PREMIERE PARTIE. Il
Tu me parles de If. de Rouèvres. Va, cet homme, sans s'en douter, s'est mieux vengé par son aveugle sécurité, qu'il ne l'aurait pu faire en m'immolant au ressentiment le plus légitime. Jamais sa main n'a touché la mienne que je n'aie senti la rougeur ne monter au visage; je n'ai jamaii affronté sans pâlir la sérénité de son regard et la cordialité de son accueil. La confiance, l'estime et l'affection qu'il m'a témoignées auront été mon châtiment et mon supplice. Par quel charme fatal, par quelle pente Irrésistible en sommes-nom irriféa, if h belle et moi, à trahir ce loyal esprit et ce noble cœur? Hélas! que te dirai-je que tu ne saches déjà ? Tu fus témoin de mon bonheur. Tu >ai> que ce bonheur fut tel que Dieu lui-même ne m'eût pas infligé une plus rude expiation. Il est un adultère qui va front levé , face découverte. Celui-là du moins a le mérite de la franchise, le courage de la révolte. Il accepte la lutte au grand jour, et n'usurpe pas les bénélices de la société qu'il outrage; il a quelque chose de la grandeur décline de l'ange rebelle de Milton. Mais il en est un autre, hypocrite et lâche, vivant de ruse et de mensonge, rampant dans l'ombre comme un reptile , traînant à sa suite le remords, la peur et la honte. C'est l'adultère
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à domicile : c'est à ce vampire que j'ai donne le plus pur de mon sang; c'est ce minotaure qui a dévoré les plus fécondes années de ma jeunesse. La lassitude est venue vile , l'ennui ne s'est pas fait attendre; c'est qu'il n'est pas d'amour si vivace qui ne s'étiole bientôt dans une atmosphère si malsaine.
Voici mon plan, lu l'approuveras, je l'espère : écrire de loin en loin à Aiabelle ; trouver chaque fois un nouveau prétexte pour prolonger mon absence; passer insensiblement des expressions de la tendresse au langage de la raison; éclairer peu à peu son cœur, ramener par degrés à des sentiments plus paisibles, la déposer ainsi, sans la briser ni la meurtrir, sur le seuil de la réalité. Je compte sur Ion assistance. Nul doute que les premiers cris de sa passion blessée n'arrivent jusqu'à toi. Ménage à la fois et son orgueil et son amour, laisse-lui croire qu'en la quittant, c'est moi seul que je sacrifie, et que, si son bonheur m'était moins cher que le mien, je serais encore auprès d'elle.
Depuis que ce plan est arrêté , je me sens plus ferme et plus calme. Je viens d'écrire à Arabelle. Je me suis épuisé à torturer mon cœur pour en faire jaillir deux ou trois pâles
étincelles. Quel ennui! Si tu as un ennemi, souhaite-lui d'avoir à écrire une lettre d'amant à la femme qu'il n'aime plus. Autant vaudrait souffler sur les cendres d'Uion pour en tirer un peu de flamme
FERXAXD.
Karl Stcin a Feniand de Peveney,
Ali ! faible, faible cœur! ainsi, pour te troubler, il aura suffi dune lettre ! Voilà déjà que tu trembles et que lu hésites ï voilà qu'au lieu d'aller droit au but, lu prends le chemin detraverse ! Si, dès à présent, tu fléchis, que sera-ce donc lorsque Arabelle, éclairée sur son sort , à chaque courrier t'enverra sous enveloppe les fureurs d'Hermione, les sanglots d'Ariane et les plaintes de Calypso! Enfant, tu n'y résisteras pas; tu reviendras, esclave soumis et repentant , reprendre le collier de misère. Je ne me dissimule pas ce que la position a de pénible et de périlleux : il n'est pas de chaîne, je le sais, qu'il ne soit plus aisé de rompre que ces liens si doux à former; mais si la tache est rude, la vanité, je te l'ai déjà dit, nous en exagère singulièrement les difficultés, et tou jours est-il qu'il faut se garder de trop pren-