‹ Madame de Sévigné historienChapitre 4 sur 25 · LOUVOIS ET LES LE TELLIER DANS LES LETTRES DE M""' DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

LOUVOIS ET LES LE TELLIER DANS LES LETTRES DE M""' DE SÉVIGNÉ

Il faut un peu, quand on étudie l'époque de Louis XIV, se placer au point de vue, non pas des panégyristes qui approuvent tout, mais de l'opposition, telle qu'elle apparut dans les mémoires de Saint- Simon ou de Retz, dans le Télémaquo de Féneloii, dans le Détail de la France de Boisguilbert, cousin de Vauban; opposition économiste et parlementaire, opposition sérieuse, mais longtemps cachée, avec une teinte de jansénisme qui, chez M"*' de Sévigné, n'avait rien du sectaire et donnait parfois à ses pensées un tour théologique et piquant, sans assombrir sa vie. Prenant donc un instant le masque secret des adversaires ou des boudeurs et entrant dans leur cercle mystérieux, voyez ce vieillard, dirons-nous avec eux, à l'œil profond, aux joues creuses, au visage ascétique et dur. Il y a vingt ans qu'il est secrétaire d'Etat; il travaille souvent avec le roi, il a lu avec lui les correspondances intimes de Fouquet, conservées dans cette cassette d'argent, et il a pensé plus d'une fois à la belle M"*" de. Sévigné... Il a élevé deux, fils, qui sont déjà dignes de lui, et dont l'un le surpassera.

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Il a fortune, honneurs, grande réputation de vertu dans la puissance, et sous lui le Bureau de cassation, dont parle Saint-Simon et qui était une section du grand-conseil, est véritablement une cour suprême. Il n'est question que de cet homme, de sa justice, de sa sévérité. Des prédicateurs éloquents, un Fléchier, un Bossuet, se tiennent prêts à faire son oraison funèbre, dès que Dieu l'aura mandé vers lui, tant est beau le sujet! Mais il veut ajouter à leur panégyrique; il veut être auparavant bon catholique romain contre les protestants, un seul roi, une seule religion, au risque de détruire l'œuvre d'apaisement d'Henri IV; il veut supprimer l'édit de .Nantes, pour s'entendre dire ensuite par le spirituel comte de Grammont, mais avec plus de dureté que de goût, « qu'il ressemblait à une fouine, qui vient détjorger des poulets et se lèche le museau plein de sang » .

11 veut plus encore; il veut la place de chancelier, devenue vacante à la mort de .AI. d'Aligre en 1677, et il la sollicite. Il faut de l'âge pour de si augustes fonctions, et cela ne lui manque pas : il a soixantequatorze ans. Un public léger le mettrait peut-être de côté, dans l'intérêt de son repos; on le critiquera, on le raillera, on répt'leia peut-être le mot de 31°"^ de Sévigné, lors de la nomination de M. d'Aligre, qui était aussi un vieillard : « C'est un dépôt, c'est un pape. » Que dis-je! .M""' de Sévigné, la première, écrira ironiquement à ce méchant de Bussy : « C'est Le Tellier qui va devenir chancelier. // est beau de mourir dans la dignité (1). »

(i) Lettre (lu '27 octobre IG7",éclit. Hégnier (Hachette).

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