‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 116 sur 280 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

mentionne en mèine temps une lettre que M^^ de Charrière avait envoyée à Francfort dans Tintérêt de La Fayette, selon toute vraisemblance au roi de Prusse lui- même, son seigneur naturel en tant qu'habitante de Neuchâiel, car elle lui dit : « 11 me semble que vous lire est toujours une émotion, même pour un roi ». Le 12 septembre et le 23 octobre elle revient sur le même sujet, car rallègement espi^ré en faveur des prisonniers d'Olmûtz n'avait pas eu lieu. La Fayette, complf»tement isolé, n'avait pas la permission de voir les officiers arrêtés en même temps que lui. « Et pourtant la haine seule des Jacobins aurait dû suffire pour inspirer l'humanité au cœur des rois » ,

Dans l'intervalle, M"' de La Fayette aussi avait été jetée en prison et la reine exécutée. Cette mort, M"» de Staël l'appelle « une douleur intolérable », la tentative qu'elle avait faite dans l'intérêt de Tinfortunée princesse l'avait attachée davantage à elle ; maintenant que tout était fini, la vie lui semblait dépourvue de valeur. La lettre qui suit, adressée de Nyon, le 31 décembre» à M"* de Charrière, est domi née par les mêmes idées. Un déluge, y est-il dit, a passé sur le monde moral : on se demande quelle colombe rapportera la première branche d'olivier. Quant à elle, elle ne désire plus qu'un asile où elle pourra trouver repos et sécurité pour elle-même et pour la colonne des réfugiés français, à laquelle Tal • leyrand songeait à se joindre.

La dernière lettre, datée de Zurich, 18 avril 1794, revient sur l'obligation de partager ses biens avec

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ceux que Tamitié seule préserve encore de l'extrême misère. M"" de Staël avait pensé à Neuchâtel comme lieu de refuge et vint même à Colombier au sujet de cette affaire. * Mais des ordres d'expulsion contre les émigrés par le gouvernement prussien et l'aggravation de Tétat de M"' Necker firent échouer ces projets et la n«ppel«rent à Coppet, où elle resta pendant les mois qui suivirent la mort de sa mère. Morris, qui avait cessé d*être ambassadeur et qui traversait la Suisse pour gagner delà TAllemagne, la trouva entourée d'amis auxquels elle s'efforçait de rendre aussi agréable que possible le séjour sous le toit hospitalier de son père ^ Morris, qui avait été témoin de tant de récents événements et qui de plus pouvait donner des renseignements sur le sort des amis demeurés à Paris, fut reçu à bras ouverts par la petite colonie ; mais il se plaint des abords difQciles de Coppet, qui ont mis sa goutte à une rude épreuve et l'empêcheront d'y retourner. *

En septembre, M"* de Staël aHa faire un séjour à Lausanne, et ce fut à cette occasion qu'elle vit Benjamin Constant pour la première fois, il avait, dans le cours de l'été, donné sa démission de chambellan à la cour de Brunswick, était revenu à Lausanne et chez son père, dont la propriété était située dans le voisinage, puis était allé, un beau matin, présenter ses respects à Coppet. M™' de Staël n'y éuit pas,

* Gaullieur, Etudes sur Vhisioire liliéraire de la Suisse française^ 157.

' Jared Sparks, Gouverneur Morris, I, 421. Lettre du 23 octobre 1794.

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