‹ Madame de SommervilleChapitre 33 sur 41 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

de nos femmes ne sont parfois que nos partenaires, est-ce à moi qu'il vous en faut plaindre ? Si la plaie que je mets à nu est tellement hideuse, que ceux-là même qui l'ont ouverte s'en détournent avec horreur, est-ce moi qu'on en doit accuser? Je reviens à vous, Arabelle; je n'ai plus qu'un mot à vous dire, et, ce mol dit, je vous aurai parlé pour la dernière fois. Puisque vous avez fui lâchement comme un criminel, vous n'êtes encore à cette heure qu'une esclave échappée attendant l'arrêt de son maître. — Ce maître vous affranchit. — Il en est un autre au-dessus de tous , puisse celui-là vous absoudre! »

Là-dessus M. de Rouèvres se leva et s' adressant à Fernand :

«Maintenant, monsieur, à nous deux.

— Allons donc! monsieur, allons donc! s'écria avec l'emportement du désespoir M. de Peveney, qui ne voyait d'ailleurs que la mort qui pût le tirer de là; finissons-en, c'est perdre trop de temps en paroles. J'ai des armes... ici, à deux pas, sans témoins.

— Monsieur, répliqua M. de Rouèv res avec calme, vous vous méprenez entièrement sur mes intentions. Je n'ai que faire de vos armes, ne

104 FERS AMD.

voulant tuer ni être tué. Vous m'avez parlé tout à l'heure de laver mon honneur dans votre sang; mon honneur n'est point entaché, et je souhaite que le vôtre sorte de tout ceci aussi pur que le mien. D'ailleurs, monsieur, vous n'y songez pas; vous oubliez que désormais vous ne sauriez disposer sans crime d'une vie qui, à compter de ce jour, devient si précieuse et si nécessaire , que moi-même je ne me permettrais pas d'y toucher. Monsieur de Peveney, ajouta-t-il en élevant la voix, écoutez ce que je suis venu vous dire. — Vous m'avez pris ma femme et vous la garderez. Eu usurpant mes droits, vous avez implicitement accepté l'héritage de mes devoirs. Tout l'avoir d'Arahelle était sa liberté; en la lui rendant, je suis quitte envers elle, et vous ne seriez pas gentilhomme que je craindrais encore de vous offenser en offrant à madame le bénéfice de la loi.-

A ces mots, il salua sans affectation, avec une grave politesse, et sortit aussi calme, aussi froid que s'il se retirait d'un salon.

La chaise de poste qui l'avait amené l'attendait à la porte, il y monta, et ce ne fut qu'en entendant le bruit de la voiture qui s'éloignait au galop des chevaux, que M. de Peveney comprit nettement toute l'horreur de sa position.

Page 1