PREMIERE PARTIE. M
vez Dieu dans la simplicité de votre cœur : vous serez assez vertueux, a Toi, cependant, ne te hâte pas de décider irrévocablement de tes goûts, de ta vocation et de ta destinée; tu es sous le coup de préoccupations trop vîtes pour pouvoir encore sainement en juger. A Dieu ne plaise que je te blâme de songer à régler ta vie î .l'écrirais volontiers, comme Pliai le jeune, que 1<3 cours régulier dei astres ne me (ait pas plus de plaisir que l'arrangement dam la vie det hommes. Seulement, attends le calme et la réflexion ; mets de l'ordre dans tes sentiments avant d'essayer d'en mettre dans Pagencemenl de ton existence. <>n nr jette p;is l'ancre su pleine mer durant la tourmente.
Ici, rien de nouveau. Madame de Rouèvres est souffrante; elle ne voit et ne reeoit personne. On ne se gène pas, dans le monde, pour attribuer à ton absence ce soudain amour de retraite et de solitude. I.e monde est une petite ville où tout se sait, .le ne vois guère que le mari qui, fidèle à la tradition, ne soit pas dans le secret de la comédie. Passe le ciel qu'il vive toujours dans la même ignorance! car je ne le crois pas homme à prendre patiemment son malheur. Plus il aurait poussé loin la confiance et l'aveuglement, plus il serait implaca-
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hle dans son ressentiment et terrible dans sa vengeance. C'est une de ces aines inflexibles dans leur droiture, qui pardonnent d'autant moins que, pour leur propre compte, elles n'ont pas besoin d'indulgence. Il aime sa femme, j'en ai la conviction , d'un amour plus profond et plus vrai que n'a jamais été le tien. Outragé dans sou honneur et blessé dans son affection , j'ignore a quel parti il se résoudrait; mais à coup sur ce ne serait point à la résignation. Je l'ai vu dernièrement; il m'a semblé tristement préoccupé de l'état maladif de la comtesse. Je lui ai conseillé les eaux et les voyages. Il y avait songé; mais la comtesse s'y refuse. C'est fâcheux : un petit voyage au Spilzberg aurait bien fait ton affaire. Bref, c'est là qu'en sont les choses. Pousse au dénouaient : j'ai hâte de nous savoir sortis de cette maudite galère.
PRKMIKRE PARTIE.
Fcninml de Pevem*y à Karl •nin.
Il semble qu'en retournant à Mondeberre j'ai remonté le cours de ma jeunesse et ressaisi par le bout de leurs ailes mes années envolées. Mon cœur se délasse et s'apaise; je n'entends plus en lui que le roulement sourd de la tempête qui s'éloigne. Souvent j'ai vu la Sevrés, grossie par les pluies d'orage, déborder et couvrir de limon et de sable nos champs et nos guérets; ce n'était qu'en rentrant dans son lit qu'elle reprenait, au bout de quelques jours, la transparence de ses ondes : c'est l'image de ma destinée. Quoi que tu puisses dire, je vivrai sous ce coin de ciel; la réflexion, mes instincts et mes goûts, tout m'y fixe et tout m'y enchaîne. Je ne serai pas inutile au bien-être de ces campagnes. Je me suis écrié d'abord, comme Alexandre, que mon père ne m'avait laissé rien à faire; mais, en y regardant de plus près, j'ai compris que.
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dans la voie des améliorations, quelle qu'en soit la nature, le mieux est toujours à trouver. Je fais de grands projets; si je parviens à en réaliser quelques-uns, ma vie n'aura pas été stérile. Je fais aussi de doux rêves; s'ils ne m'échappent pas tous, ma vie n'aura pas été sans bonheur. Tu le vois, c'est un parti pris : déjà je construis des granges, je plante des peupliers, j'ouvre des chemins vicinaux. Cette activité de corps me repose des fatigues de rame. Tous ces détails de la vie rustique, au milieu desquels j'ai été élevé, me charment et m'attirent au delà de ce que je pourrais exprimer. La terre est bonne à ceux qui l'aiment et qui la cultivent. Tu ne sais pas, toi, de quel amour on se prend à l'aimer, et combien cet amour, à lencontre de quelques autres, est sain au cœur et à l'esprit! Le soir, je monte à cheval, et la journée s'achève à Mondeberre. Là, on cause, on lit, on parle de ce qu'on a lu ; quelque vieux gentilhomme du voisinage vient se mêler à l'entretien. Mademoiselle de .Mondeberre se met au piano et chante; on va s'asseoir sur le banc de pierre, sous les touffes de lilas et de faux ébéniers, ou bien, si la soirée est belle, on fait atteler la calèche, et l'on gagne Mortagne ou Tiffauges. On admire le paysage, on s'arrête devant