‹ Madame de SommervilleChapitre 9 sur 41 · I- 1< K M I K H K PARTIE · texte numérisé non relu

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que nous oc nous plaisons a le croire. La preuve

en est que, lorsque nous leur restons, ce sont elles qui nous abandonnent. Rassure-loi donc, et ne l'exagère pas avec trop de complaisance la gravité du mal que lu vas faire; sois humble, tu seras soulagé. Que se passe-t-il? Jusqu'à présent, rien que je sache. <J»"' va-t-il se passer? Dieu seul peut le savoir. Quoi qu'il arrive, sois sur que l'harmonie universelle n'en sera point troublée.

Ami, crois-moi, hâte-loi d'en finir avec cette vie qui n'a plus pour excuse l'enlrainemeiit , l'amour et le bonheur; arrache-toi de ce létu breu\ abîme dans lequel tu vi<n> (f enfouir les plus belle.» années de la jeunesse. Aujourd'hui, il eu est temps encore; demain peut-être, il serait trop lard. Je ne me donne ni pour un quaker ni pour un puritain : je ne lais profession ni de vertu ni de morale, je hais les pédants et les cuistres, les h\ pocrites et les cafards ; mais lorsqu'on s'est attardé hop longtemps dans ces liaisons que réprouve le inonde, je sais à quel prix on en sort, heureux lorsqu'on peut en sortir! On s'j abandonne aisément; il semble qu'on sera toujours maître de reprendre sa [dace au soleil dans cette société dont OU I lait si bon marché d'abord, et à laquelle il font tôt

(i FERXAXD.

ou tard revenir. En effet, voilà qu'un beau jour on sent s'éveiller en soi le sentiment de l'ordre et du devoir, l'instinct de la famille, le besoin des affections permises ; mais lorsque, tendant la main vers ces trésors follement dédaignés , nous voulons franchir la distance qui nous en sépare, bien souvent il arrive qu'épuisés par de vains efforts, nous retombons dans le gouffre que nous avons creusé nous-mêmes, et qui finit par nous engloutir. Combien d'existences ainsi perdues, qui promettaient au début d'être honorables et fécondes! Que d'infurtunés , retenus au passé par un clou de fer, qui voient se fermer à jamais devant eux les portes d'or de l'avenir! Tu es jeune, tu peux tout réparer; hàte-toi , ne croupis pas plus longtemps dans ce bagne infect qu'on nomme l'adultère. C'esttoi qui l'as dit, quelle vie! quel enfer! C'était bien la peine, pour en venir là, de trahir le plus noble cœur qui' ait battu dans une poitrine humaine !

Le jour même de ton départ, je me suis présenté chez le comte. Je l'ai trouvé seul au salon; sous prétexte d'une forte migraine, madame de Rouèvres s'était retirée de bonne heure dans son appartement. Aussitôt qu'il m'a vu entrer : — Vous savez, m'a-t-il dit en venant à moi,

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que Fernand est parti? — Oui, lui ai-je répondu , et je crains que son absence ne se prolonge au delà de nos prévisions. — Tant pis, a répliqué If. de Uouèvrcs, il nous manquera, nous l'aimons beaucoup. Vous me voyez tout attristé de son départ. — Je me suis assis, nous avons causé; ton nom est revenu plus d'une l'ois dans notre entretien. — J'espère bien , m'a-t-il dit, que ce n'est pas un embarras d'affaires qui r oblige à quitter Paris : s'il en était autrement, je ne pardonnerais p.is à Fernand de ne l'être point adressé à moi. Il avait remarqué ta tristesse en ces derniers temps, les altitude* silencieuses, ton air sombre, ton front rêveur; il craignait que ton amitié n'eût été trop discrète et trop réservée. Plus d'une fois j'ai voulu changer le cours de la conversation, mais i toujours à toi qu'il a fallu revenir. Ton avenir le préoccupe. — Il est temps, m'a-t-il dit, que Fernand songe sérieusement à utiliser les dons que lui a octroyés le ciel. Il n'est pas d'homme, quelque richement que l'ait doté le sort, qui doive se croire affranchi de la nécessité du travail. \ous ne recevons qu'à la condition de rendre, et plus la destinée nous a favorablement traités, plus nous avons d'obligations vis-à-vis de nous-mêmes et de nos semblables.

A ce compte , îious avons le droit de beaucoup exiger de notre jeuue ami. — A vrai dire, j'avais le cœur navré de l'entendre parler de la sorte; j'en rougissais pour toi. Je sais qu'en général on aime à s'égayer aux dépens des maris. \ olontiers on se raille de leur fol aveuglement et de leur confiance devenue proverbiale; mais, quand cette confiance et cet aveuglement ne sont pas autre chose que la noble sécurité d'un esprit honnête et d'une àme chevaleresque, le monde n'en rit plus, et c'est sur ceux qui en abusent que retombent le blâme et la honte. En bonne conscience , t'es-tu jamais demandé à quelle supériorité personnelle tu dois d'avoir enlevé à cet homme l'amour et l'honneur de sa femme? Je me suis souvent posé cette question, et je t'avoue brutalement que je n'ai jamais pu y répondre. Il est vrai que vis-à-vis delà comtesse tu as eu l'immense avantage de ne pas être son mari. Et puis, M. de Rouèvres doit manquer nécessairement d'idéal et de poésie! ('/est une nature froide et positive qui n'entend rien, je le jurerais, au jargon des âmes incomprises. Il n'en faut pas plus, par le temps qui court, pour tout justilier aux yeux de la passion; seulement les honnêtes gens commencent à trouver que cela fait pitié.

Allons, point de faiblesse! Les choses se passeront cette lois comme toujours : larmes, sanglots, imprécations, prières ; on voudra se tuer, on se consolera.

l 'cru n iid de Pevenev à Karl «Mein.

Lis la lettre que je reçois. Si telle est sa douleur pour une séparation qu'elle croit momentanée, quel sera son désespoir lorsqu'elle apprendra que c'est d'une rupture qu'il s'agit, d'une séparation éternelle! Tu penses la connaître, lu ne la connais pas ; tu ne sais pas à quels excès la passion peut pousser cette tète exaltée. Orgueil ou pitié, j'hésite et je tremble. \e hâtons rien, ne précipitons rien! C'est un cœur digne à tous égards de soins et de ménagements ; laisse-moi le préparer peu à peu au sacrifice , et l'y conduire, s'il est possible, sans trop de déchirements et par d'insensibles détours. Le ciel m'est témoin que, si je n'écoutais que ma fatigue et mon impatience, j'en finirais sans plus attendre; mais de quelques ennuis que son amour m'ait abreuvé, je ne puis oublier qu'elle m'aime, et que je l'ai longtemps aimée.

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