de la députation bretonne auprès du roi ; mais il arriva cependant aux dignités de la province. En 1G93, il fut nommé lieutenant du roi à Nantes. Cette charge lui coûte 00,000 écus ; elle rapportait 12,000 francs. Lorsque le marquis mourut, sans transmettre à aucun descendant le nom que sa mère afait si grand, son neveu, M. de Simiane, hérita de la charge et la vendit 210,000 francs.

Le commensal le plus fidèle de madame de Sévigné est, après ses enfants, leur grand-oncle et tuteur, l'abbé de Coulanges, commandataire de la jolie abbaye de Livry, si attaché aux Rochers, qu'elle l'appelle « le Bien-Breton ». Son portrait, qui orne encore le salon du château, respire cette bonté gracieuse qui paraît avoir été le fond de son caractère : « Le Bien- Bon est toujours le Bien-Bon : ce sont des armes parlantes : les obligations que je lui ai sont innombrables. » — « Notre abbé se fait adorer. » Dès 1671, nous le voyons assurer à sa nièce toute sa fortune, « pas moins de

80,000 fr. » Et lors du mariage du marquis Charles de Sévigné, « comme un bon père qui a consommé toutes ses œuvres », il lui fait abandon d'une créance considérable, en compensant madame de Grignan par un autre présent.

Ce commensal était un fidèle ami, que l'on couvrait » de bouquets, à l'honneur de sa fête, » et pour qui l'on se mettait en frais de vers, quelquefois assez légers, tels que ceux-ci, récités par une belle-fille de madame de Grignan :

Cher abbé, je n'ai qu'une fleur Et la veux garder pour une autre fête !

L'abbé de Coulanges est , aux Rochers , l'homme entendu, essentiel, ordonné. « L'abbé est ravi de vous voir appliquée à vos affaires ; il vous trouve digne de tous ses soins dès le moment que vous songez à mettre la règle dans votre maison. » — « Le bon abbé vous loue fort du soin que vous avez de payer vos arrérages : c'est tout, c'est la loi et les prophètes. » — « Le Bien-Bon vous aime et vous conjure d'être toujours... comptante, calculante et supputante. » — « Quand l'arithmétique est offensée et que la règle de deux et deux font quatre est blessée en quelque chose, le bon abbé est hors de lui, c'est son humeur, il faut le prendre sur ce pied-là. »

Cet homme d'ordre, si occupé des « beaux

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yeux de la Cassette », prisait cependant une fantaisie onéreuse : la truelle. « Le goût qu'il a pour bâtir et pour ajuster va au delà de sa prudence. Il est vrai qu'il en coûte peu, mais ce serait encore moins si l'on se tenait en repos. » — « Le bon abbé fait bâtir sans oser élever son bâtiment, pour des raisons solides, mais, enfin, il a de toutes sortes d'ouvriers. »

L'abbé de Coulanges ne manquait pas de piété : « 11 prie Dieu sans cesse, j'écoute ses lectures saintes. » S'agit-il d'un départ : « le Bien-Bon a appris de ses pères à préférer le lundi, pour ne pas trouver le dimanche au commencement d'un voyage : la règle du lundi nous fera arriver deux jours plus tard. »

Il ne faisait toutefois pas fi des plaisirs de la table. En voyage, « le bon vin lui soutient le cœur contre les détestables chemins. » — «J'avais soin de lui faire porter unepetite cave, pleine du meilleur vin vieux de notre Bourgogne. Il prenait cette boisson avec beaucoup de patience; et, quand il avait bu, nous disions : le pauvre homme ! car j'avais aussi trouvél'invention de lui faire manger du potage et du bouilli chaud. » — « Le bon abbé se connaît en droits honorifiques comme en bon vin. » — « Notre bon abbé achève de boire son vin vieux. » — « Il se loue de son vin, il ne met point d'intervalle à cette cordiale boisson ; et vous lui avez appris à n'y point faire de mé-

lange. » Aussi accompagna- l-il sa nièce à Vichy, afin de « purger tous ses bons dîners, et se précautionner pour dix ans. » — «Le Bien-Eon prend les eaux pour vider son sac qui est plein. »

.La santé de l'abbé de Coulanges exigeait d'ailleurs assez souvent des soins. « Il craint le serein. » — « Le bon abbé ne se porte pas bien : il a mal à un genou, et un peu d'émotion tous les soirs : cela me trouble. » — « Notre Bien- Bon est enrhumé de ces gros rhumes que vous connaissez ; il est dans sa petite alcôve ; nous le conservons mieux ici qu'à Paris. » — « La thériaque... l'a tiré d'un mal de tête et d'une faiblesse qui me faisaient grande peur. » — «Le Bien-Bon est tout à fait revenu de ses éblouissements ; il ne voyait goutte, il ne pouvait se soutenir, j'étais tout effrayée. » L'abbé de Coulanges fut, avec Bossuet, l'un des premiersmalades sur lesquels furent expérimentés en France les effets du quinquina : Notre bon abbé de Coulanges a pensé mourir : le remède du médecin anglais l'a ressuscité. » — « En vérité, ce remède est miraculeux. »

Le Bien-Bon mourut dans un âge très avancé. « Je suis accablée de tristesse, j'ai vu mourir, depuis dix jours, mon cher oncle. Vous savez ce qu'il était pour sa chère nièce. Il n'y a point de bien qu'il ne m'ait fait, soit en me donnant son bien tout entier, soit en conservant et rétablissant celui de mes enfants. Il m'a

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tirée de L'abîme où j'étais à la mort de M. de igné; il a gagné des procès; il a remis toutes mes terres en bon état ; il a payé nos dettes ; il a fait la terre où demeure mon fils la plus jolie et la plus agréable du inonde; il a marié mes enfants ; en un mot, c'est à ses soins continuels que je dois la paix et le repos de ma vie. Vous comprenez bien que de si sensibles obligations et une si longue habitude font souffrir une cruelle peine, quand il est question de se séparer pour jamais. La perte qu'on fait des vieilles gens n'empêche pas qu'elle ne soit sensible, quand on a de grandes raisons de les aimer et qu'on les a toujours vus. Mon cher oncle avait quatre-vingts ans ; il était accablé de la pesanteur de cet âge ; il était infirme et triste de son état. La vie n'était plus qu'un fardeau pour lui. Qu'eùt-on donc voulu lui souhaiter? Une continuation de souffrances? Ce sont ces réflexions qui m'ont aidée à me faire prendre patience. Sa maladie a été d'un homme de trente ans; une fièvre continue, une fluxion sur la poitrine. En sept jours il a fini sa longue et honorable vie, avec des sentiments de piété, de pénitence et d'amour de Dieu, qui nous font espérer sa miséricorde pour lui. Voilà, mon cousin, ce qui m'a occupée et affligée depuis quinze jours. Je suis pénétrée de douleur et de reconnaissance. » — Il est mort... avec des sentiments très chrétiens dont j'étais extrême-

ment touchée ; car Dieu m'adonne un fonds de religion qui m'a fait regarder assez solidement cette dernière action de la vie. La sienne a duré quatre-vingts ans ; il a vécu avec honneur, il est mort chrétiennement : Dieu nous fasse la même grâce ! Ce fut à la fin d'août que je le pleurai amèrement ; je ne l'eusse jamais quitté, s'il eût vécu autant que moi. »

L'abbé delà Mousse, prieur de Groslé, parent et ami de Madame de Se vigne, fut aussi, quoique moins longtemps, commensal apprécié du château : « Mon fils et la Mousse s'accommodent fort bien de moi, et moi d'eux : nous nous cherchons toujours, et, quand les affaires me séparent d'eux, ils sont au désespoir. » — « Mon fils et la Mousse me sont d'une grande consolation. » — « Vous pouvez vous imaginer combien de souvenirs de vous, entre la Mousse et moi. » Nous trouvons cet habitant des Rochers, constamment souffrant des dents : « La petite Mousse a une dent de moins. » — « La Mousse a une petite fluxion sur les dents. » — « La pauvre Mousse a eu mal aux dents, en sorte que depuis longtemps je me promène toute seule jusqu'à la nuit. »

Cette incommodité ne l'empêchait pas de philosopher. Il avait adopté le système de Descartes, la théorie des tourbillons et des molécules : « Il parle des petites parties avec l'évêque de Léon, qui est cartésien à brûler ; mais,

dans ce même feu, il soutient aussi que les bêtes pensent : voilà mon homme ; il est très savant là-dessus ; il est allé aussi loin qu'on peut aller dans cette philosophie. » — « Il veut aller en paradis. Je lui dis que c'est par curiosité, et afin d'être assuré une bonne fois si le soleil est un amas de poussière qui se meut avec violence ou si c'est un globe de feu. » Mais, tout en cultivant ces abstraites matières, ce discuteur ne dédaignait pas la littérature. « Mon fils fait lire Cléopàtre à la Mousse ; et, malgré moi, je l'écoute, et j'y trouve encore quelques amusements. » Même, il se met bravement à l'italien. « La Mousse m'a priée qu'il pût lire le Tasse avec moi ; je le sais fort bien, parce que j'ai très bien appris l'italien ; cela me divertit. Son latin et son bon sens le rendent bon écolier ; et la routine et les bons maîtres que j'ai eus me rendent une bonne maîtresse. » Bien que Mme de Sévigné ait écrit : « Je suis ici avec mes trois prêtres, qui font admirablement chacun leur personnage hormis la messe ; c'est la seule chose dont je manque en leur compagnie », cependant l'abbé de la Mousse paraît avoir quelque souci de son ministère sacerdotal. « J'emmène mon fils en Bretagne, où j'espère que je lui ferai retrouver la santé de son corps et de son âme : nous nous ménageons, la Mousse et moi, de lui faire faire une bonne confession. » — « Une de mes

plus grandes envies serait d'être dévote : j'en tourmente la Mousse tous les jours. » — « La Mousse fait des catéchismes les fêtes et les dimanches. » Ces pieuses tentatives ne sont pas toujours couronnées de succès : « L'autre jour, il interrogeait des petits enfants ; et, après plusieurs questions, ils confondirent le tout ensemble, de sorte que, venant à leur demander qui était la Vierge, ils répondirent tous, l'un après l'autre, que c'était le Créateur du ciel et de la terre. Il ne fut point ébranlé par les petits enfants ; mais voyant que des hommes, des femmes et même des vieillards disaient la même chose, il en fut persuadé, il se rendit à l'opinion commune, enfin il ne savait plus où il en était ; et, si je ne fusse arrivée là-dessus, il ne s'en fût jamais tiré. »

Nous trouvons aussi, aux Rochers, Emmanuel de Coulanges, cousin de Mme de Sévigné. Son humeur est singulièrement joviale.

Son père lui avait acheté une charge de maître des requêtes au parlement de Paris, qu'il vendit bientôt pour mener une vie oisive et agréable. Saint-Simon assure qu'en renonçant à ses fonctions il ne fit que se rendre justice. On cite, en effet, un souvenir de sa magistrature qui accuse peu de sérieux. Rapportant, à l'audience, un litige où il s'agissait d'une mare revendiquée par un nommé Grapin, il s'embrouilla dans l'exposé de l'affaire, et, coupant

court, il dit aux conseillers : « I'ardon, messieurs, je me noie dans la mare à Grapin, et je suis votre serviteur. »

L'étoile de cet agréable désœuvré est singulièrement heureuse. « La jolie vie ! Et que la fortune vous a traité doucement! Toujours aimé, toujours estimé, toujours portant la joie et le plaisir avec vous... toujours en santé, jamais à charge à personne, point d'affaires, point d'ambition. Enfin, après y avoir bien pensé, je trouve que vous êtes le plus heureux homme du monde. »

Ce petit homme « rond comme une boule », qui grimpe « sur une chaise pour porter des santés », rit toujours et de tout. « Quoi ! Vous ne mangez plus ! Vous ne buvez plus ! Vous ne chantez plus ! Vous ne riez plus ! Quoi ! la joie et vous, ce n'est plus la même chose! »

On se dispute un tel convive : « Jouissez de votre privilège et de la jalousie que vous donnez pour savoir à qui vous aura. »

Cet épicurien devient bientôt goutteux; il traite sa maladie par les bains de Seine et le vin de Champagne.

C'est en 1G85 que «le petit Coulanges » vient en Bretagne, où sa cousine est tout heureuse de le recevoir : « Je m'en vais posséder mon petit Coulanges sans distraction. » — « Nous épuisons Coulanges, il nous conte mille choses qui nous divertissent ; nous sommes ravis de

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l'avoir, il nous fait rire aux larmes. » — « Il est tellement vif et plaisant, et des imaginations si surprenantes, que je ne metonne pas qu'on l'aime dans tous les lieux où l'on aime la joie. » — « Nous nous promenons matin et soir, il me conte cent mille choses amusantes. » Coulanges paraît, de son côté, apprécier le séjour des Rochers, tout en regrettant la table des opulents Parisiens. « Il fait parfaitement beau dans les allées des Rochers ; je m'en vais bien les arpenter ; mais il sera triste pourtant, après avoir bien fait de l'exercice, de ne point trouver tout à fait l'ordinaire de M. de Seigneulay, auquel je suis accoutumé. » — « J'ai passé ici une quinzaine délicieuse ; on ne peut assez louer toutes les allées de Rochers. »

On voit avec regret s'éloigner cet aimable cousin. « Il partit lundi matin avec mon fils ; j'allai les reconduire jusqu'à la porte de Vitré ; nous y étions tous, en attendant nos lettres de Paris ; elles vinrent, et nous lûmes la vôtre, le petit Coulangesjurant qu'il y en avait la moitié pour lui. En effet, vous ne l'aviez pas oublié. »

M. de Coulanges devait joindre à cette jovialité des qualités plus sérieuses, car, ayant accompagné l'ambassadeur de France à Rome, « cette belle maîtresse du monde, qu'on a toujours envie de revoir », il mérita l'estime d'Alexandre VIII. « Toujours favori et entêté de quelque ami d'importance, un duc, un

prince, un pape ; car j'y veux ajouter le Saint- Père, pour la rareté. » En effet, « on me mande que Coulanges est le favori du pape ». Sans prendre à la lettre ce propos général, il en faut toutefois retenir que le nouveau pontife témoigna au spirituel gentilhomme une grande bienveillance. « M. de Chaulnes, écrit Coulanges, dit au pape, quand il eut fini son audience, qu'il y avait dans son antichambre un autre ambassadeur qui avait à lui parler. Le pape surpris lui demanda : Quel ambassadeur ! et le duc lui ayant répondu en plaisantant que c'était moi, comme ambassadeur de la duchesse de Chaulnes, Sa Sainteté me fit entrer aussitôt. Cette audience fut très gracieuse. » En terminant, « il me répondit qu'il se recommandait à mes prières ; que ce n'était pas me charger beaucoup que de me demander tous les jours un Pater et un Ave à cette intention, que cela était bientôt dit. »

MM. de Chésières et de Saint-Aubin, frères du Bien-Bon et oncles de la marquise, viennent aussi la visiter dans sa retraite bretonne, où nous les trouvons en 1656 et en 167 1 .

Le premier ne nous est signalé que comme un peu radoteur et joueur effréné du trictrac.

Le second est le saint personnage qui a inspiré la belle page suivante :

« Je ne suis point retourné à Brevannes, ma chère comtesse, parce que j'ai trouvé mon

pauvre Saint-Aubin trop près du grand voyage de l'éternité... Il m'a tenu longtemps la main, en me disant des choses saintes et tendres; j'étais tout en larmes. C'est une occasion à ne pas perdre que de voir mourir un homme avec une paix et une tranquillité toutes chrétiennes, un détachement, une charité, un désir d'être dans le ciel pourn'être plus séparé de Dieu, un saint tremblement de ses jugements, mais une confiance toute fondée sur les mérites infinis de Jésus-Christ : tout cela est divin. C'est avec de telles gens qu'il faut apprendre à mourir. » — « Les saints désirs de la mort le pressent tellement, qu'il en a précipité tous les sacrements... il ne souhaite que l'éternité, ilne respire plus que d'être uni à Dieu : sa paix, sa résignation, sa douceur, son détachement, sont au delà de tout ce qu'on voit ; aussi ne sont-ce pas des sentiments humains... Mon Dieu, ma fille, que vous seriez touchée de ce saint spectacle, je ne dis pas d'affliction, je dis de consolation et d'envie. » — « On dit le Miserere ; ce fut une attention marquée par ses gestes et par ses yeux... Enfin, à neuf heures du soir, il me chassa et me dit, en propres termes, le dernier adieu... c'est un prédestiné... nous avons été aux Carmélites, où il est enterré... Cette cérémonie est bien triste. Toutes ces saintes filles sont en haut avec des cierges ; elles chantent le Libéra, et puis on le jette dans cette fosse pro-

l'onde où le voila pour jamais. 11 n'est plus sur terre, il n'y a plus de temps pour lui, il jouit de l'éternité ! »

« Le comte des Chapelles est un familier et un intime : « Je l'ai amené, il m'a aidé à faire les honneurs. » — « Il s'est tellement attendri par la pensée de vous avoir vue ici, que M. de Lavardin nous en a trouvés l'un et l'autre tout tristes; et même cela nous donnait un air coupable ; il semblait que la compagnie nous embarrassât ; il était vrai, nous avions affaire en province quand ils sont arrivés. » Ce commensal remplit, aux Rochers, des bouts-rimés, « qui sont très jolis », et cherche des devises, avec madame de Sévigné : « J'ai tant fait, que le comte des Chapelles a fait faire un cachet avec un aigle qui approche du soleil : le alte non temo ; il est joli. » Il adresse des fadeurs à la marquise : « Je me ressouvins, l'autre jour, d'un endroit si beau où nous nous promenions avec le pauvre petit comte des Chapelles , qui voulait retourner le sonnet d'Uranie :

Je viux (inir mes jours dans l'amour de Marie. »

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