CHAPITRE TROISIÈME
obtenu. L^année suivante, en 1794, ses amis de France et d'Amérique le décidèrent néanmoins à tenter en faveur de La Fayette un coup de main dont Vamhagen a raconté les péripéties. Il réussit à délivrer le général, mais tous deux furent pris tandis qu'ils s'enfuyaient. La Fayette fut ramené dans les cachots d'Olinûtz, où on le soumit à un traitement plus dur encore, et Bollmann resta sept mois en prison. Au bout de ce temps ses amis parvinrent à le faire élargir. » Plus tard, M"^» de Staël tenta également en vain de tirer le général des mains du gouvernement autrichien.
De Coppet sont datées des. lettres écrites en septembre 1794, dans lesquelles Bonstetten renseigne son ami Hatthisson sur la situation de Genève à ce moment. Il y compare cette ville, qui en douze ans avait subi quatre révolutions, à la ville d'Avignon après les horreurs dont elle avait été le théâtre : pillée, dépeuplée, arrosée de sang par Soulavie, un satellite de Robespierre, qui s'en prenait surtout aux riches et préparait une vraie boucherie que le 9 Thermidor et l'expulsion du résident français empêchèrent par bonheur à temps. *
En attendant que cet événement changeât la situation, la haine de parti continuait à poursuivre la famille Necker. En vain Coppet servait-il d'asile aux fugitifs de toutes les opinions : les émigrés royalistes se répandaient en invectives contre ses habitants et
* • Varnbageo von Ense, If^moir^*, IV, 109-140.
* * Almanach de la Révolution^ année <799, 129. Graf à Frédéric Matthisson : Lettres sur la Révolution.
se racontaient en Angleterre que Nccker se frappait la poitrine et s'avouait coupable de fautes qu'il n'avait jamais commises. ^
Ceux-là mêmes que la politique ne séparait pas de lui adoptaient par antipathie le même ton à son égard et à celui de M""* de Staël. Ainsi faisait Hallet du Pan, qui avait dressé sa tente au bord du lac de Bienne et qui ne perdait aucune occasion d'attaquer Necker et les siens. La Suisse offrait pour cela un terrain favorable. Lausanne, en particulier, était devenu le lieu de refuge des royalistes, et les cruautés exercées par les Jacobins tout près de là, en Savoie, augmentaient chaque jour le sentiment d'horreur qu'ils inspiraient. « Si c'est mon fatal nom qui effraye tout le monde » , écrivait M"* de Staël alors qu'il était question pour elle et ses amis d'aller s'établir à Zurich , « mon opinion est que ce nom étant plus redoutable que ma personne^ il vaudroit mieux, puisqu'il a été prononcé, que j'allasse montrer moi-même ma personne, qui presque toujours s'estfait supporter» . ^
Ce fut dans ces conjonctures fâcheuses que M"* de Staël ût la connaissance de l'homme qui, plus qu'aucun autre, représentait toute la force de résistance que les défenseurs de l'ancien ordre de choses avaient à opposer aux partisans de l'ordre nouveau.
Vers la fin de 1792, le comte Joseph de Maistre
* Costa de Beauregard, Un homme d'autrefois^ 87. — Mallet du Pan, Analecta sur l'histoire du temps. Papiers de famille inédits.
itf"' de Staël à Meister^ Lausanne, 28 mars 1794. Lettres inédites en possession de M. le docteur Th. Reinhart.