‹ Madame de Staël et Napoléon: Orné d'une héliogravureChapitre 5 sur 51 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Depuis cinti semaines, le général Bonaparte, de retour d'Egypte, était à Paris. Il ménageait tous les partis, jacobins, modérés, royalistes, sans so donner à aucun. Mais, par t'iutcrmédîairc <li> Tallf-ymnil, il s'était rapproché de Sioyis; avec T alleyrand, Rccderer, Ca hania. Re gnW. Volney, Boulay dç.Ja,,Mçurthej Lucien Bonaparte, on avait arrêté dans ses grands traits la révolution de Brumaire (1). Ceux-là même qui n'étaient pas mêlés directement au complot sentaient que de grands évéoements allaient s'accomplir.

Rcnscigoée sur ce qui se passait à Paris, Mme de Staël accourt de Coppet. Benjamin Constant vient à sa rencontre (2), Le soir du 18 Brumaire, au dernier relais de poste avant Paris, h Charenton, elle apprend que Barras vient de passer, accompagné d'une escorte de drag~ons (3), se rendant à sa terre de Grosboîs. Barras relégué à Grosbois, Goliier et Moulins gardés à vue au Luxemboui^, le gouvernement de Paris confié à Bonaparte, un décret du Conseil des Anciens ordonnant le transfert à Saint-CIoud

(1) MlOTDB Uelito, if^oirM.t l>

(2) Bgnjavin Constant, Souvtniri hitlarigHti. (Rteuf ib Pnni, 1830, tome XI.)

(3J Llle <Iil dus Im ComiJiratiom : • Accooipagnû par des geodarmea. > (IV*pariie,cliap. ■:.)

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HADAUË DE STAËL ET NAPOLÉON Si

des deux conseils, tels étaient les événements qui faisaient le sujet des conversations. Les postillons, les gens d'auberge ne parlaient d'autre chose. Un nom était dans toutes les bouches, celui de Bonaparte. Mme do Staël en fut frappée ; on ne disait plus, comme jadis : l'Assoinhléc constituante, le peuple, la Convention ; un homme déjà était tout.

L'imagination remplie encore de cette scène populaire, elle arrive à Paris, elle trouve la ville « agitée par l'attente de la grande journée du lendemain ». Ses amis l'informent . que tout est prêt. Bonaparte s'est entendu avec Sieycs; U veut ramener l'ordre, la tranquillité, la paix ; il fera la révolution contre les jacobins. En somme, c'est un nou< veau Fructidor, destiné à sauver la République; il a, en partie, les mêmes auteurs (1); mais, cette fois, c'est le péril jacobin, non plus le péni royaliste, qu'il s'agit d'écarter. De l'aveu même de Mme de StaHl, Bonaporte a pour lui la majorilé des « honnêtes gens » (2). Nul doute qu'à cet instant il n'ait aussi pour lui Mme de Staol. Et il y a à cela une raison qui prime toutes les autres : c'est que si Bonaparte succombe, si Augercau, si Jourdan, soulèvent lee faubourgs, si le Manège triomphe, Mme de Staël n'a plus qu'à partir, qu'à reprendre le chemin de Coppet. Elle est exécrée des jacobins, elle est sous le coup d'un arrêté du Directoire qui l'exile et^ui n'a jamais été rapporté (3), elle est tolérée à Paris, et celte tolérance ne

(1) OiicourB de Cab&nis k bcb collâguos à Ift commission inlormédiairc dv CoDiell des Cinq-Cents, [il mi dti Loii du 30 bTumaîrc.)

(3) ContidrrniiDHi. IV' parUe, cliap. ii,

0] Voir Arcbiv. naL \P"' 363. • Mme de SUC] a. l'Iionnrur de supplier )e Directoire eièuutir de vouloir bien rapporter lo mandat d'arrél qui fut Uncj contra elle il y a prùs do deux ans. etc. • Cette requête est ilo l'an VL Nous n'avons aucune preuve que le mandat â'urrét ait i^lé ra|>portô. Voir notre article sur Maiamt de Starl tt la poitet du Diretloire. Berne Bleiu. 1898 )

■4 HARAMËDH STAËL ET ^A^OLLON

>lu)'ora pas, elle le sait, si ses ennemis l'emportent. Ce sen* liiricnt perce dans les Contidérations, malgré ses réticences (1). Puis, tous ses amis, les Talleyrand, les Sicyfes, les Dauuou, les Cabanis, les Cliéiiier, sont du complot ou |ii'(''ts u s'y rallier. Eiifin Bonaparte est son liéros, son idole; il estime Mme de Staël, et il est le meilleur des rr>|itil>Iicains.

Le lendemain, 1!) brumaire, Benjamin J^onstant seliàte < ers Saint-Cloud (2). Il est dévore do lièvre; la partie igui ^c joue est pour lui décisive. Il veut une place, sa pari de pouvoir; et il espère bien que si Bonaparte gagne, il gagnera avec lui. Mme de Staël partage son impatience. D'Iioure en heure, il lui envoie un courrier qui la renseigne. Un instant, elle apprend que Bonaparte Irouvede la résistance; on veut le mettre hors la loi. Elle éprouve une alTreuse inquiétude, a Je me préparai, dît-6lle, à quitter de nouveau la France (3)1 ■ Enfin arrive un autre message : les grenadiers conduils par Mu rât on t envahi l'orangerie; les représentants se sont enfuis par les fent^tres. Alors « je pleurai, dit-elle, non la liberté, elle n'exista jamais en France, mais l'espoir de cette liberté, sans laquelle il n'y a pour ce pays que honte et niallieur>. Elle pleura peut-être; mais, on peut le croire, ce fut simple réaction nerveuse d'une àrae délivrée d'une grande inquié*

(1) • S«OB aucun doute, )a majorilA das Imonites gens, craignant I< retour des JNCobint. touli&îtait alun que le groéral Bonaparte eût l'avan- (iijjc. Moo Bcntii lient, je l'avoue, rlail fort mélangé. La lutte tlant une fois engagée, una vietoiru moi ii autan Ae dcajerobins pouvait amener dos acénei «aiii^luiilus... Un de mes amis, préseut i la si'aoce de Sahit-Cloud, oi'éB. vojait des courriers d'heure en heure : une foifi il ino manda que lei joi^oliini allait l'emporter, eîjt m< préparai it nouMnu d futfter la Framtt. • Camidéralions, IV> partie, chgp. n.

(i) • L,e 18 au malin (il veut dire le 19). spectateur plutôt qoecotDpliea, je eourus i Saint-Cloud, non sans inci'rlitudo el saps douleur, cl je contemplai l'Acroulenienl, pour quatorze uunAvs. du gouvernement représeii> lotir. • {Rerue de Pari; 1330. tuiue XI )

{3iCo»t%di-Ta:io:is, IV< partie, dm p. il.

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MADAME UE STAËL ET ftAl'OLlilON IS

Inde. La liberté, certes, elle l'aimait sincèrement; murs elle pensait que le triomphe de Bonaparte, c'était le triomphé delà liberté (1).

On l'a dit très justement, l'esprit d« légalité avait été tué dans la nation (2) : tel avait été le résultat des révolutions successives, qui avaient amené depuis dix ans chaque parti au pouvoir. Les amis les plus sincères de la liberté ne se faisaient aucun scrupule d'avoir recours ii la force pour établir le gouvernement de leur choix. Qu'était-ce que le Dix-huit Brumaire, sinon un Neuf Thermidor, un Dix-huit Fructidor, avec cette dîlférCncc qu'on espérait bien, comme oa disait alors, comme disait Mme de Stai^l, ■ terminer la Révolution, » en finir une fois pour toutes avec cet état convulsif qui désolait la France? Terminer la Révolution (3), fût-ce par un coup de force, revenir aux principes et aussi à la belle concorde fra- ■ ternelle de 1789, ramener dans le pays l'ordre, la paix, la tolérance, la justice, le' rcspCct des lois, tel fut le rêve des modérés de cettu époque. Ce furent eux qui firent le Dix-huit Brumaire (4); ils ci-urent sincèrement sauver la République. Deux ans plus lard, La Faye tte écrivait encore au Premier Consul : a Ce*Bîx-tmit Brumaire a sauvé la France (5). »

Mais il j av^t aussi cette différence avec le NeufTher-

(1) • La joie du Iriomplio cl« Bonap&rle, qu« noui croyons Ure aussi celui de la liberté. > (I^eitre d'un Ëmigrd de Hambourg, probablement un des frèrei de Ltuiieth, A Mme de Steti, Il novembre 179S. Archives de Coppot . )

(S} AuLimi'. la Ltndemam du 18 Brumaire, (Rmuf de Parii, Mars 1895.)

(3) • Citoyeos. la llâroltilloa est tiiée aux principos qui l'ont tommeuci^e. Elfe til finie. ■ (MfFs*go des consuls au peuple fraDcais, aprts la promulgation de la constitulion.)

(*) . Le Bii-neaf Brumairt a élè fait par tu nadérèi... Cette jourO#e a ■BDTè la République et les républicains, • (roroles do Girardin au TribuDStlclSani^sean VIII.)

(5) Lettre du a mai ISOÏ, pour expliquer son vote m^gatit sur le cod- «ulal 4 vie.

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H MADAME DK STAÏL KT NAPOLEON

inidor et le Oix-huit Fructidor : c'est qu'aucune révolutioD DO a'étail encore moalrée plui humaine, plus tolcraDte. Point de réaction, point de persécution ; le lendemain, pour BO conformer k l'usage, on dresse une liste de proscrits; mais quinze jours plus tard, on la révoque, Bonaparte n'avait pas voulu être ■ l'homme d'un parti ■ (1) ; il se proposait de faire régner la justice, de • fermer toutes les plaies de la France > (2), de terminer la guerre civile et la guerre extérieure. Chaque jour était marqué ■ par un acte de justice ■. On rappelait les proscrits de Fructidor, comme le désirait Mme do Staél ; on rayait des noms de la liste des émigrés; ou protégeait contre toute insulte tes révolutionnaires, on laissait rouvrir les églises. Tout était à la paix, à la concorde, à la tolérance; et, quand les théophilanthropes, dans leur temple de Saint- Germain-l'Auxerrois, célébraient une fête en l'honneur de cette dernière vertu (3), il semblait \Taiment que ce fât le symbole d'une France nouveUe, réconciliée, unie dans un même amour de la justice et de la paix.

Rien n'égalait l'enthousiasme de Mme de Staël pour le nouveau gouvernement. « Votre joie à tous, votre contentement... > (i) lui écrivait M. Ncckcr, qui, plus calme, ne voyait pas sans inquiétude l'exaltation de sa fille. ■ Tes nerfs s'agitent, lui écrit-il le 28 brumaire;... tout repose malheureusement sur une vie; mais il est jeune, et la fortune nous le conservera. * Et plus tard, lo 25 frimaire (16 décembre) : « L'ivresse générale où-vous ètesl. . Ton enthousiasme pour Bonaparte... Je to féli-

(I) Proclaniatloii du 19 bramaira, daU« de odm h«arei du noir.

(t) Proclamalioii du T aivâae an Vfll aux liabitant* iIob dipartsmenU de l'ouatt. iCorreipondaiiet de A'apatron.)

(>] Ami dei loii, tS frimaire aa V|][,

(t) Lettre de H. Necker t Utne de Slaft du tS brumaire {16 novembre} an Vin. (ArchlTc* de Coppet; communiqufe par Al. Alb. Vtnd^.)

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cite d'élre heureuse de sa gloire. > — Le 37 frimaire : ■ Vous êtes tous dans l'eDcliantcmeot. Je vous félicite, non pas de tant d'esprit, mais de tant de bonheur t ■ Le mot est piquant; il montre que Necker ne partageait pas toutes les illusions de Mme de Staël et de ses amie. Il avait lui-même pour Bonaparte une grande admiration; mais il n'était pas dépourvu de toute crainte pour l'avenir. Donc Mme de Slalil exulte. Elle voit s'ouvrir devant elle une ère de justice, de tolérance, de liberté. Plus d'écbafauiJs, plus d'exils; la pitié — la passion de son cœur — est satisfaite. Elle sait gré à Bonaparte de rappeler les fructidorisés. C'est qu'elle a elle-même quelques remords et quelques craintes; elle a attiré sur sa tète des haines effroyables. Elle n'a pas voulu le 19 fructidor, soit; mais elle a voulu le 18 ; et les parents, les amia des proscrits la rendent responsable des souffrances qu'ils endurent suf les plages brûlantes de Sinnamari. Elle espère que la clémence du Premier Consul allégera le poids de leur haine. Mais surtout elle est joyeuse de l'avènement de la liberté. Il faut lui pardonner son erreur: elle était alors générale. Ëlait-ce même une erreur? On était si las de l'anarchie et de l'arbitrairct On avait une telle reconnaissance envers le jeune héros, couronné de gloire, qui proclamait la nécessité de la justice 1 Personne, à peu près, dans l'ivresse des premiers instants, ne devinait, ne pouvait deviner sa tyrannie future. On admirait la modération de ses premiers actes et ce o pouvoir doucement énergique • (1), qui imposait silence aux factions au nom de la liberté. Il méritait vraiment, suivant l'expression d'un correspondant de Mme de Staël (2),

(I) EiprcBiloD de Bcedsrer, qui caractérisait ainsi la coniUlution de l'an VIII.

(1) Un des trères de LamelL, dans la lettre déjà ciljeduil novembre 1T99.

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ta MADAME DE STAËL ET NAPOLÉON

que l'on mît en bas de sa statue ce vers que le poète latin applique au plus grand des Fabius :

Tu Ma» mut ille ea Unui qui nobis... restitui* reml

Mais un autre motif de joie venait remplir d'espérance le cœur de Mme de SUi^l: elle allait caser Benjamin Conslaot.

On sait toute l'ambition de ce dernier; jusque-là, malgré lui, il avait rongé son frein; mais il était bien décidé à ' ne pas laisser passer une si belle occasion, à ne pas se laisser oublier. Suivant un mot usité à cette époque, « il fallait se montrer, ■ c'est-à-dire faire ses offres de service au nouveau gouvernement, solliciter des places. Benjamin ■ se montra >, et de la façon la plus énergique. Bonaparte avait dit : ■ La carrière est ouverte aux Français de toutes les opinions, pourvu qu'ils aient des lumières, de la capacité et de la vertu (1). ■ M. de Constant, bien qu'il fût Suisse de naissance, pensa répondre aux conditions de ce programme et se mit en campagne.

On allait organiser le Tribunal et le Conseil d'Ëtat; les journaux (2) annonçaient qu'il serait sûrement de l'une ou de l'autre de ces Assemblées. Mme de Staël, qui pensait que le Tribunal convenait à l'éloquence passionnée de Constant, s'adressa à Cbabaud-Latour, qui avait été député du Gard aux Cînq-Cents et faisait partie do la commission chargée de préparer la constitution do l'an VIII. Elle le pria de présenter son protégé à Bonaparte. Mais il faut laisser ici la parole à Aùnéj^Martin, qui tenait de Chabaudtui-mémc le récit de cette entrevue.

(tl CoDvcrfialion de BoDtparto aven Xiviar Audouin, jadis condamni i ladéporUlion. (.Imi d:i loii du Si Trlinaira.) [S) Voir l'Atni i*i toit do frimairo.

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MADAME DE STAËL ET NAPOLI-OA Si

a M. Ctiabaud conduit Benjamin Constant chez Bona^ parte et le présente. Bonaparte dit qu'il a lu les ouvrages de Benjamin Constant, qu'il eo a été très satisfait; il lui adresse des compliments; Benjamin répond par des flatteries, et Cnit par témoigner le désir d'être tribun.

€ Et pourquoi pasT dit Bonaparte. Oui, cela est pos- - < sible; nous verrons. ■ A ces mots, Benjamin proteste ' de son dévouement au général.

■ Vous sentez bien, lui dit-il, que je suis à vous; je ne

• suis pas de ces idéologues qui veulent tout faire avec

• des pensées (désignant ainsi Sieyës, le rival de Bona-

■ parle). Il me fautdupositir,etsivous me nommez, vous « pouvez compter sur moi. »

■ On BQ sépare. En descendant l'escalier, M. Chabaud- Latour déclare qu'il se propose de faire une visite & Sieyës. Bonaparte lui propose de le suivre. Il ne demande pas à être présenté. Il connaît Sieyës. Il veut le voir, il veut lui parler. L'hôtel de Siey fes était dans la même rue, et justement vis-à-vis de celui de Bonaparte.

• On traverse la rue, on monte, on entre. Benjamin Constant réussit à obtenir la faveur d'un moment d'entretien; il demande à Sieyës de le porter au Tribunal, et lui dit : « Tous savez combien je hais la force 1 Ja ne serai f point ami du sabre; il me faut des principes, des pen-

• sées, de la justice. Aussi, si j'obtiens votre suffrage, vous « pouvezcomptersuF moi ; car je suis le plus grand ennemi

■ de Bonaparte (1). o

L'anecdote est jolie. H. Chabaud, dit Aimé Martin, fut stupéfait de l'aplomb de Benjamin. Les lecteurs de la Correspondance et du Journal intime seront moins étonnés. A un grand talent, à un amour sincère de la liberté, Cons-

(1) Sounniiri inidiii d'Aimé Martin. (Intenni'diairt dtt cUtrthtuit et ciirïnu;, t. XXIX.)

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tant joignait un désir cOréoé de parvenir cl une absence presque totale des scrupules qui arrêtent assez souvent te commun dn hommes.

Lo Mémorial de Las Cases, le Joufital inédit' de Sainte- Hélène de Gourgaud, confirment, à quelques détails près, le récit d'Aimé Martin (1). Mme de Staël, qui était liée avec Joseph Bonaparte, usa de son crédit. Napoléon hésiteût, se méfiait; il est probable qu'il ne se décida que contraint, et par pour de déplaire aux nombreux amis de Mme de Stai^J. Il écrivit & j^ebiyn (2), et lo 3 nivdse an VIII Benjamin fut nommé (3). Immédiatement, il jeta le masque. a A onze heures du soir, il suppliait encore à tonte force; b minuit, o( la faveur prononcée, il était déjà relevé jaftqu'à l'insulte (4). ■

Pourquoi une si prompte volte-face? qne voidut Benjamin Constant? que demandait Mme de SlA&l?

D'abord, cela est très certain, ils TOidaient, comme le dît Constant, k servir la liberté jusqu'à» bou t, sous toutes ses formes (S). ■ Ils avaient désiré, aœo^é le dix-huît Itrumaîre avec l'idée bien arrêtée d'établir en France «a gouvernement républicain fondé sur le respect des lois, la tolérance ot la justice. Ils n'avaient pas douté un instant que ce ne fût le triomphe d'un tel gouvernement, et

(1) • Apre* Ifl 18 Brumaire, Joseph me touniieola pour faire n Benj. Coo«l«nt au Tribunal Je ne vouliia pai d'sboril; mois Je linia par céder ; J'en Acrlvls A Lebrun, et Benjaniio Tut nomma, ■ {jQunuU inédit it Sainlt-Héltnt, 1. t[, p. 133. — Cf. le Mimoricl. ch&p. viii.)

(I) Journal médit <j« SaxTUt-Uéliat, t. Il, p 133.

[3) 6t nomination parait le f nivûaa Aaxa les journaux.

(i) Mémorial, chap. viii.

(S) Lettre à son oncle Samuel de CoDSlant du 30 nivâio (ie Janvier (800). (Letlret de ContInnI à ta famille. publiAee par Menoa.) Voir aussi Isa lotlren h la comtesse de Mas a as -C h an dieu, celle du 30 QivA»e un V[|[, • Je l'ai btaueatip driiré, non comme bonheur. — en est-il dans la vie? — mais comme occupation, comme occasion de remplir son dpvoir, ce qui est la seule façon dg repousser le noids de l'incertitude, dos soavanirs eldes inquiétudes, partage éternel de notre triste et paisagére nature. ■

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qu'il ne fût facile de so débarrasser du général Bonaparte, le jour où son ambition dcvieadrait menaçante. Ils s'imaginèrent que le moment était venu do lui fairf> sentir leur puissance, de poser des bornes à son ambition, de lui signifier qu'il n'irait pas plus loin, et que sa mission était accomplie.

A ce noble sentiment, à cette naïve illuaioo, se joignirent cbez Hme de Staël des préoccupations moins désintéressées. Elle voulut jouer au pouvoir, dominer le Premier Consul, marcher avec lui tout au moins d'égal à égal. Ce serait une erreur absolue de croire qu'à cette ' époque elle déteste Bonaparte. Bien au contraire, clic l'aime, elle l'admire, comme le prouve la correspondance de Necker avec sa fille; et, si elle lui fait la petite guerre, c'est pour le forcer à faire attention à elle. Elle n'a pu le vaincre par la coquetterie; elle espère le vaincre par la crainte. Elle aime mieux être haïe que dédaignée : mieux vaut la haine que l'indiCférence.

C'est qu'elle a de l'orgueil, beaucoup d'orgueil, et de l'ambitioD, beaucoup d'ambition. Elle est fîUe de M. Necker, et elle veut qu'on s'en souvienne. Le pouvoir, les hommes de pouvoir ont pour elle un attrait merv«lleux (1); elle voudrait faire de son salon l'antichambre du Parlement, ou plutôt le Parlement lui-même. Elle ira droit à son but, malgré les menaces, les persécutions,

rcïiL

D'ailleurs, cette passion se comphque chez elle do l.i mélancolie, de l'ennui : elle s'est ennuyée toute sa vie. Ses intrigues n'ont d'autre but que de la distraire. Elle veut oublier son mal, repousser, comme dit t^onstant. « le poids <lc l'irK'Ci'liln'Ic, des souvenirs, des inquic-

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3* MADAME DE STAKL 1£T iNAl'OLLON

ludcs (1). B Elle craint la solitude; elle recherche la foule, les applaudissements. Il lui faut cent personnes autour d'elle : philosophes, écrivains, politiques, hommes d'Ëlat, gens du moade, «étrangers, diplomates. Alors, elle oublie, elle est heureuse, ou plutôt elle semble heureuse : car « la gloire n'est que le deuil éclatant du bonheur. •

Il est dommage pour elle qu'elle ail voulu jouer ce rôle sous le Consulat, c'est-à-dire au début du gouverneraeni le plus personnel qu'ait encore connu la France, dans le temps le moins favorable à toute opposition. De là sa déconvenue et ses misères.

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