CHAPITRE TROISIEME
vres prisonnières la remplit d*un vrai désespoir. En attendant, elle parvint à sauver la seconde fille de Narbonne, restée en France, qui arriva en Suisse à la iin de 1793 sous un nom espagnol. Pendant ce temps, l'entêtement de Jaucourt menaçait de faire échouer les plans les mieux combinés, et M'"'' de Simiane, jetée en prison, s'était de nouveau refusée, par crainte de compromettre son frère, à tenter d'échapper à ses persécuteurs. « Je ne croyoîs pas tant aimer madame de Poix I) , écrivait M"" de Staël à la princesse d'Hénin ; « c'est à présent mon unique pensée ». Elle envoya de nouveaux passeports et de l'argent à Jacques Treboux. Elle voulait épuiser toutes les ressources : « Après, disait-elle, il faut envelopper sa tête dans un manteau et souffrir sans remuer ». « J'ai pris depuis que je ne vous ai vue une grande connaissance des gens du peuple », écrivait-elle encore à la princesse d'Hénin. « Ma société habituelle, ce sont des hommes qui font le commerce de la vie » . Ils lui prêtèrent le secours et l'appui que réclamait sa pitié, et c'est ainsi que furent sauvées beaucoup de personnes, la famille de Malouet et la vicomtesse de Laval entre autres.
Cependant le danger augmentait chaque jour. L'échafaud moissonnait amis et connaissances. M™* de Poix promit enfin de fuir si Ton parvenait d'abord à sauver son fils. « Ah ! mon Dieu, qu'elle vienne et que la France s'écroule I j'ai fait ce traité avec le malheur », s'écria M°^« de Staël à cette nouvelle, on pouvait disposer de sa fortune ; elle la tenait prête. Une lettre de crédit de quarante
mUle francs fut expédiée à Paris. M"*** de Poix étant légèrement boiteuse, on trouva pour- prendre sa place une femme atteinte delà même infirmité, et un jeune homme pour prendre celle de son fils. L'évasion, en juillet, delà duchesse de Broglie, dont le mari
.avait péri sur l'échafaud, ranima les espérances de M"^"* de Staël. Le salut arriva enfin, mais d'une façon tout à fait inattendue. Comme tant d'autres victimes désignées, M'"^' de Poix fut sauvée' par la chute de Robespierre. *
Un écrivain suisse, Mallet d'Hauteville, a consacré dans un roman le souvenir des dévouements dé Coppet et celui de Jacques Treboux. 11 raconte entre autres commeçt Treboux tenait caché sous le plancher de sa cabane un tonneau de poudre. Au cours d'une perquisition faite chez lui, il mit le feu au plancher et invita ses fâcheux visiteurs à s'emparer de leur butin. *
(Jn an auparavant, Lally-Tollendal et la princesse d'Hénin avaient fait appel au dévt)uement de Bollmann, toujours prêt aux actions chevaleresques,
, pour obtenir, par son intermédiaire, la délivrance de La Fayette. Un mémoire justificatif en sa faveur, qu'on ferait parvenir au roi de Prusse, devait ouvrir les négociations. Mais quand Bollmann arriva à Berlin pour présenter le mémoire au roi, La Fayette était depuis longtemps prisonnier à Olmûtz, et le médecin allemand retourna à Londres sans avoir rien
* D'Haussonville, Le salon de madame Neckery IT, 249, 286. 3 Mallet d'Hauteville, Treboux. Bibliothèque universelle de Genève, 1845, 276-319.