CHAPITRE QUATRIÈME
d'un français écrit en lettres grecques, les expérienœs les plus iotiiues de sa vie. « H était convenu avec M~' de Staël que, pour ne pas la compromettre, je ne resterais jamais chez elle passé minuit ; quelque fàt ie cbarme que je trouvais dans nos entretiens et mes fougueux désirs de Q*en pas rester à des discours, je dus céder devant cette ferme résolution. M9à% ce soir^le temps m' ayant paru encore plus court que de coutume^ je pris ma montre pour démontrer que rbeuredemon départ n'avait pas encore sonné. Mais l'inexorable aiguiUe m'ayant donné tort, par un mouvement irréfléchi de colère digoe d'un enfant je ^brisais sur le parqucet l'instrument de ma condamnation. <K Quelle folie 1 Que vous êtes absurde », s'êtriaM"** de Staèl. ilais quel sourire intérieur j'entrevis à travers ses repioches ! fiiéeidément, cette montre brisée me rendra un grand service », *
En effet, on lit dans le journal du lendemain : « Je nVi pas rachetié de montre, je n'en ai plus besoin ! » .
M"** de Charrière, lorsque la fatalité la mit en rapports avec Benjamin Constant, ne s'était fait aucune illusion sur l'issue d'une inclination née à l'âge où elle était ; mais elle avait au moins conservé l'espoir de parvenir à se l'attacher comme ami. Le moment vint où elle dut renoncer même à cette espérance. « Benjamin, vous faites votre toilette, vous ne m'aimez plus ! », lui avait elle dit en souriant tristement, un jour qu'elle le vit revenir de Goppet, apprêté comme un petit maître. Versce temps-là, elle écrivait
* Benjamin Constant, Journal intime. Revue internationale j 10 janvier 1887,87-88.
à une amie qu'elle arrêtait souvent sa pensée sur M*"" de Staël, non à cause de sa supériorité ou parce que la calomnie s occupait d'elle. Elle ajoutait que Constant lui était toujours sympathique, mais elle n'aspirait pas à le revoir, bien qu'elle eût plus à perdre que lui à cet éloignement. Bientôt elle cessa sa correspondance avec lui, mais pour la reprendre plus tard, il est vrai, et jusqu à la fin de sa vie, c est-à-dire jusqu'en 1805, bien que son jeune ami oubliât souvent de lui répondre.
Elle qui n'apprixiait nul écrivain plus haut que La Fontaine, elle conta sous le voile d'une fable la |
dernière et pénible déception de sa vie de femme. |
Cette fable a été écrite le 24 novembre, un mois I
après la lettre de Benjamin Constant qu'on a lue plus haut*, et fait allusion au surnom de « Barbet » qu'on |
lui donnait en plaisantant : I
Un vieux barbet, cher à eod maître,
Chien caressant et dévoué, S'il se voyait quelquefois rabroué.
Se consolait, tout prêt à reconnaître
Que c'était là le droit du jeu.
Chacun de bile a quelque peu, Et qui reçoit tous les jours des caresses Peut bien, parfois, supporter des rudesses.
De Tamitié des hauts et bas
Valent mieux que Tindifférence :
Décidément, moi je le pense.
Et le barbet aussi. Mais ne voilà-t-il pas
Qu'un jour son mattre fait l'emplette
D'un petit chien (bichon, levrette,
L'un ou l'autre, il importe peu).