‹ Madame de Staël et Napoléon: Orné d'une héliogravureChapitre 3 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Quand le général Bonaparte débarqua à Paris le 15 frimaire an VI (5 décembre i797) pour remettre entre les mains du Directoire le traité de Campo-Formio, il envoya un de soj aides de camp demander b M. de Talleyrand, qui était alors ministre des Relations Extérieures, à <|ucllc heure il pourrait se présenter chez lui. Talleyrand répondit avec empressement qu'il l'attendrait le lendemain à onze heures du matin; et, de suite, il lit prévenir Mme de Staël, son amie, de se trouver au rendezvous.

Celle-ci brûlait d'impatience do contempler les traits du jeune général en chef de l'armée d'Italie. Il revenait couronné des lauriers de la victoire; il était, à vingt-huit ans, le premier homme de guerre de l'Europe; on vantait son courage, son désintéressement, son amour de la liberté. Il aimait les philosophes et les poètes ; Garât disait qu'il était lui-même a un philosophe à la tète des armées ». 11 lisait Ossian, qui plaisait à sa nature rêveuse, et • sem-

hiait le détacher de la terre (1) ». Il dédaignait le faste, vivait simplement, se dt'robail aux ovations, qui gênaient sa modestie. Bref, il semblait un héros de Plutarque destiné à donner aux temps modernes un exemple des vertus antiques.

La renommée du général Bonaparte avait enflammé l'imagination romanesque de Mme de Staël. Elle n'avait pas attendu son arrivée à Paris pour lui exprimer son enlhousiasme. Elle aimait la gloire : c'était la passion de son âme; toute célébrité était pour elle un aimant auquel elle ne pouvait résister. Elle avait écrit en Italie plusieurs lettres au jeune général, sans le connaître (2), Il était à la fois, disait-elle, ■ Scipton et Tancrède, alliant les vertus simples de l'un aux faits brillants de l'autre. » Il semble même qu'elle ait dépassé les ternies ordinaires de l'admiration. Bonaparte était très épris de sa femme, et Mme de Staiil lui aurait écrit que c'était une • monstruosité que l'union du génie à une petite insignifiante créole, indigne de l'apprécier ou de l'entendre (3) >.

(I) Discours de TalteyrBDd à la réccplion soleDaelIe dn Luiemboarg.

(i) Quatre ou cinq leUrea. Ce fait, rapporta dans Je Mémorial, semble ne pouvoir être mis ea doute, si l'on rapproche le passSige du Jlf^oriol (chap. vjii) lie cet extrait d'une lettre que le général B«rlruid écrit après la mort de Napalùon au roi Joseph, à Londres (S octobre iSII) : < Il paraîtrait que los papiers que vous aviei n'ont pu été brûlés. Je prâ- ■ume donc que vous avez la correspondance avec tes aoururuns, et en conséquence je voue engage i. la faire imprimer. . . Si vous aver ces pièces, yoyci : il doit if acoir quatre on cinq lellrti tlt Mme de Slail, qu'elle lui n écrites en tlsUe. et qu'il désire qu'on imprime. Nous n'avong jaiuaia pu avoir son dernier ouvrage, de sorte que l'tlmporcur n'a pu y répondre, • (Du CiisE. Mimoirti du roi Joieph, t. X, p. Sa9.) La TamlUe de Mme de StaCl llt-ellc des démarches aupi-Ës du roi Joseph, ou celui-ci. qui avait été Tort lié avec Mme de Slaél, ae refusa-t-il à exécuter celle dernière volonté de son frèreî Toujours est-il que Iob lettres ne furent pas publiées.

(3) Mémorifd dt SainU-Méline. — Cf. Bouhbienne. Mtmoirti, t. VI. — ttourienne déclare qu'il a souvent été témoin des avances que Mme do Stafl faisait au Premier Consul et même au général en clief de l'armée d'I lalie. 11 parle de ces lettres entliousiestes, dont Bonaparte lui lisait des fragnicnls en riant et disant : • Bourrienne, concovez-vous rien i tontes cei exIravagaucFsîCïtte fcmuie-lé est folio! • Et encore : 'K\i bien, ouil Une

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MADAME DR STAËL ET NAl'OLÉOK 3

Admettons que Bonaparte ait exagéré plus tard & dessein les termes de cette lettre. Il n'est guère douteux que le seotiment ait existé.

Pluslard, quan d Au gcrcau vintà Paris au 18 FVuclidor, envoyé par Bonaparte pour sauver la République, Mme <ie Slai'l i'inlerrogea avî<Icment sur son liéros. Aimait-il bien la liberté'? On parlait de son ambition; elle demanda s'il était vrai qu'il songeât k se faire roi do Lombardie (I); la réponse d'Augcreau fut admirable : ■ Non, assurément, (lil-i!, c'est un jeune homme trop bien élevé pour cela ! ■ Bonaparte avait contribué h sauver la République, comme Mme de Slaél elle-même, qui avait conseillé, approuvé le coup d'État du 18 Fructidor. Comme Mme de Slaîil aussi, il avait gémi de cette cruelle nécessité ; il avait écrit àTalieyrand : • C'est un grand mallicur pour une nation de 30 millions d'habitants, et au xvin" siècle, d'être obligée d'avoir recours aux baïonnettes pour sauver la patrie (2). a Comme Mme de Staël, il était épris de la liberté. Il était, comme elle le disait, <c le meilleur républicain de France, le plus libre des Français (3). ■ Il demaiiduit à ce même Tallcyrand de lui envoyer une commission de publicistes pour organiser l'Italie libre (4) ; et quel nom se présen- ' tait à son esprit? Celui de BciiJamiuConstant, l'ami intime, le confident, l'alter ego de Mme de Staël (5).

Il est certain que jamais admiration ne fut plus vive que celle qu'éprouvait alors Mme de Staël pour le général

femme bel esprit, une Tniieu^o de ientiraent, se romparar & Jusù; bintl Bourrïenn:^. je db veux pai rjjinnilrc h do pareilles lullrii •

H)CoBîiiliraliaatsurla BeroUliaa françaiie, lil' partie, disp IIITI.

(S) Carmpondanee dt Napoléon, t. ll[. letlie dii 19 KfpLrmlJru 1TM7.

(3)BLB?rKBRH43.'ErT, Madame de Sl.iél tt ton Iimiii, K'Llre AMciaUi. Sijuillcl 1797.

(4) CoTrespondaïui, 1" oclobre 1797.

(3) LeLlra de TiUleyrend du S oc^iire : • J« bcûs '|U0 \o nom de Bcii> jiiiiiu CoDsIaot s'esl présenté à voti'O esprit. *

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i MADAME DE STAËL ET NAPOLËON

Bonaparte. Celui-ci d'ailleurs la ménageait. Il sentait en elle une puissance, et, tout en étant importuné de l'excès parfois gênant de son enthousiasme, il se gardait bien de la décourager. .

ËDÛn, il arrivait. Son voyage à travers la Suisse avait été une vraie marclie triomphale. Les habitants se pressaient sur les routes, les municipalités le haranguaient, le canon tonnait en son honneur (i). Lui, toujours modeste, se dérobait à ces hommages.

Avertie par Talleyrand, Mme de Sta^l courut au ministère. Bonaparte devait se présenter à onze heures. Dès dix heures, elle était dans le salon de Talleyrand. On annonça te général, Talleyrand s'empressa au-devant de lui. Bonaparte entra, petit, mince, pâle, l'air fatigué (2). Mais ■ vingt batailles gagnées vont si bien à la jeunesse, à un beau regard, à la pâleur et à une sorte d'épuisement ■ t En traversant te salon, Talleyrand lui nomma Mme de Staël. Il fit a peu d'attention d à elle, dit Talleyrand. Pourtant, il eut un mot aimable, qui toucha la fille de Necker; il lui dit qu'il avait cherché son père à Copp«t (3), qu'il regrettait d'avoir passé en Suisse sans le voir. Et tout de suite, il se tourna vers ^ougainville, qui était là avec quelques personnes, comme s'il eilt craint un plus long entretien avec elle. Elle resta troublée, muette pour la première fois de sa vie. Elle sentait une gène étrange, cette ■ difficulté de respirer >, qu'elle n'avait jamais éprouvée en présence d'un autre homme.

Bonaparte entra dans le cabinet du ministre. Quand il en sortit, le salon était rempli de monde. Il dit h haute

(<} A (on entrée i. Bile noUmmeoL

(S) M écrivait à Tslleyruid le 1" oclobr» 1797 : • Je puis i p«ioe montvr i i-hoval , j'ai besoin de <Jcui uns <lc repos. > (3) Caïuidérationi, III* partie, cliup. ixvi.

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voix : • Citoyens, je suis sensible à l'empressement que vous me montrez; j'ai fait de mon mieux la guerre et do mon mieux la paix. C'est au Directoire à savoir en profltcr pour le bonheur et la prospérité de la République. > Ces paroles modestes semblèrent de bon augure; on sut gré au génie de déposer ses lauriers sur l'autel de la Patrie.

Telle fut la première entrevue de Mme de Staël avec Bonaparte. Il était évident qu'une lutte curieuse allait s'engager entre ces deux personnages, l'un essayant de dominer l'autre, et l'autre se dérobant sans cesse, mais avec de brefs compliments, de légères flatteries, des formules de politesse ennuyée. En langage d'escrime, il refuse le fer.

Elle le revit quatre jours plus tard, le décadi suivant, 20 frimaire (iO déc. 1797), quand il fut reçu par le Directoire en audience solennelle, dans la cour du Luxembourg. Au fond de la cour se dressait l'autel de la Patrie, décoré de trophées de drapeaux, conquis par l'armée d'Italie. ~Le8 Directeurs attendaient en costume romain; parmi la foule élégante, impatiente d'acclamer le héros de la fétc, étaient Mme Récamier et Mme de Staël (1). Une musique jouait des airs patriotiques. Bonaparte arriva, simplement vêtu, • suivi de ses aides de camp, tous d'une taille plus haute que la sienne, mais presque courbés par le respect. • 11 fut couvert d'applaudissements, Talleyrand prit le premier la parole, célébra « cet amour insatiable de la patrie et de l'humanité », à qui le général devait ses glorieuses victoires, son dédain du faste, son goût pour la poésie d'Ossian. Il ajouta ; « Âh ! loin de redouter ce qu'on voudrait appeler son ambition, je sens qu'il faudra peut-être le solliciter un jour pour l'arracher aux douceurs de sa

;l) Cofuidératioiu, ]!]■ partie, chsp. ixvi, Mme de Klafl [iVtait p&s alors «□ rclalioni avec kime Ri-camitr. Ce ne fut qu'A la lia de l'i'JS qu'elle so lia avec elle. [Mimoim dt rnadame Itreamitr)

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K MADAMIC Ut: STAËL KT HAPOLËO»

Gtudieuse retraite. La France entière sera libre; peut-être lui ne le sera jamais. Telle est sa destinée. »

Le général Bonaparte répondit brièvement, en remettant au Directoire te traité de poix signé à Campo-Formio. Puis, ce fut le tour de Barras de le féliciter au nom du Directoire. «Votre cœur, lui dit-il, est le temple de l'honneur républicain. ■ Et, le discours fini, tous les Directeurs rciiibrassèrcnt. Cependant éclatait l'hymne de Chénier :

Tu fus tongicmps t'efTroi, sois l'hooneur de la terre,

U Étépublique des Français!

Que le cbant dus ptaisira succède aux cris de guerre;

La victoire a conquis la paix.

Comment Mme de Staël n'cât-elle pas partagé l'ivresse générale? Elle s'en est défendue plus tard. Mais qui donc alors n'admirait pas Bonaparte? Assurément, celle qui portait dans tous ses sentiments une passion incroyable ne fut pas la dernière à poursuivre <lc ses hommages le général Bonaparte.

Elle eut pour lui une « espi>ce de culte • (i). Elle le ■ harcela », dit le Mémorial. Le mot est juste : dans les dîners, les bals, les réceptions officielles, elle fut là, le couvant de ses regards. Elle l'invite à un bal chez elle : il ne vient pas (2). Elle eût été bien aise d'accaparer cette jeune gloire. Le malheur était que Bonaparte s'y refusait poUment, mais énergiquemcnt. Il avait pour cela deux raisons. D'abord, il n'aimait pas ce genre de femmes, hilriganlcs, ambitieuses; il n'aimait dans la femme que les qualités vraiment féminines : la beauté, la douceur, la grâce. Il devinait que Mme de Sluï'I voulait le faire servir à ses projets politiques, l'cnchainer à son char; cela pouvait plaire à Conslaitt, ce jeune Suisse dévoré d'am-

Ttilamtttt pAiftHophi^Ne ri lïtitrairr, 1. Il, p. 73,

ourna} lardit di SiunleHrl.'nc, t. I, p. tST.

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KADAUli: DE STAËL ET NAl-OLËON 7

bition, qui avait associé sa fortune à celle de Mme de Staël. Il en était tout autrement du héros d'Italie

£n second lieu, Bonaparte craignait l'humeur inconsidérée, imprudente, de Mme de Staël. Elle compromet^ tait ses amis, et il importait beaucoup au général Bo- Daparte de ne pas inspirer d'inquiétude au Directoire. Déjà celui-ci redoutait sa gloire. C'était pour calmer ses craintes que Talleyrand avait parlé dans son discours du peu d'ambition de Bonaparte. Le général s'appliquait, dans ses moindres actes, à ne pas donner prise au soupçon. Il affectait une simplicité Spartiate. On disait que sa maison de la rue Chantereine était a simple, petite, sans luxe». Il sortait rarement, sans suite, dans une simple voiture à deux chevaux (1). Au théâtre, il se dissimulait au fond de sa loge, il fuyait les ovations. Il témoignait une grande déférence aux savants, aux piùlosophes. Il parlait mathématiques avec L^range et Laplace, métaphysique avec Sieyès, poésie avec Chénicr, politique avec Gallois, législation et droit public avec Daunou (2). On lui demandait en Italie ce qu'il ferait après la victoire ; il avait répondu : ■ Je m'enfoncerai dans une retraite, et j'y travaillerai à mériter un jour l'honneur d'être de l'Institut. • Et, quand il en fut nommé membre dans la séance du S nivôse, il adressa au président Camus une lettre conçue en ces termes (3) : « Le suffrage des hommes distingués qui composent l'Institut m'honore. Je sens bien qu'avant d'être leur égal, je serai longtemps leur écolier. . . La vraie» conquêtes, le$ seules qui ne donnent aucun regret, sont celles que l'on fait sur l'ignaranee... > Le mot parut sublime. Celait la première fois

(I) Jifonilnir da 19 rrim&iro{B décembre tTST). |!) Moniteur du 25 frimaire (IS ddccmbre).

(3) J/uMiIrur du S Di?ûso.

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8 UAUAUt; DE STAËL KT KAt-OLËOH

([u'on voyait un soldat victorieux rabaisser sa prqirc gloire, s'incliner devant la science. L'Institut fut charmé, et, avec lui, Mme de StaT>l.

Cependant elle ne cessait de le poursuivre, Elle l'eff»rouclia promptement ; car il • ne voulait être ni observé ni deviné (1) «. Mais il sut se contenir, resta dans les limites d'une froide politesse. Ce serait une erreur absolue de croire qu'à ce moment le géni^ral Bonaparte rompt en visière à Mme de Staël. Au contraire, il la ménage, mais ne se livre pas, A la fête donnée en son honneur par Talleyrand, il parait ■ une heure ou deux, concentré, presque morose (2). » Réellement il est, au physique, épuisé ; puis il s'observe, il ne veut pas alarmer les Directeurs, C'est ce moment que choisitMme de Staël; elle l'altorde au milieu d'un cercle nombreux, lui demande quelle est, à ses yeux, la première femme du monde, morte ou vivante. « Celle qui a fait le plus d'enfuits, ■ lui répond, en souriant, Bonaparte (3). Plaisanterie de soldat, un peu vive peut-être, mais nullement impohe; simple malice, que le sourire corrige. Mme de Staël l'importune ; il la déconcerte par ses réponses. C'est de l'escrime courtoise. Ainsi, plus tard, après Brumfdre, Mme de Staël ne s'avise-lrelle pas de lui demander devant tout le monde (elle veut une giUerie, des spectateurs) s'il aimait les lemmes. a Madame répondit Bonaparte, j'aime la mienne t > Sur quoi Mme de Staël de s'écrier devant Lucien : a Cette repartie est tout bonnement sublime; Ëpaminondas m'aurait ainsi répondu (i)! •

(I) Mme UB RÉvosiT, llv«o»-«i. l. 11. p. IM.

(!) Hmo ne Csastemay. Mémoire*, t. I.

(3) Napolëdn, Mémoire!, l. l, p. 3G8, C[. le Mémorial.

(4) luNs, Lucie» Uaaaparte et sa Mimoint, L 1[, p. S3S. — Selon Lnden, ccUe icène eut lieu • le soirniéuie du 18 Bromairoo. Urne de SUel ne perdait paB de temps. CeUe poursuUc acliurnéo de BonaparUpu Ums de Sttti

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Au fond, il se m^fie. S'il dîne avec elle et SieyèS j s'il sent sur lui le feu de ses regards, son visage devient ■ de marbre ■ (1). Sieyès parle de Necker; il en parle avec exagération, il sait que nulle flatterie n'est plus sensible au cœur de Mme de Staël. « C'est le seul homme, dit-il, qui ait jamais réuni la plus parfaite précision dans les calculs d'un grand financier à l'imagination d'un porte. ■ Bonaparte approuve; il ajoute quelques mots obligeants sur Necker et sur sa fille (2); mms ce sont formules de vague politesse. Ce n'est pas tout à fait ce que désire Mme de Staël. Elle veut dominer à tout prix Bonaparte, et, puisqu'il résiste à sa coquetterie, eUe fonce avec impétuosité sur le terrain de la politique. Justement, le Directoire se propose d'envahir la Suisse, et elle ne veut pas qu'il l'envaliisse . Elle ne veut pas, parce que Necker est toujours inscrit sur la liste des émigrésrèrqiTune loi condamne à mort tout émigré qui reste dans un pays occupé par les troupes françaises; elle ne veut pas, parce qu'un peuple doit conquérir par lui-même sa liberté, non par le secours des armées étrangferes. C'est cette derniiire raison qu'elle développe à Bonaparte avec éloquence. Celui-ci l'écoute, impassible; elle s'enflamme, eUe vante le bonheur, la beauté de l'Helvétie... ■ Sans doute, répond froidement Bonaparte, mais il faut aux hommes des droits politiques I ■ 11 répète :

eit Mnveat comique p«r rindiscrétioD de Mme de SlaSI, par l'empressement de Bonspirte à éTÏter aea hommege*. Va jour, t'il en faut eruire le Mémorial, Mme de 8ta£l ferait entrée à l'improvitte d&ns sa uiaiaon, rue Chantéreine, aurait pAoétré jusqu'ft l'apparleiueDt de Boiiaparte. et comme celui-ci s'eicuiait d'itre k peioe vtLu : • Peu importel lui dit-eJle, la g^oie D'à pat de seia I > L'aueedote est amusaDte et, 11 faut l'arouer, Dutleineiil invraiiemblablc. L'admiration de Mme de Slaei presait parfoia lei formel lea plus étraugcB, lea plus embamsaBiilea, pour ceux qui en vlaicDt l'objet.

(t) Cmuidiratùnu ntr la BivahiÈian frantaùt, lll* partie, chap. iivi.

{f) CaniiiUrunoni, ibid.

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10 NADAHE DE STAËL ET NAfOLÉON

« Oui, des droits poliliquest ■ Et vite il se rejette sur l'amour de la retruie, la campagne, les beaux-arts, il • prend l'air bonbomme >. Voilà son interlocutrice encore une fois dé^ue.

Br^, quand, en janvier 1798, Mme de Staël part pour la Suisse, elle a le sentiment qu'elle n'a pu subjuguer Bonaparte (1). Mais ce serait bien mal la connaître de croire qu'elle y renonce. Elle est toujours enthousiaste du • héros ■ ; elle est séduite, troublée aussi par l'étrangeté de cette nature; U ne ressemble à aucun des hommes qu'elle a connus; il ne lui « rappelle ■ personne (3). Raison de plus pour faire sa conquête. U aura, comme dit le philosophe, tout son amour ou toute sa haine.

(i) • Sa grande ambition étftit de subjuguer les hommes poliiiqnrg et de leur hire subir Tucendint de ses opmions, • Ljkc>mLi.i. Talumtat pkiloiophiqut tt lUUroiri, t. II. p. TD, Et encore : • Elis était o4e diiiiiuirante. C'était une coquellt iiupirée: elle De pliigoail point sa peine pour acheter par des flots d'^loqueoca une conquête qui n'eût ooilté qu'un ■ourira à uuo jolie fcmmo. •

(1) CoiuùleTatioHt. lll* partie, chap. uti.

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