‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 109 sur 280 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

tout enfant encore, en Hollande, puis à la petite cour de Bayreuth, où il fréquenta des sociétés qui s'adonnaient au jeu. Il s'y intéressa avant de pouvoir s'y livrer lui-même ; et le jeu fut toute sa vie pour lui une passion dévorante. De bonne heure aussi et à peine sorti de l'enfance, les femmes l'occupèrent ; il fut saisi dès ce moment d'un impérieux besoin d'agitation qui remplaçait et détruisait à la fois chez lui tout sentiment vrai et le jeta dans des aventures qui n'étaient pas toujours sans danger et nuisaient profondément à son développement moral. En 1785 il vint pour la première fois à Paris, et, sans connaître ' personnellement la famille Necker, se rapprocha d'elle par le commerce avec Morellet, Marmontel, Lacretelle et La Harpe. 11 avait déjà des différends avec son père, qui ne pai venait pas à mettre un frein aux perpétuels besoins d'argent ni àla légèreté de son fils ; sa belle-mère d'ailleurs le tenait éloigné de la maison. Dans l'été de 4787 il revint à Paris, qu'il quitta entièrement au bout d'un court séjour pour retourner en Angleteri'e, où trois ans auparavant il avait étudié avec Mackintosh à l'Université d'Edimbourg. ' 11 était à ce moment dans sa période werthérîenne. A la suite d'une inclination malheureuse il pensait à se brûler la cervelle, à s'empoisonner — ou à s'expatrier. Au lieu de cela, il parcourut, tantôt à pied, tantôt à cheval, quelques comtés anglais^ utilisant ses heures de loisir pour correspondre avec une

* Benjamin Constant, Journal intime. Revue internatio* nale, 10 février 1887, 433-434.

femme d'un certain âge dont il avait fait la connaidsance lors de son dernier séjour à Paris.

Cette dame^ Hollandaise de naissance, se nommait Isabelle de Tuyll van Seeroskerken, et était fille d'un ambassadeur des Etats-Généraux à la cour de Frédéric II. Belle, aimable et spirituelle, elle fut recherchée en mariage par deux princes allemands, un Anhait et un Wittgestein, puis par le marquis de Bellegarde ei lord Wemys ; à trente ans, elle accorda sa main à un gentilhomme suisse ruiné, M. deCharrière,beau, instruit, mais un peu froid et méthodique, dit-elle, qui, précepteur de ses frères, devait lui rappeler Saiot- Preux. Cette union, restée sans enfants, n'était guère de nature à la dédommager des sacriQces qu'elle avait faits. Elle parle une fois dune ingénuité romanesque qui dura chez elle plus longtemps que de coutume, mais que finit par étouffer la pesante atmosphère de la Suisse. En tout cas, elle ne rendit pas responsable de sa désillusion le guide de sa jeunesse, Jean-Jacques Rousseau : quand, en 1788, TAcadémie française assigna un prix pour son éloge, M""" de Cbarrière se trouva au nombre des concurrents. Elle ne l'obtint pas, mais publia entre 1784 et 1805, date de sa morti une série de romans auxquels M"^<^de Staël, qui les admirait beaucoup, ne trouvait qu'un reproche à adresser, c'est que Fauteur, au lieu d'éclairer le lecteur sur la destinée Pinale de ses héros, terminait son œuvre par un point d'interrogation qui Timpatientait. Deux de ces romans, les Lettres Neuchâtelloises et surtout Caliste ou Lettres écrites de Lausanne (1788), lui ont assuré, longtemps après sa

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