‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 11 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ment une catastrophe. Pénétré comme il Tétait de la solidarité des intérêts monarchiques, les humiliations et les insultes auxquelles il vit exposés Louis X\I et Marie-Antoinette, puis leur internement avilissant dans les Tuileries, avaient éveillé en lui la pensée de faire appel à une coalition en vue de leur délivrance et de la tenter à lui seul, s'il le fallait, plutôt que de les abandonner à Theure du péril suprême.

La présence à Paris du baron de Staël constituait plutôt pour ces projets, on n'en pouvait douter, un obstacle qu'un avantage. Relativement à la politique suédoise, Staël, ennemi de la Russie, craignait l'influence de Marie-Antoinette en faveur d'une triple alliance franco-russe-autrichienne. Toutes ses dépêches à ce sujet s'expriment dans ce sens. ^ Il envisageait les alfaires françaises, cela se comprend, surtout au point de vue des idées de Necker ; en 1789 il était constitutionnel comme le ministre lui-même et ses procties amis. Cependant, les vues politiques de Staël renferment dès ce moment un élément qui leur est propre. Non seulement pour plaire à son roi, dont la lutte avec la noblesse approchait de la crise décisive, mais parce que ses sympathies démocratiques l'y conduisaient, Staël se montre hostile non pas, comme on pourrait le croire, à une noblesse inutile et dégénérée, mais à toutes les institutions aristocratiques. Il rejette les plans de Mounier, parce

' LéouzoQ Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staèl, particulièrement pages 97, n» 108 ; 107, n" 118 ; 197, n« 191.

qu'ils impliquent une Chambre des pairs sur le modèle anglais. Il reconnaît que la noblesse, le clergé et les Parlements ont fait la Révolution, mais il ne leur refuse pas moins le droit d'exister dans Thtat. 11 veut le roi à la tête de la Révolution, car, dit-il, elle n'est pas dirigée contre le trône, mais contre les grands, le parti « à peu près le plus méprisé et le plus méprisable de tous... Si le roi... venait à dominer les législatures, il sera plus souverain qu'autrefois » .* Les dépêches du baron de Staël sont très intéressantes et très utiles pour la connaissance de l'époque ; mais leur auteur appartient au grand nombre de ceux qui paraissent ignorer que la politique est une science et qu'elle repose sur des prémisses logiques. Ce qu'en 1789 il déclarait vouloir, c'était une monarchie fondée sur des garanties libérales et des droits constitutionnels. Mais il contribua pour sa part à faire que toutes les institutions qui jusque-là avaient servi de fondement à la monarchie, au lieu d'être épurées et renouvelées, furent détruites, jusqu'à ce que la couronne, privée de ses soutiens naturels et flottant dans l'air, finit par s'abîmer dans les décombres. Les dépèches de son ambassadeur permettaient à Gustave III de suivre jour par jour les progrès accomplis. Elles annonçaient la défection des troupes, la transmission de la puissance des mains du gouvernement à celles de TAssemblée, l'anarchie dans les provinces, l'explosion de la question sociale dans

> Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Stael, particalièrement pages 13 ), n« 136 ; 230, n« 225 ; 191, n« 185 ; 105, n» 117 ; 154, n* 145 ; 239, n» 234.

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