‹ Madame de SommervilleChapitre 13 sur 41 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

propre gloire, exaltera ses forces et lui rendra la résignation plus facile. Le temps et le monde feront le reste.

Je respire enfin, je commence à renaître. J'ai subi l'influence de la terre natale ; le silence des champs est descendu peu à peu dans mon cœur. Ami , la nature est bonne ; vainement avons -nous négligé son culte et porté loin d'elle nos désirs et nos ambitions; mire indulgente, nous n'avons qu'à lui revenir pour qu'elle nous ouvre aussitôt son sein. Heureux qui sait borner sa vie à l'aimer et à la com-

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Ma maison s'élève à mi-côle, sur le bord de la Sèvres nantaise, dans un petit coin de ce bas monde qu'on peut dire chéri du ciel. Je t'en ai parlé souvent; mais moi-même qu'en savaisje alors ? Ce n'est qu'au retour àc^ longues absences, lorsqu'on a pleuré et souffert au loin, qu'on aime et qu'on apprécie sa patrie. Tu n'as vu nulle part de plus belles eaux ni de plus frais ombrages; nulle part tu n'as rencontré de plus liantes solitudes. Les visiteurs que ce pays attire durant l'été s'arrêtent à Clisson , et n'arrivent pas jusqu'ici, où l'on n'entend que le bruit des écluses. C'est sous ce toit que mon père a vécu , dans le creux de

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cette vallée, à l'ombre de ces bois, au murmure de ces claires ondes. Sa vie et sa mort lurent d'un heureux et d'un sage. C'est ainsi que je prétends vivre et mourir. Ce que je sais des hommes et de la passion me suffit. Je ne suis point né pour ces orages. Je tiens de mon père des goûts simples, des instincts paisibles ; comme lui, je passerai mes jours dans la paix et dans la retraite. Les voies du monde sont trop difficiles; il faut, pour s'y tenir droit et ferme, un pied plus sur que le mien. Si j'ai pu, avec le cœur le plus pur et les intentions les plus honnêtes, y glisser dès les premiers pas, que serait-ce quand j'aurais dépouillé tout à fait les pudeurs et les scrupules du jeune âge î Je m'y perdrais. Je m'en relire dès à présent, sans regret et sans amertume, l'ayant trop vu pour l'aimer et pas assez pour le haïr. Je conçois que la société n'approuve point de semblables projets : c'est une maîtresse d'hôtel garni qui tient à louer ses chambres ; mais comme il se trouve toujours plus de gens qu'il n'en faut pour les occuper, ne saurait-elle, sans nuire à ses intérêts, permettre à quelques enfants de la Bohême de loger en plein air et de coucher a la belle étoile? In tel exemple n'est guère contagieux. Je n'ignore aucune des

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