CHAPITRE PREMIER
les villes, ranéantissement du clergé et delà noblesse. Peu de temps avant le 6 Octobre, Staël déclarait sans détour que le désordre s'étendait de Paris à tout le royaume ; le pouvoir exécutif avait échappé des mains du monarque du moment où les troupes lui avaient refusé l'obéissance; il avait été remplacé par l'anarchie. Le peuple seul commande et est obéi, parce qu'il veille lui-même à l'exécution de sa volonté. Staël va plus loin : il écrit au roi, dès le mois de septembre 1789, queTattitude de l'Assemblée nationale conûrme la manière de voir de beaucoup de gens, à savoir que la nation française manque des qualités indispensables pour un peuple qui veut être libre. *
De tous ces faits, l'ambassadeur tire la conclusion que ce n'est qu'en se faisant le chef de la Révolution, que le roi « peut espérer de la conduire » . ' Mais les documents que jour par jour, pour ainsi dire, il envoyait à son souversdn, faissdent naître chez celui-ci des appréciations absolument opposées ; à chaque nouvelle dépèche son antipathie pour la Révolution s'accroissait. Il se réconcilia avec Catherine II, son ennemie de vieille date, en Tentendant demander depuis quand l'absence de cervelle, la légèreté, le désordre et les excès de tout genre valaient mieux que l'expérience, l'ordre et la loi. • Et quand il eut vu la déplorable faiblesse du roi de France, le sacrifice
* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 108, o« 119; 125, n« 128 ; 135, n« 133.
' Léouzon Le Duc, Idem, 155, n» 145.
3 Grimm et GatbcriDe II, Correspondance, Recueil de la Société impériale de l'histoire de Russie, 1878, XXIII, 481 et
de ses convictions les plus intimes lui coûter la perte de tous ses droits, qui» Tun après l'autre, s* en allaient enfumée, il fut tout prêt à s'écrier avec Catherine :
... RenoQcer aux Dieux que l'on croit dans 8on cœur, C'est le crime d'un lâche, elnoa pas une erreur !
Au désaccord sur les principes s'ajouta entre le baron de Staël et son roi le désaccord sur les personnes*.
Tout d'abord sur la reine. La part de celle-ci à la réussite de son mariage, le bienveillant intérêt qu'elle avait témoigné au jeune couple, tout cela avait disparu de la mémoire de Staël pour ne laisser subsister que le souvenir de sa participation au renvoi de Necker, le 11 juillet 1789, renvoi qu'il nommait, dans une lettre à Gustave, « cette révolution de la reine » , bien que la responsabilité n'en retombât pas sur elle seule. Staël ne paraissait pas se rendre compte que chaque mot amer à l'adresse de Marie- Antoinette devait élargir Tabime entre lui et son souverain. Gustave, qui avait ressenti peu de sympathie et parfois même de l'éloigoement pour la reine dans les beaux jours de son règne, se prit à l'admirer et à lui vouer un culte chevaleresque quand il la vit malheureuse et menacée. Aussi, à chaque nouvelle dépêche de son ambassadeur, pleine d'imputations sévères \ l'égard de la princesse si cruellement éprouvée,
* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Slaêl, 107, n» 118 ; 115, n» 126; 117, n» 127; 129, n» 131 ; 176, n* 170.