LUIVÛIS ET LE TELLIER
Mais qirimj>oile leur iimniore de voir? Si on les t'Lil écoutés, n'est-ce pas Bussy, un ancien frondeur, qu'on aurait pris pour historiographe du roi, et non Boileau et Racine, « ces boiirr/eois-là », comme dit M"" de Sévigné (1)? Le Tellier ne s'inquiète pas de leur jugement, et se fait nommer chancelier : il l'est durant huit ans : il signe la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, et il meurt six jours après, béni des uns, maudit des autres, ne méritant ni autant d'imprécations, ni autant de louanges, mais laissant contre la monarchie, avec la meilleure intention du monde, un souvenir qui pèse encore sur elle et sur tous ses représentants.
M"^ de Sévigné approuva-t-elle cet acte célèbre ? oui et non; oui, si on regarde aux apparences; non, si on devine l'intention. 3Iais d'abord la politique, comme toujours, fut pour beaucoup dans cet événement. On allait faire la guerre à l'Angleterre, pour soutenir nos alliés les Stuarls, et on craignait l'attitude des protestants, qui pourtant avaient fait admirablement leur devoir dans la guerre k la Hollande protestante ! L'honneur du drapeau et l'amour du pays l'emportent sur les antipathies de religion. Mais on se souvenait trop d'un mot de Michel de l'Hôpital, quoique prononcé en faveur de la tolérance : « Un Français et un Allemand, de même religion, se délestent moins que deux Français de religion ditrérente, »
On se souvenait trop d'une parole plus récente d'un intendant de Guyenne, qui avait écrit à Golbert : « Monseigneur, si une guerre éclatait avec l'Angle-
1) Lettre du U\ octobre et du .3 novembre IGT'
terre, je ne répondrais pas de i7ies protestants. » C'est Pierre Clément qui rapporte celte lettre dans son Histoire de Colbert, et j'ignore quelle enquête on dut faire. Ce que je sais, c'est que la violence ne fit que précipiter ce que la tolérance eût arrêté peut-être. On était trop raide, et W^" de Sévigné elle-même, quoique janséniste ou parce qu'elle était janséniste, semble approuver Louis XIV et Le Tellier : « Vous aurez vu sans doute, écrit-elle à M. de Bussy, l'édit par lequel le roi révoque celui de i\antes; rien n'est si beau que tout ce qu'il contient, et jamais aucun roi n'a fait et ne fera rien de plus mémorable (1). »
Si pourtant on lit entre les lignes, si on pense à la réserve qui était nécessaire en plein coup d'Etat, on découvre, je crois, autre chose que des louanges sous la plume de M""" de Sévigné. « A Montpellier et dans les provinces du Midi, bien des gens se sont convertis sans savoir pourquoi ; le père Bourdaloue le leur apprendra et en fera de bons catholiques. » Elle dit cela dans la même lettre, et puis, faisant allusion à l'intimidation et aux dragonnades : « Les dragons, dit-elle, ont été de bons missionnaires jusqu'ici : les prédicateurs qu'on envoie présentement rendront l'ouvrage parfait. » Evidemment, quoiqu'elle fût devenue assez dévote, à cette époque, en touchant à sa soixantième année, elle n'approuve pas les dragonnades.
Que faut-il penser alors de ce qu'elle ajoute dans la même missive? Elle fait un éloge pompeux du chancelier mourant : « 11 était hier à l'agonie, dit-
(l) Lettre du 28 octobre 1635.