‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 119 sur 280 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Son allure est vive et brillante, Son poil luisant, son œil de feu, Et sa manière on tout charmante ; Car sans compter que pour l'esprit Il est de race précieuse; Dans Técole la plus fameuse Pour les tours on l'avait instruit.

Le maître à l'excès s'en engoue, Et sans merci le flatte et loue En présence du vieux barbet.

Lequel, d'abord tout stupéfait, Baisse Toreille, fait la moue, Puis de l'humble rôle qu'il joue Se dégoûte enlin tout à fait ^

Le fil qui, à partir de ce rnomenl, se rompt daos la main de M"' de Charrière, se retrouve dans la main d'une autre.

Abreuvé de dégoûts, trompé dans tous ses calculs, brisé avant Tàge, au physique et au moral, Villustre navigateur et apôtre de la liberté, Georges Forster, était mort en 1793 à Paris, délaissé et seul. Auparavant, avec la résignation stoïque de maint époux du dix-huitième siècle, il s'était réconcilié avec L. F. Huber, l'amant de sa femme, et lui avait recommandé ses enfants. Huber, qui avait épousé la veuve de Forster^ Thérèse Ileyne, la fille du célèbre philologue, menait avec elle en Suisse une vie gênée,

* Sainte-Beuve, loc. cit. et Nouveaux Lundis, I, 408, VI, 49, XI, 432. Puis Vn dernier mot sur Benjamin Constant, Revue des Deux Mondes, 1833. — Secretan, Croleric Suisse ^ II, 79-91 . — Lettrés de !/«• de Charrière, Bibliothèque universelle de Genève, 1844, 1849.

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presque pauvre ; ils avaient traduit en allemand les romans de M"'* de Charrière, Adèle de Sénanges de la comtesse de Fiahault, et en avaient entretenu les journaux allemands. L'auteur de Caliste avait mis en relations liuber et Benjamin Constant ; en décembre 179i Huber aita le voir k Lausanne et tint quotidiennement sa femme au courant de ses faits et gestes. Dès le premier soir passé chez Benjamin Constant, il fit la connaissance de M"* de Staël, qui, suivant l'habitude d'alors, y avait dîné à quatre heures. Lui aussi fut enchanté de son intelligence, de ea politesse pleine de simplicité et de sa vivacité, bien qu'il regrettât en elle « les sentiments profonds de sa Thérèse ». 11 fit également la coniiaissance de Necker, de Matthieu de Montmorency et de Narbonne, dont il vante la noble simplicité. Quant à son jugement sur Benjamin Constant, il est curieux. <« C'en est fait de lui, je le vois », écrit-il à son sujet ; a il ne vit que pour M""' de Staël et auprès d'elle. 11 ne s|y sent pas heureux, on le remarque très bien, miMS OQ lui pardonne volontiers de se laisser attirer. Dois* je chercher à modifier cet état de choses? Je ne veux pas mettre de bâtons dans les roues, car à quoi bon détruire une illusion qui coi^titue en réalité le plus haut bonheur que peut atteindre un homme tel que lui, dont le cmur est bon et élevé, mais que la société a gâté jusqu'à un certain point quant au but de la vie et à sa satisfaction véritable ?... il convient avec moi que dans un certain sens il ne pourra jamais être moins heureux que dans sa situation actuelle, quoiqu'il n'ait plus aucune espérance de le

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