PRINCESSES ALLEMANDES A LA COUR DE LOUIS XIY
réflexion chagrine. Cein finit, mais pour recommencer : en 1683, Tanncc suivante, naissance du duc d'Anjou, celui qui fut roi d'Espagne et unit l'Espagne à la France; en 1G8G, après un court repos, naissance du duc de Berry.
Il y eut plus que les naissances, pour enrayer la bonne harmonie et les chasses; il y eut la mort. Le 2G avril 1690, M'"" de Sévignc, écrivit à sa fille une longue lettre, dont M. de Montmerqué ne donne qu'un fragment, et que M. Capmas a retrouvée entière. Cette lettre toute lugubre marquait le dénouement d'une longue maladie. » Enfin, ma fille, voilà cette pauvre Dauphine morte, bien tristement et bien salement (d'ulcères au bas-ventre). Elle est morte le 20 avril, il y a six jours. Le roi et Monsieur l'ont vue mourir. Elle demanda pardon au roi de son peu de complaisance, dit-elle, et voulut lui baiser la main. Le roi l'embrassa; les sanglots l'avaient empêché de parler à 31. le Dauphin, qui ne fut pas longtemps dans la chambre. Elle fit ranger devant elle ses trois fils, et, en les bénissant, elle dit : « Et vous aussi, mon petit Berry, quoique vous soyez cause de ma mort. » Elle le croyait... Elle a donné 40 mille livres à Bassola, sa femme de chambre allemande, et l'a fort recommandée au roi ; un diamant à Madame, une bague de 50 louis à sa dame d'atours, M"' la Maréchale de Rochefort (1). »
Elle mourut donc, en croyant sur sa maladie ce qui n'était pas; car, dit toujours notre terrible historien, elle n avait aucunmal dans ces lieux-là, et son
(1) Lettre du 2G avril 1C90 et IdO^ de M. Capmas.
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petitBerry avait déjà quatre ans. Puis M'"*'dcSévigné se demande une chose : qui fera son oraison funèbre ? « Je ne sais, dit-elle. Pour moi, je n'y vois que trois points : M. le duc de Bourgogne, M. le duc d'Anjou, M. le duc de Derry, et c'est un assez grand panégyrique pour une Daupliine (1). » Hélas ! quand vint le déclin de cette belle famille royale et de la France, que devinrent ces enfants, et les petits-enfants, et les arrière-pelits-enfants?Sauf le duc d'Anjou, qui passa en Espagne, sauf le petit Louis XV, qui à cinq ans eut le titre de roi, tous disparurent du vivant de Louis XIV, qui restait comme une grande ruine au milieu de ces ruines ! La Dauphine avait été chargée de donner des héritiers au trône, et elle s'était bien acquittée de cette tache ; mais je vois un autre point à son panégyrique, et c'est M"" de Sévigné encore qui l'indique. « (Juand cette princesse d'Allemagne, dit-elle , traversa l'Alsace pour entrer en France, et qu'elle passa à Strasbourg, la population de Strasbourg venue au-devant d'elle lui lit un compliment en allemand. « Parlez-moi français, leur dit-elle. Epoitsanl un fils de France, je 71 entends plus l'allema?id{2). »
C'est Fléchier qui fit son oraison funèbre, et puisque nous l'avons nommé, nous apprécierons, toujours d'après le môme juge, les discours sacrés et les orateurs du grand siècle. Il y a, dans les lettres de M"" de Sévigné, tout un ensemble d'histoire et d'art sur cet intéressant sujet.
(1) Môme lettre.
(2) Lettre du 28 février 1680.